Les femmes réfugiées en Grèce s’expriment

Quand Soraya (24 ans) ferme les yeux, les images sont aussi vivaces que si c’était hier.
L’eau glaciale. Le bateau frêle et instable. Son fils qui vomit et peut à peine bouger au milieu des dizaines de personnes risquant aussi leur vie cette nuit-là.
« Je me félicite toujours d’avoir traversé cette mer parce que je voulais un avenir meilleur pour mes enfants », a déclaré Soraya.

Ses souvenirs sont les mêmes que ceux de milliers d’autres femmes et de filles qui, fuyant les persécutions et les conflits, se lancent dans un périple extrêmement difficile pour atteindre la Grèce.

Face à la fermeture des frontières et à l’impossibilité de se déplacer légalement, elles sont obligées de prendre tous les risques dans l’espoir que l’Europe leur offre la sécurité. Pour nombre d’entre elles, ces rêves sont réduits à néant à leur arrivée en Grèce.
Bloquées dans les camps surpeuplés et sordides que l’Union européenne (UE) finance sur les îles grecques, ces femmes et ces filles sont exposées à de graves dangers, notamment au harcèlement et aux violences sexuelles. Elles sont aux prises avec un système d’accueil dysfonctionnel qui maintient des milliers de personnes dans des camps surpeuplés à l’extrême, dépourvus d’installations sanitaires adéquates et de services médicaux, qui ne sont ni conçus ni équipés pour héberger des personnes à long terme.

Et pour ne rien arranger, il est difficile pour les femmes d’avoir accès à des services essentiels, comme des soins de santé sexuelle et reproductive ou encore une assistance juridique, car elles ignorent où obtenir de l’aide et n’ont pas d’interprètes féminines à qui s’adresser.

Soraya veut se faire entendre, et c’est aussi le souhait de nombreuses autres femmes que les délégué-e-s d’Amnesty International ont rencontrées au cours de leurs recherches sur les conditions de vie en Grèce.

Le présent aperçu se fonde sur les informations qu’elles nous ont fournies et reflète leur histoire et leur vécu, du voyage périlleux jusqu’aux obstacles qui les empêchent de reconstruire leur vie en Grèce continentale, en passant par les difficultés rencontrées sur les îles.

Ce texte ne raconte pas seulement l’adversité mais témoigne aussi d’initiatives qui changent des vies en Grèce, comme les espaces associatifs adaptés à l’accueil des femmes.

Amnesty International souhaite exprimer sa reconnaissance à toutes les femmes qui ont courageusement livré leur histoire personnelle, ainsi qu’à toutes les personnes et organisations qui leur apportent un soutien inestimable.

Il faut que les responsables politiques écoutent ces femmes et répondent à leurs demandes.

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« En tant que femmes, nous devons nous battre pour faire valoir nos droits. »

Soraya, d’Afghanistan (ci-dessus)

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©Lene Christensen/Amnesty International
©Lene Christensen/Amnesty International

DE LA FORCE ET DU COURAGE

Depuis mars 2017, des délégué-e-s d’Amnesty International se sont entretenu-e-s avec plus de 100 femmes et filles qui avaient fui leur pays et vivaient dans des camps ou des appartements sur les îles grecques ou en Grèce continentale.

Quels que soient leur nationalité, leur situation personnelle et leurs espoirs, elles avaient toutes un point commun : elles avaient un message crucial à faire passer au sujet de leurs droits, de leur sécurité, de leur bien-être et des défis à relever. De plus, elles avaient des revendications claires pour faire changer les choses.

De périlleux voyages vers l’Europe

Depuis que les États européens refusent d’ouvrir des voies sécurisées et légales qui permettraient aux réfugié-e-s et aux demandeurs et demandeuses d’asile d’éviter un périlleux voyage terrestre ou la traversée potentiellement mortelle de la mer Égée, les femmes et les filles risquent davantage de subir des violences sur leur parcours, notamment d’être victimes de violences sexuelles et de la traite des êtres humains.

Entre janvier et juillet 2018, les femmes ont représenté 24 pour cent des arrivées sur les îles grecques de la mer Égée orientale ; elles venaient pour la plupart de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan (d’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés).

Toutes les femmes interrogées ont déclaré n’avoir pas eu d’autre choix que de faire appel à des passeurs. Elles ont expliqué qu’elles avaient dû attendre des jours dans des maisons clandestines, dans une ville côtière de Turquie, avant d’être emmenées sur le littoral ; certaines avaient aussi passé plusieurs nuits à la belle étoile près du rivage parce que la météo était trop mauvaise pour prendre la mer.

«  Nous sommes resté-e-s là 20 jours, dans le froid et l’humidité. Il n’y avait pas assez d’eau ni de nourriture. Nous ne connaissions personne du groupe. Les autres étaient gentil-le-s, mais pas les passeurs... Ils ont repoussé ma mère quand elle les a implorés pour retourner à Bodrum. J’avais très peur, je ne dormais plus. Lorsque je voulais aller aux toilettes, mon frère m’accompagnait à l’écart du groupe. Mais une fois les passeurs nous ont suivi-e-s alors nous avons rebroussé chemin en courant. Après ça, je me suis retenue d’uriner pendant tellement longtemps que ça m’a rendue malade.  » Yara* (22 ans), de Syrie, qui a voyagé entre la Turquie et la Grèce avec sa mère et son frère de 17 ans

Les femmes, surtout celles qui voyageaient seules, étaient extrêmement mal à l’aise et ne se sentaient pas en sécurité en se rendant dans des endroits isolés avec des hommes inconnus. Elles risquaient particulièrement de subir du harcèlement physique, verbal et sexuel de la part des passeurs. Une femme a indiqué qu’un passeur lui avait demandé de lui donner sa fille adolescente en mariage :

« Ils m’ont harcelée sans cesse. L’un des passeurs était très insistant. Il a expliqué : “Je t’enverrai en Allemagne en avion si tu me donnes ta fille.” Évidemment, je ne l’ai pas fait mais j’ai encore peur d’eux. »

Les femmes ont signalé qu’elles avaient parfois été harcelées par la police, la gendarmerie et la population locale en Turquie, ainsi que par leurs proches ou des personnes faisant le trajet avec elles. Une femme iranienne a déclaré que son mari l’avait obligée à avoir des rapports sexuels avec des passeurs lorsque le couple s’était trouvé à cours d’argent.

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« Lorsque les États européens ont fermé la porte aux réfugié-e-s, nous nous sommes trouvées davantage exposées à la violence des passeurs. »

Fatima, une Afghane de 27 ans qui s’est rendue en Grèce avec ses deux sœurs cadettes

Bloquées sur les îles grecques dans des camps surpeuplés

Lorsque des femmes et des filles arrivent sur l’une des îles grecques de la mer Égée orientale, elles se retrouvent face aux conséquences dévastatrices de l’accord conclu récemment entre les États européens et la Turquie, dit « accord UE-Turquie ».

Depuis le 20 mars 2016, les demandeurs et demandeuses d’asile arrivant sur les îles grecques ne sont pas autorisé-e-s à se rendre en Grèce continentale, puisqu’elles/ils sont censé-e-s être renvoyé-e-s en Turquie en vertu de l’accord UE-Turquie.

Cependant, les retours ne sont pas aussi massifs que les dirigeants de l’UE l’envisageaient. Alors que des centaines de personnes atteignent les côtes grecques chaque semaine, des milliers de personnes sont bloquées depuis des mois sur les îles grecques dans des conditions inhumaines du fait de l’accord UE-Turquie.

La majorité d’entre elles vivent dans des camps financés par l’UE sur les îles de Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros. Dans la plupart de ces camps, le surpeuplement a atteint un point critique : plus de 16 600 personnes se répartissent dans cinq camps dont la capacité cumulée est de 6 400 personnes.

Le manque d’hygiène et la précarité des installations sanitaires, l’eau potable en quantité insuffisante, le ruissellement des eaux usées et les infestations de souris et de rats sont courants dans tous les camps.

Plusieurs femmes enceintes ont expliqué qu’elles dormaient à même le sol et n’avaient pratiquement pas accès à des soins prénataux.

« Tout est sale ici. C’est impossible de rester propre et, quand on a ses règles, c’est très difficile. » 
Adèle*, de la République démocratique du Congo (RDC)

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© Giorgos Moutafis/Amnesty International
© Giorgos Moutafis/Amnesty International

« Pendant deux mois, nous avons dormi dans une petite tente près des toilettes... Il n’y avait pas d’électricité et il faisait très froid. Quand il pleuvait, l’eau coulait à l’intérieur. Maintenant nous vivons dans un conteneur avec une autre famille de quatre personnes. Ça reste difficile. Ma mère souffre d’un mal de dos aigu et ne peut pas remonter et redescendre le camp pour voir un médecin. »

Saman* (19 ans), d’Afghanistan

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© Giorgos Moutafis/Amnesty International
© Giorgos Moutafis/Amnesty International

DANGERS QUOTIDIENS

De nombreuses femmes et filles sont victimes de violences sexuelles ou physiques dans leur pays d’origine ou pendant le périlleux voyage vers la Grèce.
Elles ne sont pas non plus en sécurité lorsqu’elles atteignent la Grèce car beaucoup de camps sont des lieux extrêmement dangereux.

La précarité des installations, notamment l’absence de toilettes et de douches séparées pour les femmes et les hommes, et le grave surpeuplement, en particulier sur les îles, sont des facteurs qui favorisent les agressions sexuelles et les autres formes de violences, en particulier à l’égard des femmes et des filles.

D’un camp à l’autre. La vie en Grèce continentale

Même pour celles qui parviennent jusqu’en Grèce continentale, la vie n’est pas facile. Les conditions d’accueil y sont généralement terribles.

« Tout le monde perd la tête ici. »
Darya*, d’Afghanistan, interrogée dans l’un des trois camps désormais fermés d’Elliniko, une banlieue d’Athènes.

La précarité des installations et des conditions dans les camps sont particulièrement difficiles à vivre pour les femmes, qui assument souvent la plus grande partie des responsabilités lorsqu’il s’agit de s’occuper des enfants et des autres membres de la famille. Les séjours prolongés dans les camps ont des répercussions profondes. Les femmes ont évoqué l’anxiété, les cauchemars, les insomnies et la dépression – manifestations dont les organisations humanitaires travaillant dans les camps ont confirmé l’existence.

De nombreuses femmes vivant dans des camps ont déclaré se sentir abandonnées. En juillet 2018, les délégué-e-s d’Amnesty International ont rencontré un groupe de femmes yézidies d’Irak, visiblement perturbées, au camp de Skaramagas, près d’Athènes. L’un d’eux a dit :

« Nous nous sentons totalement oubliées. Certaines d’entre nous sont au camp depuis deux ans et rien ne change. Nous ne savons pas ce que nous allons devenir. Nous ne pouvons rien faire ici et nos enfants deviennent fous. Et après tout ce temps, je peux difficilement exprimer mes problèmes parce que personne ne parle notre langue. »

À la fin du mois de juillet 2018, plus de 16 400 personnes vivaient dans les 26 camps temporaires installés sur le continent. La majorité de ces structures ont été mises en place pour faire face à la crise humanitaire qui a éclaté lorsque les pays européens situés sur la route des Balkans ont fermé leurs frontières en mars 2016.

Faute d’hébergement adéquat, même les femmes enceintes et les jeunes mères n’ont d’autre choix que de rester dans des camps.

La situation ne semble pas près de s’améliorer. En effet, la Grèce n’a pas affecté suffisamment de personnel et les principales organisations humanitaires se retirent progressivement du pays, principalement pour des raisons de financement. Il est à craindre que l’accès aux services médicaux essentiels, notamment aux soins de santé sexuelle et reproductive, et à une assistance juridique dans les camps soit encore plus restreint.

Certaines femmes, y compris des femmes enceintes et des mères d’enfants en bas âge, sont restées plusieurs jours sans abri avec leur famille devant des camps, faute d’hébergement.

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Quelque 45 500 réfugié-e-s et migrant-e-s (chiffre de septembre 2018) vivent dans des hébergements temporaires sur le continent.© Lene Christensen/Amnesty International
Quelque 45 500 réfugié-e-s et migrant-e-s (chiffre de septembre 2018) vivent dans des hébergements temporaires sur le continent.© Lene Christensen/Amnesty International

« C’est très difficile maintenant ; on ne nous a rien donné, même pas des couvertures à poser sur le sol. Tout ce que nous avons, nous l’avons trouvé dans la rue. Je dois m’occuper de mon bébé d’un mois et de mes trois enfants en bas âge. J’ai besoin d’un endroit plus adapté. »

Alma*, de Syrie, qui vit au camp de Skaramagas, dans la banlieue d’Athènes, avec sa famille, dont quatre enfants en bas âge

Écoutez notre podcast : Suivez Amnesty International dans une mission de recherche en Grèce

Manque de femmes interprètes

Il faut que les femmes aient la possibilité de faire valoir leurs droits et d’exprimer leurs besoins, et qu’elles soient soutenues dans cette démarche. Peu sont en mesure de le faire sans information et sans les services de femmes interprètes.

Les femmes interprètes et les femmes chargées de conduire des entretiens jouent un rôle particulièrement crucial dans les évaluations de « vulnérabilité » et les auditions menées dans le cadre de la demande d’asile.

Azadeh a expliqué aux délégué-e-s d’Amnesty International qu’elle s’était sentie désorientée et très stressée après l’entretien. Elle ne retrouvait même plus le chemin de son appartement. À la suite de cette expérience, elle a demandé à plusieurs reprises que l’interprétation soit assurée par une femme. Une chose était sûre : plus jamais elle ne parlerait devant cet homme.

 « J’ai fini par être entendue mais il a fallu que je persiste. Les autres femmes ne le font pas forcément et leurs histoires sont tues. »

Le manque de femmes interprètes dans les camps, les hôpitaux et les refuges entrave aussi l’accès à des services essentiels. « Parler de mes problèmes à des médecins ou interprètes masculins me met mal à l’aise. Je n’y vais plus », a déclaré une femme syrienne à propos des consultations médicales.

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© Lene Christensen/Amnesty International
© Lene Christensen/Amnesty International

« Au deuxième entretien, je devais parler, en présence d’un interprète masculin, des violences que j’avais subies en Iran et de l’agression sexuelle dont j’avais été victime en Grèce. Il ne me prenait pas au sérieux. Il s’est moqué de moi. »

Azadeh*, victime de violences sexuelles</quote

Les femmes en tant que décisionnaires

Ce sont principalement les femmes qui s’occupent des membres de la famille. En l’absence de services de garde d’enfants, beaucoup ne peuvent pas assister à des réunions ou des sessions de formation. Ces services sont également cruciaux pour leur intégration.

« Je veux être indépendante. J’ai deux enfants, je dois penser à eux. » Amara*, qui vit dans un appartement à Athènes

Pour prendre des décisions qui protègent efficacement les droits des femmes, il faut consulter celles-ci et leur permettre de faire part de leurs besoins aux autorités compétentes.

Malheureusement, de telles consultations sont rares. Par conséquent, il manque des informations cruciales au moment de la prise de décision, et les femmes et les filles ne reçoivent pas l’aide ni l’assistance spécifiques dont elles ont cruellement besoin.

« Simplement être accueillie correctement, regardée dans les yeux et considérée comme un être humain. »
Mary*, du Gabon, décrivant l’importance de tels centres

Les centres réservés aux femmes, tant sur les îles que sur le continent, fournissent un soutien et des services qui changent la vie de nombreuses femmes déracinées. Ces centres sont souvent mis en place par des organisations de femmes ou des associations locales. Leur mission consiste essentiellement à favoriser l’autonomie des femmes et à mener des interventions et des activités qui donnent à celles-ci des moyens d’agir.

Les femmes avec lesquelles les délégué-e-s d’Amnesty International se sont entretenu-e-s voulaient apporter une contribution au-delà de leurs tâches au sein de la famille, acquérir de nouvelles compétences, être capables de prendre davantage part à la vie en société et vivre de façon indépendante.

Ces centres proposent toute une palette de services qui aident les femmes à reconstruire leur vie, notamment un soutien psychologique, une assistance juridique, ainsi que des cours de langue et d’autres disciplines de base. Ils fournissent aussi des informations cruciales en matière de santé sexuelle et reproductive. Ils peuvent être un rempart contre l’isolement dans les camps et les appartements.

Appartenir à un solide réseau de femmes a fait toute la différence pour Firooza (33 ans).

Elle est arrivée de Turquie sur l’île grecque de Chios avec son mari et leurs quatre enfants, après avoir fui l’Afghanistan. Au bout d’un mois, elle s’est cachée dans un hôtel pour échapper aux coups de son mari. Terrifiée, elle n’osait parler à personne. Un jour, une représentante du centre Athena pour les femmes, à Chios, lui a rendu visite.

« Elle m’a dit que je méritais une vie meilleure. Elle passait me prendre à l’hôtel. »

Au centre Athena, dirigé par l’organisation Action for Women, elle s’est sentie suffisamment à l’aise et en sécurité pour commencer à apprendre l’anglais. Aujourd’hui, Firooza a la garde de ses enfants et, lorsque les délégué-e-s d’Amnesty International l’ont rencontrée, elle partageait un appartement avec une autre mère célibataire à Athènes. Son objectif est de pouvoir subvenir entièrement à ses besoins et à ceux de ses enfants.

Le réseau Melissa est un centre de jour situé au cœur d’Athènes. Il a été créé par des femmes grecques et étrangères désireuses d’offrir un havre de paix aux femmes qui tentent de se construire une nouvelle vie dans leur pays d’accueil. Dirigé par un réseau de migrantes et de demandeuses d’asile, il propose des ateliers et des cours aux autres femmes déracinées. L’objectif principal est de donner aux femmes les moyens d’être actrices de leur propre existence.

« Je suis venue à Melissa pour apprendre la langue. Pour moi, Melissa est synonyme de joie. » Zahra*, qui a fui l’Irak avec sa famille

À Lesbos, le centre Bashira pour les femmes réfugiées est un lieu où se relaxer, tisser des relations sociales, prendre une douche, se faire des amies, assister à des cours de langue ou s’adonner à des loisirs créatifs. C’est un espace où les femmes peuvent se rassembler, retrouver leur dignité et leur capacité d’action, s’aider mutuellement à franchir l’étape suivante et prendre une pause plus que nécessaire, loin des difficultés quotidiennes de la vie dans les camps. Sonia Andreu Barradas, la directrice du centre, a expliqué que les femmes étaient souvent très réservées la première fois qu’elles venaient :

 « Au bout d’un moment, elles comprennent qu’elles sont en sécurité et commencent à s’ouvrir. Cet endroit devient celui où elles pleurent, rient et dansent. »

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Firooza, d’Afghanistan, n’a plus peur de se défendre. © Monica Costa/Amnesty International
Firooza, d’Afghanistan, n’a plus peur de se défendre. © Monica Costa/Amnesty International

« Je suis complètement différente maintenant. Je n’ai plus peur. »

Firooza, d’Afghanistan

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Au réseau Melissa, à Athènes (juillet 2018). La fondatrice, Nadina Christopoulou, crée une atmosphère sécurisante et accueillante à l’écart de la dure réalité de la vie. © Lene Christensen/Amnesty International
Au réseau Melissa, à Athènes (juillet 2018). La fondatrice, Nadina Christopoulou, crée une atmosphère sécurisante et accueillante à l’écart de la dure réalité de la vie. © Lene Christensen/Amnesty International
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Le centre Bashira, à Lesbos, fournit des services et des informations juridiques, psychologiques, sociaux et médicaux aux femmes déplacées qui vivent sur l’île. © Yara Boff Tonella/Amnesty International
Le centre Bashira, à Lesbos, fournit des services et des informations juridiques, psychologiques, sociaux et médicaux aux femmes déplacées qui vivent sur l’île. © Yara Boff Tonella/Amnesty International

« Ces femmes ne se sont jamais considérées comme des victimes. À juste titre, car ce sont des survivantes. Elles avaient simplement besoin de ressources et d’un environnement stable pour se reconstruire et tourner la page. »

Gabrielle Tay*, fondatrice du centre Athena qui a apporté une aide psychologique, juridique et médicale à plus de 900 femmes déracinées

Une responsabilité européenne

Les États européens ferment les yeux sur la souffrance de milliers de personnes qui arrivent sur les côtes grecques en quête de sécurité.

La majorité de ces personnes resteront en Grèce car les règles européennes en matière d’asile – le fameux règlement de Dublin – disposent que les demandeurs et demandeuses d’asile doivent déposer leur dossier dans le premier pays où elles/ils posent le pied. La Grèce, en sa qualité de premier pays d’accueil, est tenue de les aider et de les protéger, à quelques exceptions près.

Elle a l’obligation légale d’assurer la protection des femmes et des filles vivant sur son territoire, d’assurer des conditions d’accueil dignes et sûres, de garantir un traitement équitable des demandes d’asile et d’offrir des possibilités d’intégration aux personnes qui restent sur place. Il faut qu’elle assume ces responsabilités et, ce faisant, qu’elle veille à ce que les femmes et les filles puissent participer activement aux débats et aux décisions qui les concernent.

Toutefois, les conditions de vie en Grèce ne relèvent pas de la seule responsabilité des autorités de ce pays mais aussi de celle des autres États européens. L’accord UE-Turquie, conclu par les dirigeant-e-s européen-ne-s en mars 2016, et les règles européennes en matière d’asile sont les deux principaux facteurs qui sous-tendent nombre des problèmes rencontrés par les réfugié-e-s, y compris les femmes et les filles.

Premièrement, parce que cet accord oblige beaucoup de femmes et de filles à rester sur les îles grecques, dans des camps où le danger est permanent. Et aussi nécessaire soit-elle, l’amélioration des conditions de vie dans ces camps ne suffira jamais à atténuer les risques liés au confinement des femmes et des filles réfugiées sur les îles.
Deuxièmement, parce que les règles européennes en matière d’asile contraignent la Grèce, en sa qualité de pays d’arrivée, à assumer la responsabilité principale de l’aide et de la protection, tandis que de nombreux autres pays européens profitent de ce système inéquitable et refusent de le changer.

Il faut que les dirigeant-e-s européen-ne-s acceptent d’accueillir une partie équitable des personnes qui fuient les violences et les persécutions. Elles/Ils doivent ouvrir des voies sécurisées et légales vers l’Europe et réformer le système d’asile européen de sorte qu’il soit équitable et empreint de compassion. Faute de telles mesures, elles/ils délaissent non seulement des personnes qui ont besoin d’être protégées de toute urgence mais aussi l’ensemble des citoyens européens, qui perdent confiance en la capacité de leur gouvernement de respecter les principes fondateurs de l’UE dans le domaine des droits humains.

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Il faut que les dirigeant-e-s européen-ne-s acceptent d’accueillir une partie équitable des personnes qui fuient les violences et les persécutions. Elles/Ils doivent ouvrir des voies sécurisées et légales vers l’Europe et réformer le système d’asile européen de sorte qu’il soit équitable et empreint de compassion.

Dix revendications des réfugiés et demandeuses d’asile

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© Lene Christensen/Amnesty International
© Lene Christensen/Amnesty International

Les femmes et les filles déracinées qui vivent en Grèce connaissent la peur, l’incertitude et la violence. Ces victimes résilientes sont déterminées à reconstruire leur vie. Leurs droits fondamentaux sont actuellement bafoués. Il faut que les personnes au pouvoir les écoutent et concrétisent leurs engagements.

Sur la base des conversations tenues avec plus de 100 femmes, Amnesty International a synthétisé les souhaits exprimés sous la forme de 10 revendications globales à l’intention des autorités grecques et européennes.

HÉBERGEMENT CONVENABLE
L’hébergement en camp doit être exceptionnel et temporaire. Il faut que les femmes voyageant seules ou avec des enfants, les victimes de violences, les femmes enceintes, les jeunes mères et les personnes persécutées en raison de leur identité de genre ou de leur orientation sexuelle, entre autres groupes, se voient proposer une autre solution dès leur arrivée. L’hygiène, les installations sanitaires et la sécurité dans les centres d’accueil doivent être améliorées de toute urgence.

CESSER DE CONFINER DES PERSONNES SUR LES ÎLES
Il faut que les autorités grecques, avec le soutien des autres États européens et de la Commission européenne, mettent fin au confinement délibéré des demandeurs et demandeuses d’asile et des migrant-e-s sur les îles grecques et transfèrent ces personnes dans des hébergements adéquats en Grèce continentale, en tenant compte des risques particuliers auxquels sont exposées les femmes et les filles. Elles doivent s’assurer que les évaluations de vulnérabilité aboutissent à ce que les femmes et les filles aient accès aux services spécialisés dont elles ont besoin.

PROTÉGER LES FEMMES DES VIOLENCES
Augmenter, dans les camps d’accueil et en ville, la quantité de personnel formé pour repérer et prévenir les violences faites aux femmes. Faire en sorte que les femmes en danger soient informées sur les refuges et aient accès à ces structures, et veiller à ce que les hébergements proposés leur offrent la sécurité et la stabilité nécessaires pour se remettre de ce qu’elles ont vécu et reconstruire leur vie. Fournir des conseils, une aide médicale et une assistance juridique adéquats.

PLUS DE FEMMES INTERPRÈTES ET DE PERSONNEL FÉMININ
Accroître le nombre de femmes interprètes et les effectifs féminins chargés de l’aide médicale, psychologique et sociale dans les refuges, les centres d’accueil temporaire, en ville et pendant la procédure d’asile.

ACCÈS À L’INFORMATION
Fournir des informations sur l’accès à certains services, la procédure d’asile et la protection d’urgence, dans des langues compréhensibles par les intéressées.

ACCÈS SANS RESTRICTION AUX SERVICES ESSENTIELS
Renforcer les capacités en matière de soins de santé mentale destinés aux femmes et aux filles, garantir l’accès à des services de santé sexuelle et reproductive dans les centres d’accueil, les hôpitaux et les centres de santé et proposer un enseignement et davantage de cours de langue aux femmes et à leurs enfants, en prenant en compte les besoins des femmes en matière de garde d’enfants.

FAVORISER L’EXISTENCE D’ESPACES SÛRS RÉSERVÉS AUX FEMMES
Promouvoir des initiatives associatives lancées en consultation avec des femmes et des filles, les financer et y collaborer afin d’autonomiser les intéressées et de faciliter leur intégration.

DÉBOUCHÉS PROFESSIONNELS
Tenir compte de la situation particulière, des compétences et des capacités des femmes dans les plans gouvernementaux visant à développer les débouchés dans le cadre de la stratégie d’intégration des réfugié-e-s et des migrant-e-s dans le pays.

ACCUEILLIR LES RÉFUGIÉ-E-S
Il faut que les dirigeant-e-s européen-ne-s ouvrent des voies sûres et légales vers l’Europe afin qu’aucune personne ne soit contrainte d’entreprendre un périple dangereux en mer et sur terre, de surcroît en toute illégalité. Elles/Ils doivent aussi proposer des solutions légales pour se rendre de Grèce vers les autres pays européens. En outre, il est nécessaire d’accélérer et d’étendre, de toute urgence, le regroupement familial et de s’accorder sans plus attendre sur un système plus équitable pour l’accueil des réfugié-e-s qui atteignent les côtes européennes. Enfin, aucune personne ne doit être renvoyée dans un pays où elle risque de subir des violations des droits humains, notamment des violences liées au genre.

PARTICIPATION PLEINE ET ENTIÈRE
Les femmes et les filles savent mieux que quiconque ce dont elles ont besoin pour être en sécurité et avoir un avenir meilleur. Leur participation véritable aux consultations, projets et mesures qui les concernent est essentielle à la réussite de ceux-ci.

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