Les violences liées au genre : témoignages de femmes migrantes et réfugiées

#JeSuisHumain-e : les femmes migrantes et réfugiées sont particulièrement exposées aux violences liées au genre avant, pendant et après leur parcours migratoires. Il est temps que la communauté internationale partage la responsabilité de protéger les réfugiés en augmentant de manière significative le nombre de places de réinstallation et d’autres voies sûres et légales offertes aux réfugiés ayant le plus besoin de protection, en particulier ceux qui ont subi des violences liées au genre ou sont menacés de telles violences.

Maryam - LIBAN

Maryam [son prénom a été modifié] est une Syrienne originaire de Homs. Elle est arrivée en 2013 au Liban, où elle vit maintenant avec sa famille.

« Un membre de ma famille est mort en août. Ma sœur et moi avons été interrogées par la police, à qui nous avons dû donner nos coordonnées complètes (nom, adresse et numéro de téléphone). Au bout de quelques temps, des policiers ont commencé à passer devant notre maison ou à nous appeler pour nous demander de sortir avec eux. Il s’agissait des trois policiers qui avaient pris notre déposition. Comme nous n’avons pas de permis [de séjour], ils nous ont menacées de nous emprisonner si nous ne sortions pas avec eux.

Cela a duré environ deux mois. Puis notre propriétaire a voulu récupérer le logement alors nous avons déménagé. Nous avons changé de numéros de téléphone et n’avons pas donné notre nouvelle adresse à la police. Maintenant, je n’oserais plus aller au poste de police. Même si j’y allais, cela ne servirait à rien. La police ne m’aiderait pas.

Une autre fois, j’étais au bord d’une route peu passante quand une voiture s’est arrêtée. Son conducteur m’a proposé de m’emmener à l’endroit où je voulais aller. Je suis montée à l’arrière. L’homme a commencé à me parler, à me dire qu’il me donnerait de l’argent et qu’il m’emmènerait dans une très belle maison, qu’il compenserait tout ce que j’avais perdu. Il m’a demandé de venir m’asseoir à côté de lui. J’ai essayé de ne pas montrer que j’étais terrifiée et j’ai attendu qu’il y ait des habitations et beaucoup de monde avant de lui demander de s’arrêter pour que je puisse venir m’asseoir à côté de lui. Quand il s’est arrêté, je suis descendue de la voiture et j’ai appelé des connaissances pour qu’elles viennent me chercher. Il m’a demandé mon numéro de téléphone mais je lui ai donné un faux numéro.

Le harcèlement [des réfugiées] est un gros problème au Liban. Peu importe que je sois célibataire ou mariée, je suis sans cesse harcelée. C’est pourquoi nous avons peur pour nos enfants. J’ai une fille de 16 ans et je n’ose même pas l’envoyer à la boutique voisine. C’est une souffrance pour tous les Syriens. »

Ada - LIBYE

Ada [son prénom a été modifié] est une Nigériane originaire d’Eziowelle. Elle est arrivée en Libye en mai 2015, puis a gagné l’Italie en décembre de la même année.

« Au Nigeria, je ne suis pas allée à l’école. J’ai perdu mes parents quand j’avais 10 ans et mon oncle ma emmenée à Port Harcourt. Il couchait tout le temps avec moi. Je suis tombée quatre fois enceinte et j’ai avorté quatre fois. Mon oncle ne voulait pas que je sorte, je devais rester dans l’enceinte du logement. Il avait un fusil et me menaçait de me tuer si je racontais ce qui se passait. À chaque fois qu’il couchait avec moi, il me donnait de l’argent. La dernière fois qu’il a couché avec moi, j’en ai parlé à une femme que je connaissais et elle m’a conseillé de m’enfuir. Je lui ai donné l’argent que j’avais pour qu’elle m’aide à partir et elle m’a fourni un téléphone portable et une carte SIM. Elle a organisé mon voyage vers la Libye avec un groupe d’autres personnes en avril 2015.

Nous sommes arrivés en Libye en mai. Des hommes nous ont enlevés et nous ont enfermés dans une grande maison à Sabah. Ils nous ont demandé de l’argent. Je leur ai dit que je n’en avais pas.

Chaque nuit, ils couchaient avec toutes les femmes. Ils nous emmenaient dans une pièce à part. Ils ont enlevé d’autres personnes, et une des filles qui venaient d’arriver m’a demandé pourquoi je pleurais tout le temps. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas partir et que j’étais là depuis sept mois. Elle a trouvé quelqu’un qui a payé pour moi et elle m’a conseillé de venir avec elle en Italie. Nous avons été transférés en voiture à un autre endroit, puis nous avons marché pendant plusieurs heures dans la nuit avant d’atteindre la plage. Quand j’ai vu la mer et le bateau, j’ai eu peur. C’était un bateau gonflable et ils nous poussaient en criant "Montez, montez !". Nous étions plus d’une centaine dans ce bateau, c’était très inconfortable.

Je suis arrivée en Italie deux jours plus tard. Je ne sais même pas comment nous avons pu arriver jusque là. Quand les Italiens nous ont secourus, j’ai pleuré. Nous avons tous survécu. Quand nous sommes arrivés au port de Crotone, j’ai été effrayée par le nombre de policiers. De là, nous avons été emmenés en bus vers un centre d’accueil, où je suis restée quatre jours. Des soldats vérifiaient que personne ne s’était échappé. Puis nous sommes repartis en bus pour le centre d’aide de Bari.

Dans chacun des deux centres, j’ai dû donner mon nom, mon prénom et ma nationalité, mais j’avais l’esprit embrouillé. Je ne me souvenais même pas du nom de mes parents. J’ai raconté mon histoire et j’ai donné mes empreintes digitales. Maintenant, j’espère obtenir d’une protection. J’apprécie ma vie actuelle, sans personne pour m’embêter, mais je pense [souvent] à mes parents. Je veux rester en Italie, je veux apprendre l’italien, j’aime beaucoup les Italiens. »

DIANA - TRIANGLE NORD CENTRAMÉRICAIN

Diana* [son prénom a été modifié] est une Hondurienne de 39 ans qui a fui son pays à cause de la violence des bandes criminelles. Elle vit au Mexique, où elle a demandé l’asile.

« J’ai quitté le Honduras en 2004 car mon frère a été tué par une bande criminelle. Il était assis sur un rocher devant chez moi quand ils sont arrivés. Ils l’ont tué sous mes yeux et ceux de ma mère. J’ai porté plainte contre les membres de cette bande. Ils ont été arrêtés, mais ils n’ont pas été mis en prison et ils m’ont menacée.

J’ai quitté le Honduras et j’ai gagné le centre du Mexique sur un train de marchandise se dirigeant vers la frontière avec les États-Unis [train appelé "la Bête" en raison des risques encourus par les migrants qui voyagent sur ses wagons]. Je suis restée au Mexique et, en 2007, je suis tombée enceinte à la suite d’un viol. L’homme qui m’a violée était trafiquant de drogue dans le centre du Mexique. Mon propriétaire au Mexique voulait me vendre à cet homme. J’ai essayé de m’échapper mais il m’a violée. Une fois enceinte, je me suis tournée vers les services mexicains de l’immigration, qui m’ont renvoyée au Honduras.

J’ai donné naissance à mon fils là-bas. Mes amis ont dû me cacher dans une voiture pour me faire sortir de l’hôpital après l’accouchement. Je ne pouvais pas habiter chez moi car c’était trop dangereux, alors j’ai logé chez mes amis. Les poursuites judiciaires contre les meurtriers de mon frère sont toujours en cours. Aucun d’entre eux n’est en prison, sans doute parce qu’ils ont de l’argent. Au bout d’un mois, j’ai dû partir encore une fois car j’étais de nouveau menacée. J’ai été obligée de laisser mon fils à ma mère. J’ai pris le bus jusqu’à la frontière mexicaine, en passant par le Guatemala, et je suis entrée au Mexique. Je suis restée jusqu’en 2015 dans le sud du Mexique, où je travaillais dans une cuisine. Mais un passeur que je soupçonnais d’être lié à la bande responsable de la mort de mon frère est arrivé dans la région où je vivais et j’ai pris peur.

En février 2015, je suis donc remontée vers le nord du Mexique, où je connaissais quelqu’un. À cette époque, on m’a ramené mon fils du Honduras pour qu’il vive avec moi. Ensuite, j’ai essayé d’aller encore plus au nord, dans l’État de Zacatecas, mais j’ai été arrêtée par les autorités mexicaines à un poste de contrôle. Mon fils et moi avons été conduits au centre de détention pour migrants de Mexico, où nous sommes restés six mois. Là-bas, j’ai déposé une demande d’asile auprès de l’Agence mexicaine des réfugiés (COMAR). Ma demande a été rejetée et je n’ai pas voulu faire appel car mon fils et moi aurions dû rester dans le centre de détention jusqu’à la décision finale. En septembre 2015, nous avons donc été expulsés et reconduits au Honduras, en avion cette fois.

Quelques mois plus tard, en mars 2016, j’ai trouvé un mot de la bande criminelle sur la porte de ma maison. Ils disaient qu’ils savaient où j’étais et qu’ils me tueraient, ainsi que toute personne qui se trouverait avec moi. Trois jours plus tard, des voitures suspectes sont apparues devant l’appartement où je vivais avec mon amie. Un voisin m’a dit ensuite qu’un homme sous l’emprise de la drogue s’était enquis de moi et lui avait dit qu’il allait me tuer. Alors j’ai pris mes affaires et je suis retournée au Mexique.

Je voyageais avec ma sœur et une femme prénommée Raquel* [son prénom a été modifié], une autre Hondurienne que j’avais rencontrée dans un refuge pour migrants. Nous voulions descendre à Zacatecas (dans le centre du Mexique), mais le train allait trop vite, alors nous n’avons pas pu sauter à temps. Quand nous avons traversé le Chiapas, dans le sud du Mexique, nous avons toutes les trois été violées. Nous marchions sur une grande route quand un garçon est venu nous prévenir de prendre un autre chemin car nous approchions d’un poste de contrôle. Nous avons suivi ses conseils mais, un peu plus loin, deux hommes armés de machettes ont fait irruption. Ils nous ont attrapées et jetées au sol, face contre terre. Ils nous ont insultées et empoignées. L’un des hommes a violé ma sœur, puis Raquel, puis moi. Il avait le visage masqué. Ils nous ont aussi volé 3 500 pesos.

Je suis arrivée dans ce refuge pour migrants du nord du Mexique en juillet. J’ai dénoncé le viol aux services du procureur spécial pour les migrants. J’ai redemandé l’asile au Mexique. Actuellement, je travaille à l’usine et mon fils est chez ma mère au Honduras. »

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