
- L’usine de Bhopal en Inde après la catastrophe. Devant, un homme porte à même l’épaule son épouse © Raghu Rai/Greenpeace
Qualifiée par Greenpeace, entre autres, du plus grand « crime industriel » du siècle, cette catastrophe illustre de manière assez évidente l’idée de violence contre l’environnement. Le site même de Bhopal est resté à ce jour un lieu de désolation, empoisonné au plus profond de sa géographie, jonché de produits toxiques : les nappes phréatiques ont été très vite contaminées par cette terrible pollution.
De l’environnement à l’être humain
Mais comme à chaque fois qu’une catastrophe environnementale a lieu, c’est l’être humain qui en pâtit tout de suite après. Car, finalement, cette notion de violence contre l’environnement est à l’image d’un chien qui se mord la queue : l’homme porte atteinte à son milieu naturel, celui-ci est plus ou moins gravement touché, et in fine, c’est l’homme qui en subit les dramatiques conséquences. La violence contre la nature devient violence contre l’être humain.
On ne manque pas d’exemple de ces « crimes industriels » : tout le monde a en tête les images des marées noires. Ce type de violence est avant tout économique : la sous-traitance, la recherche de marges bénéficiaires aux dépens de la sécurité, les entreprises transnationales qui jouissent d’un blanc seing de certains États, emplois obligent, autant de raisons qui favorisent une culture du mépris de l’environnement. Du mépris à la violence, il n’y a qu’une mince frontière.
Mais nous ne parlons-là que d’exemples et de pollutions directes et spectaculaires. D’autres, bien moins évidentes, sont tout aussi graves. Les rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère, rejets dont nous sommes tous responsables à plus ou moins grande échelle, ont des conséquences néfastes sur la nature (effet de serre etc.), mais également sur la santé de l’être humain. De plus en plus d’enfants naissent avec des allergies ou de l’asthme, les personnes âgées sont aujourd’hui davantage confrontées à des problèmes respiratoires que par le passé.
Et là encore, les timides réglementations - surtout dans les pays occidentaux - et traités internationaux, sont de peu de poids face aux enjeux économiques.
Un manque d’imagination politique
Mais qu’en est-il des catastrophes nucléaires ? Peut-on encore parler de conséquences d’une politique économique par trop libérale mettant aux placards les exigences de sécurité et de respect de l’environnement ?
Les centrales nucléaires sont a priori à l’abri d’une logique de profit et de concurrence à tout crin. Il s’agit le plus souvent d’entreprises d’État qui sont au service du bien collectif. De plus, la pollution directe est quasi nulle : la vapeur d’eau libérée par les usines nucléaires est on ne peut moins polluante… Et pourtant, là aussi, le danger est bien réel : Tchernobyl en a été l’exemple effrayant. Les combustibles nécessaires au fonctionnement du réacteur nucléaire sont hautement dangereux, avant, pendant et surtout après leur utilisation. La pollution indirecte de ces usines est très problématique : d’abord rejetés dans les océans, au mépris de la faune et de la flore océanique, maintenant enterrés sous terre, les déchets radioactifs sont de véritables catastrophes écologiques à retardement. Mais cette violence faite à l’environnement est plus la conséquence d’une politique de production et de gestion de l’énergie qui manque d’imagination qu’un « crime industriel ».
À côté de la nécessaire prise de conscience de chacun de la nécessité d’un respect à tout prix de l’environnement, il est de plus en plus nécessaire de faire respecter et rendre contraignants les différents traités qui protègent et conçoivent l’environnement et son développement non pas seulement au service du bien être de l’être humain mais aussi comme un bien de l’humanité qu’il faut conserver coûte que coûte.




