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8 mars 2007 : Amnesty International et la Journée internationale de la femme

mercredi 21 février 2007, par Françoise Guillitte

Retrouver les origines de la Journée internationale des femmes n’est pas chose facile et plusieurs féministes s’y sont attelées.

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Manifestation d’Amnesty Belgique devant l’ambasade du Mexique le 8 mars 2007©AIBF/S.Jaworek

Le 8 mars 1857 commémore la lutte des ouvrières de l’habillement de New York, qui manifestèrent pour la suppression des mauvaises conditions de travail, la journée de 10 heures, la reconnaissance de l’égalité du travail des femmes. Une des premières grèves de femmes, opposant les ouvrières du textile à la police de New York.

Cette manifestation produisit une grande impression et fut recommencée en 1909, toujours par les femmes de New York. En 1910, Clara Zetkin proposa de faire définitivement du 8 mars la journée internationale des femmes. En effet, à Copenhague, elle proposa aux participantes de la Deuxième conférence internationale des femmes socialistes que « les femmes socialistes de tous les pays organisent tous les ans une »journée des femmes« qui servira en premier lieu la lutte pour le droit de vote des femmes ».

Depuis les années 70, le 8 mars reprendra une place symbolique importante dans les luttes des femmes. En décembre 1977, une résolution des Nations unies invite les pays à consacrer une journée à la célébration des droits des femmes et de la paix internationale.

Le 8 mars est ainsi devenu cette journée de commémoration et de reconnaissance dans de nombreux pays. Or, force est de constater que, trente ans après cette initiative, de nombreux gouvernements faillissent à leurs obligations.

En un siècle, les femmes ont conquis l’égalité juridique et législative dans beaucoup de pays, quoique de nombreuses lois discriminatoires persistent. Reste à conquérir l’égalité dans les faits. La journée internationale de la femme est là pour nous rappeler les victoires mais aussi pour nous inviter à réfléchir sur la condition de la femme dans le monde entier. C’est l’occasion idéale de dresser le bilan des progrès accomplis en vue de promouvoir l’égalité et le respect des droits des femmes. C’est aussi l’occasion d’identifier les atteintes que les femmes subissent et les difficultés qu’elles doivent surmonter dans la société, et par conséquent se pencher sur les moyens à prendre pour améliorer la condition féminine.

Amnesty International rappelle à l’occasion du 8 mars 2007 que les violences sexuelles sont une des plus graves et plus nombreuses violations des droits humains.
Amnesty Belgique a manifesté ce 8 mars : pour voir les photos, cliquez ICI

Une femme sur trois, selon UNIFEM, a été violée, battue, forcée à l’acte sexuel ou abusée au moins une fois dans sa vie. (UNIFEM, Facts and figures on violence against women, 25.11.2003. www.unifem.org). S’appuyant sur des statistiques de la Banque mondiale, Amnesty souligne qu’une femme sur cinq est ou a été victime de violences physiques ou d’agressions sexuelles. En Inde, la proportion s’élève à 40 % et en Egypte à 35 %. Selon des rapports officiels publiés aux États-Unis, 700.000 sont violées chaque année. 14,8 % de ces femmes ont moins de 17 ans. En France, entre 50.000 et 90.000 femmes ont été violées, et de nombreuses victimes n’ont pas dénoncé leur viol. (OMCT, press release, 25.11.2003). Le viol est considéré comme la plus courante des violences sexuelles. Mais les attouchements, le voyeurisme, les relations sexuelles imposées, les mutilations génitales, les grossesses ou les avortements forcés, la prostitution forcée et la traite des femmes le sont également.

Chaque année, environ 4 millions de femmes et de fillettes sont vendues pour le mariage, la prostitution ou l’esclavage. (UNFPA ; State of world population 2000, chapter 3 : Ending violence against women and girls). Les violences sexuelles se produisent dans la sphère privée mais aussi dans la vie publique, à l’école, sur le lieu de travail ou de loisir. Cela se passe en temps de paix mais aussi en temps de guerre.

Les statistiques sur la violence dans le couple varient considérablement de pays en pays : Selon l’ONU, en Grande-Bretagne, 30 % des femmes subissent des abus par leur conjoint ou ex-conjoint. En Jordanie occidentale, il s’agit de 52 %, au Nicaragua de 28 %, au Bangladesh de 47 %, au Canada de 29 %, dans le Sud et le Sud-est de l’Anatolie (Turquie) de 58 %, en Australie de 23 %, au Cambodge de 16 %. (United Nations Statistics Division, the world’s women 2000.)

Il est évident qu’en cette matière, le non-droit est la règle. Et l’impunité est donc de mise.

La chosification de la femme est un phénomène préoccupant. Cela a pour effet premier d’avilir la femme, de l’ignorer, d’en abuser, en un mot : de ne pas la respecter.

Aux termes du droit international, les États sont tenus d’interdire et de prévenir les violences à l’encontre des femmes, et ils doivent prendre des mesures contre ces faits en toute circonstance. Or, bien trop souvent, loin de fournir une protection suffisante aux femmes, les gouvernements se sont rendus complices de ces exactions, les ont dissimulées et cautionnées. Ils ont laissé la situation se perpétuer.


Ce 8 mars 2007, Amnesty International met en lumière les situations vécues par Bitondo Nyumba en RDC et Inés Fernández et Valentina Rosendo Cantú au Mexique.

- Mexique : Inés Fernández et Valentina Rosendo Cantú sont des femmes indigènes qui ont été victimes de violations de leurs droits fondamentaux commises par l’armée mexicaine.

Inès Fernandez

En 2004, Amnesty International a publié le rapport Mexique. Femmes indigènes et injustice militaire (index AI : AMR 41/033/2004, http://web.amnesty.org/library/inde...), mettant en lumière un certain nombre de cas de femmes indigènes de l’État de Guerrero qui auraient été violées par des militaires. La juridiction militaire avait exigé de se charger de toutes les enquêtes liées à ces affaires ; ces procédures n’avaient pas été satisfaisantes ni concluantes, laissant les victimes sans accès à la justice.

Le 22 mars 2002, dans la communauté de Barranca Tecuani (État de Guerrero), Inés Fernández Ortega, une Indienne tlapanèque (Me’phaa) parlant mal l’espagnol, aurait été violée pour n’avoir pas répondu aux questions que lui avaient posées des soldats entrés chez elle par la force pour l’interroger sur de la viande qui, selon eux, avait été volée. Le 16 février 2002, des soldats sont venus voir Valentina Rosendo Cantú, alors âgée de dix-sept ans, elle aussi Indienne tlapanèque (Me’phaa). Ils l’ont interrogée sur les activités de certains “hommes encagoulés” (cela fait référence aux groupes d’opposition armée). Lorsqu’elle a répondu qu’elle ne connaissait pas d’hommes encagoulés, elle a été menacée et deux soldats l’ont violée.

Les forces armées mexicaines jouent un rôle important dans les opérations anti-guérilla et anti-narcotiques, dans de nombreux endroits du pays, particulièrement dans les États frontaliers du sud et du nord. Bien qu’ils fassent du maintien de l’ordre, les militaires accusés d’infractions, notamment de graves violations des droits humains comme le viol, font l’objet d’une enquête puis sont jugés par la police, les procureurs et les tribunaux militaires. Le système judiciaire militaire a montré à plusieurs reprises son incapacité à respecter les normes d’impartialité et d’indépendance nécessaires pour garantir la justice, et les Nations unies et la Commission interaméricaine des droits de l’homme ont demandé que de telles affaires soient jugées par le système judiciaire civil. Pourtant, les tribunaux civils laissent toujours la juridiction militaire se prononcer sur ces affaires et le gouvernement mexicain n’a pris aucune mesure pour modifier la Constitution et le droit d’application et faire en sorte que tout militaire accusé de graves atteintes aux droits humains, comme le viol, ait effectivement à en rendre compte.

Valentina Rosendo

Inés Fernández et Valentina Rosendo Cantú ont toutes deux déposé plainte pour viol. Cependant, l’enquête militaire n’a pas progressé. La requête introduite par les avocats des victimes auprès des tribunaux civils afin qu’ils reconnaissent leur propre compétence a été rejetée. La Commission interaméricaine des droits de humains a décidé d’examiner ces affaires.


- République démocratique du Congo : Bitondo Nyumba, 56 ans, veuve, mère de quatre enfants, morte suite à une attaque et un viol commis par des soldats de l’armée du gouvernement en mai 2005. Les responsables du viol ont été libérés sans explication et sa famille a été menacée.

Le 11 mai 2005, Bitondo Nyumba a été attaqué dans sa maison, dans le village de Katungulu, province de sud-Kivu, par sept soldats de l’armée du gouvernement FARDC. Elle a été battue et violée. Pendant ce temps, les soldats ont pillé la maison.

Cette attaque a causé des dommages pour la vie. Après une opération dans l’hôpital d’État de Nundu, les médecins ont suspendu le traitement parce que la famille de Bitondo Nyumba ne pourrait pas se permettre de payer. L’ Arche de l’Alliance et la SOFAD (Solidarité des Femmes Activistes pour la Défense des Droits Humains) ont pris en charge Bitondo Nyumba et ont payé sa deuxième opération à l’hôpital général d’Uvira.

Quand son état est devenu assez stable, Bitondo Nyumba a été transférée à l’hôpital de Panzi à Bukavu, province de sud-Kivu. Cet hôpital est subventionné par les fonds humanitaires internationaux et les traitements d’urgence de chirurgie médicale et reconstructive sont fournis librement. Malheureusement, le 21 juin 2005, Bitondo Nyumba est décédée en raison d’une infection grave.

Deux soldats ont été arrêtés en août 2005, mais ils ont été libérés après quelques semaines, sans explication. La famille de Bitondo Nyumba a dû se déplacer vers un autre village, à cause des menaces proférées par des soldats de la même brigade que les malfaiteurs allégués. Depuis que le conflit a commencé en RDC en août 1998, on estime que les combats et leurs conséquences (pauvreté, maladie et malnutrition) ont atteint près de quatre millions de vies.

En dépit d’un processus de paix établi, l’insécurité et les violations des droits humains se perpétuent dans l’est du pays. Plusieurs factions armées usent de la violence pour atteindre leurs objectifs politiques et économiques. Pendant le conflit, des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été violées par les forces combattantes. Les Nations unies estiment que 45.000 femmes ont été violées pendant la seule dernière année. Le viol a été employé délibérément pour attaquer stratégiquement les valeurs fondamentales de la communauté, pour terroriser et humilier ceux qui sont suspectés de soutenir un groupe ennemi et pour imposer la suprématie d’un groupe sur les autres.

La plupart des survivantes du viol n’ont pas accès aux soins médicaux dont elles ont besoin. Les infrastructures de santé manquent sévèrement de ressources en RDC et, dans beaucoup de secteurs, on ne peut même pas fournir le traitement le plus élémentaire. Dans l’Est du pays, il y a un manque de médecins qualifiés, y compris des gynécologues et des obstétriciens. Beaucoup de survivantes du viol souhaitent poursuivre un action judiciaire contre les agresseurs, mais le système juridique affaibli empêche toute justice ou toute réparation, et les femmes continuent de vivre dans l’insécurité et dans la crainte des représailles si elles parlent. D’après Amnesty, peu d’agresseurs ont été conduits devant la justice et aucun officier supérieur n’a été poursuivi ou sanctionné pour un viol commis par lui-même ou un des officiers sous ses ordres.


Action en faveur des femmes de Ciudad Juárez

En Belgique, nous profiterons de la visite de Marisela Ortiz Rivera, militante mexicaine des droits humains, directrice de l’association "Nuestreas Hijas de Regreso a Casa » (Que nos filles rentrent à la maison), agit contre l’impunité qui rgne autour des cas des femmes assassineés à Ciudad Juárez.

Rapide rappel des faits :

(extrait du rapport annuel d’Amnesty International 2006) Cette année encore, des femmes et des jeunes filles, issues notamment des couches les plus pauvres de la société, ont été victimes de discrimination et de violences au sein de la famille et de la collectivité. D’après les statistiques officielles, près de la moitié des femmes et des jeunes filles de plus de quinze ans avaient subi une forme quelconque de violence au cours de l’année précédente. Les mesures prises par les autorités pour prévenir et réprimer ces sévices étaient souvent insuffisantes, malgré une sensibilisation croissante de l’opinion au problème. La Cour suprême a déclaré que le viol conjugal constituait un crime.Même si les autorités de l’État semblaient davantage décidées à intervenir, les fonctionnaires responsables de certaines défaillances lors des premières enquêtes menées sur ces affaires n’ont pas été tenus d’en rendre compte. Peu de progrès ont été accomplis concernant les poursuites engagées contre les auteurs présumés d’enlèvements et de meurtres commis par le passé dans les villes de Ciudad Juárez et Chihuahua. L’obligation de rendre des comptes n’a pas été garantie par le Bureau du procureur fédéral spécial à Ciudad Juárez, dont le poste demeurait vacant à la fin de l’année. La Commission pour la prévention et l’éradication de la violence contre les femmes à Ciudad Juárez et la Commission nationale des droits humains ont l’une et l’autre publié des rapports critiquant vivement les efforts accomplis par les autorités fédérales et les autorités de l’État en vue d’obtenir justice pour les femmes de Ciudad Juárez.

Il est nécessaire de maintenir la pression. Nous vous invitons donc à une manifestation face à l’Ambassade du Mexique ce 8 mars, suivie d’une rencontre avec Marisela Ortiz Rivera elle-même.

Marisela Ortiz

Rendez-vous pour la manifestation le 8 mars de 17h30 à 18h15 face à l’Ambassade du Mexique, 94, avenue Franklin Roosevelt, 1050 Bruxelles, puis, de 19h00 à 20h30 au secrétariat d’Amnesty International (9 rue Berckmans, à Bruxelles)

Information supplémentaire

Bordertown, film « grand public » (Jennifer Lopez et Antonio Banderas), sélectionné au festival de Berlin qui traite des événements à Ciudad Juarez, sortira en Belgique le 25 avril prochain. Amnesty organisera une avant-première à une date qui reste à déterminer. Quand il sera diffusé dans votre région, envisagez l’organisation d’action, de signature de pétitions ou d’approche médias.

P.-S.

Rappel :Rendez-vous pour la manifestation le 8 mars de 17h30 à 18h15 face à l’Ambassade du Mexique, 94, avenue Franklin Roosevelt, 1050 Bruxelles, puis, de 19h00 à 20h30 au secrétariat d’Amnesty International (9 rue Berckmans, à Bruxelles)

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