L’origine des mutilations sexuelles féminines remonte à la nuit des temps. Des cadavres retrouvés dans des sépultures datant du néolithique portent des cicatrices démontrant qu’à l’époque déjà, les chefs de famille imposaient l’ablation du clitoris. Cette ancienneté prouve que les justifications des mutilations, sur base biblique ou coranique, sont dénuées de fondement, même si elles sont à l’origine de l’excision dans certaines communautés. Rien dans les livres sacrés des chrétiens ou des musulmans n’impose des mortifications d’une telle ampleur. Il faut plutôt chercher du côté de coutumes et de croyances très diverses pour en trouver les causes. Ainsi, certaines ethnies sont persuadées que le clitoris peut piquer la verge lors des rapports sexuels ou blesser les enfants lors de la naissance ! D’autres, comme les Bambaras et les Dogons du Mali, estiment que le garçon est féminin par son prépuce et la fille masculine par son clitoris. Les rites d’excision permettraient à chacun de correspondre entièrement à son sexe...
On rencontre les mutilations génitales féminines dans vingt-six pays africains, dans la péninsule arabique (Yémen, sultanat d’Oman, Émirats Arabes Unis) ainsi que dans certaines régions d’Indonésie et chez les musulmans de Malaisie. La forme d’excision la plus douce est la Sunna, c’est-à-dire l’ablation du capuchon du clitoris, qui n’est pas sans rappeler la circoncision masculine. Elle reste malheureusement marginale par rapport à l’amputation totale de l’organe érectile, souvent suivie de celle des petites lèvres et de la paroi intérieure des grandes lèvres. En Afrique de l’Est (Éthiopie, Somalie, Soudan, Kenya, Djibouti, Égypte) et dans certaines régions du Mali, on va jusqu’à l’infibulation, aussi appelée circoncision pharaonique. Il s’agit de l’ablation du clitoris et des petites lèvres, suivie de la couture des grandes lèvres (au moyen d’épines, de fils ou d’anneaux). Normalement, une ouverture minuscule est conservée à l’arrière pour permettre le passage de l’urine et du sang. Les matrones, ces villageoises dont le travail consiste à effectuer les mutilations à l’aide de couteaux, de lames de rasoir et parfois de morceaux de verre, ne sont cependant pas toutes d’une grande habilité. Il arrive ainsi que le petit orifice ne soit pas correctement aménagé, nécessitant dès lors une seconde opération... toujours sans anesthésie.
Torturées pour pouvoir trouver un mari !
L’incompétence et l’inconscience des « exciseuses » ont gâché l’enfance de milliers de fillettes africaines. F., une Somalienne âgée de vingt ans et réfugiée en Belgique, n’est pas encore délivrée des souffrances consécutives à la mutilation. « La première fois que l’on m’a cousue, j’avais sept ans. J’ai dû maintenir mes jambes fermées durant plusieurs jours pour que la plaie ne bouge pas, mais plus tard, alors que je jouais avec d’autres enfants, je suis tombée et elle s’est ouverte. Le lendemain, malgré mes pleurs et mes supplications, la femme est revenue pour me fermer une deuxième fois. Depuis lors, j’ai des infections et une partie demeure gonflée. Mes parents n’ont jamais voulu que l’on m’ouvre parce que je ne pourrais plus me marier ». Si certaines mères et grand-mères prennent conscience de l’absurdité de la coutume et tentent de s’y opposer, la plupart s’enferment encore dans le raisonnement « puisque nous l’avons toute subie, pourquoi pas elle ? ». Comme dans le cas de F., cette étroitesse d’esprit est renforcée par la difficulté, dans certains pays, de trouver un mari aux filles qui ne sont pas excisées... et qui pourraient « donc » avoir connu un autre homme auparavant.
Les partisans de l’excision et de l’infibulation ont de la peine à admettre les conséquences graves de la mutilation sur la santé des femmes. Lorsqu’elles évitent l’hémorragie mortelle, elles souffrent de brûlures lorsque vient le moment d’uriner, de déformations, voire d’occlusions rendant tout rapport sexuel normal impossible. À plus long terme, la cicatrice gêne la marche et les règles sont souvent douloureuses. L’ignorance de beaucoup d’ »exciseuses » à tout ce qui touche aux conditions d’hygiène est souvent la cause d’infections du vagin et d’autres organes (vessie, rectum, ...). Gangrène, tétanos, septicémie sont également possibles, tout comme une stérilité si les infections se propagent à l’intérieur des organes reproducteurs.
Des efforts de prévention au départ de la Belgique
En Europe, la résistance s’organise contre les pratiques d’excision et d’infibulation. Même si l’Occident n’est pas directement touché par le fléau, chaque année, lors du retour dans le pays d’origine à l’occasion des grandes vacances, des fillettes risquent de subir les agressions des « matrones ». Le GAMS (Groupement d’hommes et femmes pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines) passe alors à l’action... Son activité se concentre sur la prévention, en Belgique et en Afrique. « Nous organisons des journées de palabres avec les femmes africaines établies en Belgique, explique Khadidiatou Diallo, une Sénégalaise qui a elle-même subi l’excision et l’infibulation. En général, elles ne savent pas que l’excision est un problème et qu’elle peut occasionner des maladies. Puisque toutes les femmes de leur famille l’ont subie, elles n’imaginent pas que cela peut causer du tort. C’est en leur remémorant les difficultés lors des accouchements, les douleurs et les pertes de sang lors des rapports sexuels que, petit à petit, l’une ou l’autre laisse de côté les tabous pour avouer qu’elle a subi ça elle aussi. Le dialogue s’instaure et nous leur expliquons que ces souffrances proviennent de l’excision ».
En Afrique même, le GAMS [2] peut compter sur un réseau d’organisations prêtes à protéger les fillettes en vacances dans leur pays d’origine. « Nous faisons partie d’un comité inter-africain qui compte des représentants dans vingt-six pays, souligne Khadidiatou Diallo. Si les parents d’une enfant menacée s’adressent à nous pour nous demander conseil sur la façon d’éviter l’excision lorsqu’elles visitent leur famille, nous les mettons en rapport avec les représentants du comité dans le pays concerné. Ces derniers peuvent les attendre à l’aéroport et les accompagner jusqu’à la maison familiale. Là, ils parleront aux aînés, allant jusqu’à menacer d’envoyer le papa en prison s’ils mutilent la petite fille ». Différents mouvements luttent aussi en Afrique pour sensibiliser les populations et les « exciseuses », et offrir d’autres débouchés professionnels à ces dernières.
À la connaissance du GAMS, aucun cas d’excision n’a été déploré jusqu’ici sur le territoire belge. La législation interdit formellement ces pratiques. La Belgique a par ailleurs pour habitude de reconnaître le statut de réfugiées politiques aux femmes qui craignent d’être mutilées si elles rentrent dans leur pays (ou qui craignent la même chose pour leur fille qui les accompagne).
Le site Internet d’AIBF reprend une liste des sites offrant des informations sur les mutilations génitales féminines. Cette liste est disponible à l’adresse http://www.amnestyinternational.be/...




