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SHELL DOIT ADMETTRE SES RESPONSABILITÉS, LES ASSUMER ET NETTOYER LE DELTA DU NIGER

jeudi 3 mai 2012, par Service Presse

Les organisations et membres des communautés affectées par l’exploitation des hydrocarbures au Nigeria signataires de cette déclaration organisent, samedi 28 avril, une manifestation pacifique devant les locaux de Shell à Port Harcourt, dans l’État de Rivers, afin d’attirer l’attention sur les conséquences dévastatrices, tant pour l’environnement que pour les droits humains, des opérations de cette compagnie pétrolière dans le delta du Niger.

Les organisateurs appellent Shell à admettre ses responsabilités, à les assumer et à nettoyer le delta du Niger.

Depuis des dizaines d’années, Shell est autorisée à tirer profit de la richesse naturelle du delta du Niger, bien que la pollution aux hydrocarbures résultant de ses opérations ait ravagé l’environnement, plongeant les habitants dans la misère.

Depuis des années, les habitants du delta du Niger sont obligés de vivre avec les conséquences d’une pollution pétrolière massive. L’eau, la nourriture et l’air sont contaminés, les populations sont exposées à de graves risques pour leur santé et leurs moyens de subsistances traditionnels ont été détruits. Les personnes touchées luttent pour obtenir justice et une indemnisation adaptée ; c’est particulièrement difficile pour les femmes, qui sont souvent exclues du processus de négociations pour les indemnisations.

Shell ne peut plus ignorer les préoccupations des communautés locales, étayées par des éléments de preuve solides réunis par des organisations non gouvernementales et des organismes internationaux, tels que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples et les Nations unies.

Shell doit faire face à l’ensemble accablant de preuves montrant que, depuis des dizaines d’années, la compagnie n’a pas pris les mesures nécessaires pour prévenir la pollution aux hydrocarbures dans le delta du Niger ou y remédier, laissant les habitants exposés à des violations durables de leurs droits économiques, sociaux et culturels. Shell ne peut pas continuer à se défiler. Les personnes affectées ont besoin que la pollution soit entièrement nettoyée et elles doivent être correctement indemnisées pour leurs pertes.

La part de responsabilité du gouvernement nigérian dans les effets de la pollution pétrolière sur le delta du Niger est considérable. Il s’est abstenu de faire appliquer certaines lois et réglementations existantes visant à prévenir la pollution et à amener l’industrie pétrolière à rendre des comptes, ce qui signifie que des compagnies comme Shell les bafouent en toute liberté, sans se soucier le moins du monde des conséquences.

En tant que principal acteur de l’industrie du pétrole au Nigeria, Shell ne peut pas échapper à sa part de responsabilité dans les dommages environnementaux et les atteintes aux droits humains dans le delta du Niger. Shell n’en a pas fait assez pour empêcher que la pollution de la région. Lorsque des fuites d’hydrocarbures ont lieu, Shell ne les nettoie ni assez rapidement, ni assez efficacement ; parfois, elle ne les nettoie pas du tout.

En réponse aux questions sur les graves problèmes liés à ses activités dans le delta du Niger, Shell a avant tout cherché à protéger son image, souvent en pointant du doigt les populations et en faisant des déclarations qui ne résistent tout simplement pas à un examen approfondi.

L’évaluation récente et indépendante d’un déversement d’hydrocarbures qui a eu lieu à Bodo en 2008 montre que Shell a sous-estimé, de façon flagrante, l’étendue de la fuite. D’après les résultats de l’étude, la quantité d’hydrocarbures qui se sont déversés à Bodo représentait plus de 60 fois le volume indiqué à plusieurs reprises par Shell.

Shell a également répété plusieurs fois que la grande majorité des déversements d’hydrocarbures étaient causés par les activités illégales telles que le « détournement » de pétrole ou le sabotage. Cependant, Shell a pour obligation à la fois de nettoyer la pollution due aux fuites d’hydrocarbures, quelle qu’en soit la cause, et de protéger ses infrastructures. Les compagnies pétrolières présentes dans le delta du Niger se plaignent des activités illégales, mais elles n’ont pas pris suffisamment de mesures pour rendre leurs infrastructures plus sûres, et ce sont les habitants qui en paient le prix le plus fort.

Les mouvements de protestation et les manifestations qui ont eu lieu cette semaine au Nigeria et dans de nombreux autres pays dans le monde doivent agir comme un coup de semonce pour Shell. Il faut que la compagnie pétrolière et le gouvernement nigérian passent immédiatement à l’action et nettoient le delta du Niger.

Les groupes de la société civile signataires de cette déclaration appellent Shell à prendre immédiatement les mesures concrètes suivantes :
• nettoyer tous les déversements d’hydrocarbures d’une manière qui réponde aux normes internationales et en consultant les communautés concernées, et faire en sorte que ce nettoyage soit contrôlé par un intervenant indépendant ;
• présenter des excuses et indemniser de manière adéquate les personnes affectées par la pollution et les dégâts environnementaux en tenant compte des conséquences à long terme, des dangers pour la santé et de tous les autres dommages imputables aux fuites, et assainir les terres et le réseau hydrographique en collaborant avec toutes les parties concernées, y compris les communautés locales ;
• revoir ses pratiques d’exploitation, en particulier celles qui sont liées au nettoyage, aux enquêtes sur les fuites d’hydrocarbure et au versement d’indemnisations ;
• rendre publiques toutes les informations relatives aux incidences des opérations pétrolières sur les droits humains et l’environnement ;
• mener une inspection complète de tous les biens et infrastructures de Shell pour veiller à ce qu’ils soient en bon état, et rendre publics les résultats de cette inspection.

Les signataires appellent en outre le gouvernement et l’Assemblée nationale du Nigeria à veiller à ce que la réglementation environnementale soit mise en application et à se pencher sur les problèmes généraux posés depuis longtemps par l’industrie pétrolière, notamment en adoptant le projet de loi relatif à l’industrie pétrolière sous une forme qui tienne compte des conséquences sociales, sanitaires et environnementales de ce secteur.

Complément d’information

La manifestation du 28 avril représente le point culminant d’une semaine d’action mondiale au cours de laquelle des milliers de militants d’Amnesty International ont manifesté devant les bureaux et les stations-service de Shell dans au moins 16 pays d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des Amériques, du Japon à la Suède en passant par le Sénégal ou les États-Unis, y compris au Pays-Bas et au Royaume-Uni, pays d’origine de la compagnie. Les centaines de Nigérians participant à la manifestation du 28 avril s’ajoutent aux milliers de militants qui ont agi cette semaine, dans plus de 16 pays, pour exprimer leur indignation face à la conduite de Shell dans le delta du Niger.

Les recherches menées par Amnesty International et le Centre nigérian pour l’environnement, les droits humains et le développement sur deux très importants déversements d’hydrocarbures provenant d’un oléoduc de Shell à Bodo, en pays ogoni, en 2008, mettent en évidence plusieurs défaillances graves dans la manière dont la compagnie pétrolière a réagi à ces fuites. Elle a laissé le pétrole se répandre pendant des semaines avant de stopper ces écoulements. Shell n’a pas apporté l’aide nécessaire aux personnes affectées par ces déversements. Plus de trois ans après le début des fuites, la pollution due aux hydrocarbures à Bodo n’a toujours pas été nettoyée. N’ayant pas réussi à obtenir une indemnisation grâce aux tribunaux nigérians, les habitants de Bodo ont été obligés de réclamer justice auprès des tribunaux britanniques. L’affaire est toujours en cours. Le désastre de Bodo est représentatif de la situation globale concernant le secteur pétrolier dans le delta du Niger.

En 2001, à l’issue d’une enquête, la Commission africaine a déclaré : « La pollution et la dégradation de l’environnement à un niveau humainement inacceptable ont fait de la vie en pays ogoni un cauchemar. » La Commission a appelé le gouvernement à protéger l’environnement, la santé et les moyens de subsistance des personnes vivant en pays ogoni. Elle a vivement enjoint aux autorités de veiller à ce que les victimes de ces violations des droits humains soient dûment indemnisées, d’entreprendre un nettoyage complet des terres et des rivières détériorées par les opérations pétrolières, et de fournir des informations concernant les risques pour la santé et l’environnement. Elle a également demandé que soit fourni aux communautés susceptibles d’être affectées par ces opérations un véritable accès aux organes de régulation et de prise de décision. Ces recommandations de la Commission africaine n’ont jamais été appliquées au Nigeria.

En août 2011, un rapport très important du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a prouvé scientifiquement que Shell n’avait jamais nettoyé correctement la pollution due aux hydrocarbures en pays ogoni. Le PNUE a constaté que de nombreux sites que Shell affirmait avoir nettoyés étaient encore pollués au-delà des normes environnementales du gouvernement et même au-delà des propres normes de la compagnie. Le PNUE a découvert que l’une des conséquences les plus préoccupantes de l’absence d’un nettoyage efficace de la part de Shell était l’importante contamination des eaux souterraines, ce qui présente un grave danger pour la santé des habitants de la région.

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