Difficile de chiffrer avec précision le phénomène de la « dowry death » en Inde. Néanmoins, on estime que, chaque semaine, 98 femmes sont tuées par leur mari ou par la famille de celui-ci, le plus souvent à la suite d’un conflit concernant la dot [1]. Pratique taboue, mais qui n’en est pas moins réelle, la « dowry death » est fréquemment maquillée en suicide ou en accident domestique. Dans les faits, de nombreuses femmes indiennes - toutes classes sociales confondues - font l’objet de persécutions de la part de leur belle-famille lorsque leur dot devient un enjeu financier aigu. Certaines sont battues, d’autres aspergées de carburant et grièvement brûlées. En principe, la coutume de la dot a été abolie, en Inde, par le « Dowry Prohibition Act », qui remonte déjà à 1961. Mais il en faut plus pour déraciner une tradition ancestrale qui, à l’origine, devait permettre à une jeune femme d’entrer dans la famille de son mari en apportant quelques biens lui appartenant en propre. À présent, la dot est, dans certains cas, prétexte à un sordide marchandage, le marié (et ses parents) en profitant pour demander sans cesse de l’argent ou des objets utilitaires à la famille de son épouse [2]. Et une fois que le « robinet » se tarit, cette dernière est en danger. D’après l’association de défense des droits de la femme « Vimochana », les proches des victimes d’une « dowry death » savent souvent ce qu’il en est, mais hésitent à porter plainte, englués par les conventions sociales et découragés par l’inertie de la police. Et pourtant… Une enquête de terrain réalisée par « Vimochana » à Bangalore (Sud de l’Inde), a révélé qu’une grande majorité des « accidents de cuisine » et suicides déclarés dans cette ville (environ 100 par mois), étaient en réalité des crimes liés à la dot.
La dot met en danger les femmes indiennes
vendredi 19 mars 2004, par
Notes
[1] Atlas de femmes dans le monde, Joni Seager, Editions Autrement, 2003
[2] Meurtres en série pour cause de dot, Le Monde diplomatique, mai 2001.




