Chine

Un an de répression contre les défenseurs des droits humains

Voici un an que la Chine s’en prend aux avocats et aux militants qui défendent les droits humains dans le pays. Depuis le 9 juillet 2015, ils sont 248* à avoir été interrogés par la police, arrêtés ou inculpés dans le cadre de ce coup de filet d’une ampleur sans précédent.

Wang Yu : « Nous ne pouvons tolérer que la vérité soit étouffée ! »

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Carte de la répression : La vaste opération des autorités chinoises pour arrêter des avocats et des militants qui défendent les droits humains s’est étendue à tout le pays et, dans un cas, au-delà des frontières chinoises, jusqu’à la ville frontalière de Mongla au Myanmar.

Les avocats et les militants qui défendent les droits humains et qui ont été la cible de la répression exercée par les autorités chinoises ont été assimilés dans les médias officiels à un « vaste réseau criminel » et à des fauteurs de trouble, entre autres. Nombre d’entre eux sont accusés d’incitation à la subversion du pouvoir de l’État. Mais pour leurs amis et leurs proches, ils sont des mères et des pères, des filles et des fils qui ont le courage de travailler sur des affaires relatives aux droits humains stigmatisées par les autorités. Nous mettons ici un visage sur quelques-uns d’entre eux.

1. Wang Yu et son mari Bao Longjun, parents d’un adolescent

Wang Quanping, avocat : «  Elle (Wang Yu) est la plus courageuse, juste et altruiste des avocates spécialistes des droits humains. »

Qualifiée de « courageuse et audacieuse » par celles et ceux qui la connaissent, la célèbre avocate chinoise spécialiste des droits humains Wang Yu a mené ses premières actions militantes après avoir elle-même vécu une injustice.

En 2008, Wang Yu a été agressée dans la ville de Tianjin, dans le nord du pays, car elle avait exigé de monter dans un train pour lequel elle disposait d’un billet valide. Elle a déposé une plainte auprès de la police, après quoi elle a été emprisonnée pendant deux ans et demi. Pendant son séjour en prison, elle a été témoin des mauvais traitements et des actes de torture subis par des prisonniers. Depuis, elle a inlassablement consacré sa carrière à de grands dossiers de droits humains jugés « sensibles » par le gouvernement chinois : elle a notamment défendu le célèbre intellectuel ouïghour Ilham Tohti et la militante des droits humains Cao Shunli, morte en détention faute de soins médicaux adaptés.

Le mari de Wang Yu, Bao Longjun, est également un défenseur des droits humains et il a mené ses premières actions militantes quand sa femme était en prison, pour obtenir sa libération. Après la libération de Wang Yu en 2011, tous deux se sont consacrés à la défense d’affaires judiciaires extrêmement sensibles.

Wang Yu et Bao Longjun ayant été détenus pour des prétendues infractions liées à la sûreté de l’État, ils n’étaient pas autorisés à consulter un avocat ni à voir les membres de leur famille. Tout récemment, les médias de la Chine continentale et de Hong Kong ont indiqué que l’avocate Wang Yu avait été libérée sous caution. Son arrestation en 2015 avait marqué le début de la vague de répression. Elle pourrait toutefois être encore poursuivie pour « subversion du pouvoir de l’État », l’accusation qui avait motivé son arrestation. Phoenix TV (Hong Kong) a annoncé que Wang Yu avait été libérée sous caution en diffusant une séquence la montrant dans un lieu non identifié, dénonçant ses travaux antérieurs et affirmant que des « forces occidentales » avaient utilisé le cabinet d’avocats pour lequel elle travaillait afin de nuire à l’image du gouvernement chinois.

2. Wang Quanzhang, marié et père d’un garçon

Li Wenzu, épouse de Wang Quanzhang : « Il est très facile pour vous (les autorités chinoises) de monter un dossier inique. Pour nous, contester légalement les accusations est aussi difficile que de monter au paradis. »

Tout comme Wang Yu, Wang Quanzhang est un avocat du cabinet juridique Fengrui à Pékin et il a défendu les droits humains de clients dans des affaires jugées sensibles par le gouvernement chinois, notamment des membres du Fa Lun Gong, un mouvement spirituel persécuté et illégal en Chine. Il a également pris en charge des affaires qui concernent des membres du Mouvement des nouveaux citoyens, un réseau informel de militants associatifs persécuté depuis début 2014.

Parce qu’il représente des « parias », il a fait l’objet de multiples actes d’intimidation : il a notamment été expulsé d’un tribunal où il défendait des membres du Fa Lun Gong et il a été frappé par la police.

Le 10 juillet 2015, il a été embarqué par des agents de sécurité lors d’une rafle au cabinet juridique Fengrui à Pékin. Il a été placé en résidence surveillée puis officiellement arrêté en janvier 2016 pour « subversion du pouvoir de l’État ». Comme Wang Yu et Bao Longjun, il n’est pas autorisé à consulter un avocat ni à voir les membres de sa famille depuis son arrestation.

3. Li Heping, marié et père d’un fils et d’une fille

Wang Qiaoling, épouse de Li Heping : « Il n’est pas un héros, mais un simple citoyen. Qu’a-t-il fait exactement ? Alors que le système judiciaire chinois s’ingère dans la vie des citoyens ordinaires, il a choisi de dire “non”. »

Avocat au sein du cabinet juridique Global Law Firm à Pékin, Li Heping a accepté, comme beaucoup de personnes visées par la répression des autorités chinoises, des dossiers jugés sensibles que beaucoup auraient refusé de prendre en charge en Chine continentale. Il a notamment défendu des chrétiens, des membres du Fa Lun Gong, des dissidents célèbres, l’avocat spécialiste des droits humains Gao Zhisheng et le militant Chen Guangcheng, atteint de cécité.

Son travail dans le domaine des droits humains a été reconnu par la National Endowment for Democracy (Fondation nationale pour la démocratie, une organisation des États-Unis financée par le Congrès américain) et le Conseil des barreaux européens (CCBE). Il a également été arrêté dans le cadre du vaste coup de filet qui a eu lieu en 2015. Placé en résidence surveillée après avoir été appréhendé le 10 juillet 2015, il a officiellement été arrêté le 8 janvier 2016. Un mois après son arrestation, les avocats de Li Heping ont été informés que celui-ci les avait renvoyés, mais ils n’ont pas été en mesure de le vérifier directement auprès de lui.

4. Zhao Wei, mariée

Ren Quanniu, avocat de Zhao Wei : « Elle n’est pas à la tête d’une armée et elle n’appelle pas non plus à une insurrection. Elle a tout au plus fait des remarques sur la liberté d’expression, comment peut-on qualifier cela de subversion du pouvoir de l’État ?  »

Désireuse d’aider les plus vulnérables, Zhao Wei a commencé à l’âge de 25 ans un travail de campagne sur des questions sociales alors qu’elle était étudiante en journalisme dans l’est de la Chine. Son intérêt croissant pour les droits humains dans son pays l’a poussée à rejoindre le cabinet Global Law Firm à Pékin une fois diplômée, et elle a travaillé comme assistante juridique pour Li Heping, un avocat défenseur des droits humains lui aussi placé en détention.

Elle a été appréhendée par les autorités chinoises le 10 juillet 2015, le même jour que Li Heping, et elle a été officiellement arrêtée le 8 janvier pour « subversion du pouvoir de l’État ». Durant sa détention, les autorités chinoises ont tenté d’empêcher l’avocat de Zhao Wei de faire son travail. Les demandes formulées par son avocat et sa famille auprès de l’administration pénitentiaire pour enquêter sur les actes de harcèlement sexuel que Zhao Wei aurait subis en détention étaient également restées sans réponse. D’après le South China Morning Post, un quotidien de Hong Kong, Zhao Wei viendrait d’être libérée sous caution au bout de cette longue période de détention . A ce jour, l’époux de Zhao Wei n’avait pas encore été en mesure de communiquer avec elle depuis sa libération supposée.

5. Wu Gan

Wu Gan (plus connu sous son nom de plume Tufu « Le Boucher ») a débuté son activité militante en faveur de droits humains en 2007. Il collaborait depuis début 2015 aux activités du cabinet juridique Fengrui de Pékin, une des principales cibles de la répression en cours.

Il a été arrêté le 28 mai 2015 après avoir organisé une manifestation devant un tribunal populaire supérieur de la province du Jiangxi, en soutien à un groupe d’avocats qui demandaient de pouvoir consulter des documents du tribunal relatifs à une affaire entachée de soupçons de torture, dans laquelle les accusés encourent la peine de mort.

Il est pour ce prétexte soupçonné de « diffamation », d’avoir « cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public » et d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Il s’agit là de chefs d’accusation vagues couramment invoqués à l’encontre de défenseurs de droits humains, mais qui peuvent, selon le nouveau Code pénal, justifier de lourdes condamnations. Toujours en attente de jugement, il risque entre-temps d’être victime de mauvais traitements.

Wu Gan n’a pas pu bénéficier d’une assistance juridique depuis que son avocat, Yan Xin, lui a rendu visite pour la dernière fois le 4 juin 2015. Ce dernier s’est de nouveau rendu au centre de détention municipal n° 1 de Tianjin au début du mois d’août 2016 afin de voir son client, mais il n’y a pas été autorisé.

Amnesty estime que Wu Gan est un prisonnier d’opinion qui a voulu exercer son droit à la liberté d’expression. À nos côtés, demandez sa libération et dans l’intervalle, sa protection contre les mauvais traitements encore trop fréquents en Chine, ainsi que le libre accès à un avocat de son choix et à sa famille.

Signez notre pétition.

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Wang Yu, avocate chinoise spécialiste des droits humains :
« Les faits peuvent difficilement être déformés, nous ne pouvons tolérer que la vérité soit étouffée ! »

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