Accueil du site > S’informer > Notre magazine « Le Fil » > Libertés ! (Archives) > Les anciens numéros > 382 Numéro de Mars 2002 > Dossier > RDC : Quel rôle pour la Belgique

RDC : Quel rôle pour la Belgique

Propos receuillis par Denis Grégoire

mardi 19 mars 2002

Quel rôle la Belgique doit-elle jouer pour aider son ex-colonie à se sauver, et jusqu’à quel point peut-elle agir compte tenu de la situation des droits humains ? Vaste dilemme. Nous avons demandé l’avis de deux journalistes belges, internationalement reconnus. Colette Braeckman est grand reporter au Soir et collaboratrice au Monde diplomatique. François Ryckmans est journaliste à la RTBF. Sa série radiophonique « Mémoires noires d’une indépendance » a reçu différents prix de journalisme en 2000.

Libertés ! : Comment jugez-vous le rôle joué par la Belgique dans le cadre du processus de préparation du dialogue inter-congolais ?

Colette Braeckman : La Belgique a en tout cas fait preuve de bonne volonté. Elle a essayé d’aider deux des parties qui vont aller discuter au dialogue inter-congolais, c’est-à-dire la société civile et une partie de la classe politique, de l’opposition non-armée, à l’exception malheureusement de deux partis. Elle les a aidés à définir une position commune plus cohérente pour qu’ils soient plus unis au moment du dialogue.

Quant à savoir si ces efforts seront efficaces, c’est autre chose, car le problème est aussi un problème militaire, un problème international, un problème interafricain. Donc, il y a des paramètres sur lesquels la Belgique n’a pas de prise.

Quel est le bilan de Joseph Kabila sur le plan des droits humains ?

Il y a progrès au niveau du discours et des intentions. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, il a promis de dissoudre la Cour d’ordre militaire. En tout cas, de faire en sorte qu’elle ne s’occupe plus de civils. Les promesses et les intentions étaient très bonnes. Malheureusement, sur le plan des réalités, c’est assez différent. Il y a encore des civils qui sont détenus par la Cour d’ordre militaire, qui sont emprisonnés sans jugement. Il y a encore des journalistes qui sont poursuivis même s’il y a une relative libéralisation de la presse.

Il y a aussi une certaine libéralisation des partis politiques qui est plus un fait accompli qu’une vraie décision politique. Il y a encore beaucoup d’abus. On est loin de l’état de droit, en tout cas. Si ses intentions étaient bonnes, la route est encore très longue vers leur réalisation. Une autre chose positive a été l’organisation d’une conférence consacrée aux droits de l’Homme où de mesures intéressantes ont été proposées mais qui, malheureusement, ne sont pas encore vraiment en application. Je crois que le Congo vient de très loin sur le plan du respect des droits de l’Homme, qu’il a un peu avancé mais que la route est encore extrêmement longue.

Il faut aussi ne pas perdre de vue que le pays est en guerre et que dans les zones occupées par l’armée rwandaise et ougandaise, la situation est encore bien pire que du côté du gouvernement.

Le gouvernement belge doit-il rétablir sa coopération avec la RDC ?

Je crois qu’il doit y aller prudemment. Mais il ne doit pas rester insensible au sort des populations, à la catastrophe humaine qui se déroule au Congo. Il lui faut toujours contribuer à soulager la souffrance de la population, mais il faut rester prudent en ce qui concerne la coopération d’état à état parce que pour l’instant il n’y a pas encore d’état stabilisé, ni d’interlocuteurs fermes au Congo. On peut cependant par le biais des ONG, des universités, de différentes institutions aider à soulager la population, et dans la mesure du possible à reconstruire l’état à la base, par exemple, au niveau des administrations, des universités.

Libertés ! : Comment jugez-vous le rôle joué par la Belgique dans le cadre du processus de préparation du dialogue inter-congolais ?

François Ryckmans : Il faut replacer l’initiative belge pour le dialogue inter-congolais dans le cadre de la politique africaine du ministre belge des Affaires étrangères . Il s’agit bien pour la Belgique de se repositionner en Afrique centrale. En pratique, on voit bien comment à l’automne dernier, après que le dialogue se soit embourbé, la Belgique a joué les bons offices. il s’agissait en fait d’encadrer l’initiateur du dialogue, Ketumile Masire, qui était très lent. D’un côté, l’Onu a déplié la situation entre les belligérants, le gouvernement Kabila et les deux rébellions. De l’autre côté, Bruxelles prenait le rôle de réunir les partis d’opposition démocratiques, la société civile. Donc, c’est un peu comme « une méthode en sandwich » qui a permis la relance du dialogue. Il est incontestable que la rencontre de Bruxelles a renforcé une partie de l’opposition et la société civile. Pas mal des conclusions des travaux de Bruxelles font déjà un consensus à peu près général entre Congolais. Ceci dit, il faut se garder de trop d’optimisme parce qu’il y a beaucoup de dynamiques, à la fois locales et régionales, qui peuvent peser contre les efforts de paix et l’action de ce que j’appelle les acteurs invisibles, les chefs de guerre locaux, les maffia politico-militaires qui peuvent nuire au processus de paix.

L’investissement important du ministre belge des Affaires étrangères reflète l’ambition d’une présence active. On se démarque donc bien du repli frileux des prédécesseurs au cours des années 90. Louis Michel a compris que c’était le seul dossier de politique étrangère où la Belgique avait encore une marge de manœuvre. Il a compris également que la paix au Congo était la seule chance de repositionner les entreprises, les investisseurs et les acteurs belges dans cette région du monde.

Quel est le bilan de Joseph Kabila sur le plan des droits humains ?

Si l’on examine l’action au sommet du pouvoir, on perçoit des signes incontestables de bonne volonté. On relève l’action positive du ministre congolais des droits humains, et du président lui-même. Et en même temps, on constate toujours des violations graves des droits de l’Homme dans la région sous le contrôle du gouvernement Kabila. Il apparaît que certaines zones de l’appareil d’état, notamment certains services spéciaux de sécurité, échappent en fait à un contrôle effectif et régulier du pouvoir. Par ailleurs, il est clair que l’action et la vigilance des associations de défense des droits de l’Homme est un recours précieux pour les citoyens arrêtés injustement, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres pays d’Afrique. Il ne faut évidemment pas oublier la situation très précaire dans les zones sous le contrôle des deux mouvements rebelles qui semble souvent même parfois plus dramatique en terme de sécurité.

Personnellement, je pense cependant que la violation la plus grave des droits de l’Homme dans la zone gouvernementale, est la situation économique et sociale engendrée par la guerre, le manque de soins, de scolarité, de nourriture de qualité et d’emploi.

Le gouvernement belge doit-il rétablir sa coopération avec la RDC ?

On a commencé à la rétablir de fait, sans l’annoncer vraiment. Il faut se rappeler qu’à la chute de Mobutu, et à la prise de pouvoir de Kabila, Bruxelles à maintenu le blocage de la coopération structurelle mais a continué à soutenir un volet non négligeable de coopération indirecte, par les ONG et l’aide d’urgence. C’était sans doute par prudence, et sans doute également par calcul. Aujourd’hui, on est dans une politique de reprise graduelle de coopération, tout en maintenant des garde-fous. Il ne s’agit pas d’accorder des budgets importants qui seraient gérés uniquement par le gouvernement congolais. La Belgique a promis en juin dernier une aide accrue en fonction des gestes posés en direction de la paix. On assiste aussi à la naissance d’une nouvelle forme de conditionnalité de l’aide. Plus fondamentalement, je me demande s’il n’est pas temps que tous les décideurs belges envisagent tous les problèmes de coopération au développement tout à fait autrement.

Ne s’agirait-il pas de soutenir, en tant qu’ acteurs de soutien, les responsables d’Afrique centrale, dans une définition d’ensemble pour un développement économique et social ? Cela, je pense que c’est bien au-delà des problèmes, des conceptions et des budgets de coopération au développement au sens stricte.

Sans votre aide, nous ne pouvons rien. Faites un don. Maintenant!

1 Message

  • > RDC : Quel rôle pour la Belgique Le 8 août 2005 à 22:52 , par kabeya

    j’aimerai juste participé à votre idée en donnant aussi mon point de vue.
    J’aimerai mettre au point,l’installation de cyber café en partenariat avec vous,en rdc,il y a manque de culture et c’est le problème qui nous destabilise,j’aimerai vraiment travaillé pour en rdc,je cherche vraiment des pesonnes qui pouront m’aider à realiser cela

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

Focus

e-Boutique

A l'agenda

RDC : Quel rôle pour la Belgique

« mai 2012 »
L M M J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
 

Pays par pays