Raif, Waleed et tous les autres

Raif Badawi est un défenseur des droits humains emprisonné pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Son cas mobilise l’opinion publique internationale depuis plusieurs mois. Il a été condamné le 7 mai 2014 par le tribunal pénal de Djedda à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, assorti d’une interdiction de voyager pendant 10 ans à l’issue de sa peine, d’une interdiction d’utiliser les médias et d’une amende de 1 million de riyals saoudiens (environ 226.000 euros). Raif Badawi a été inculpée pour la création d’un site internet « Libérez les libéraux saoudiens » et pour avoir prétendument insulté l’Islam.

Le 9 janvier 2015, le blogueur a été flagellé pour la première fois après la prière, en public, devant la mosquée d’AI Jafali à Djedda. À partir de ce moment-là, Raif était supposé recevoir des coups de fouet tous les vendredis suivants. Un mouvement international de contestation de cette sentence cruelle, mené par Amnesty International, a cependant permis de faire pression sur le gouvernement saoudien. La flagellation a été reportée systématiquement pour des raisons de santé et par la suite pour des raisons inconnues à ce jour. Cependant, la sentence n’est pas annulée et Raif est toujours en danger. La flagellation constitue une violation de l’interdiction absolue de la torture et des autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, inscrite dans le droit international.

D’après des rumeurs circulant depuis fin février, le tribunal pénal de Djedda pourrait rejuger Raif Badawi pour apostasie. À l’époque du procès entre 2012 et 2014, ce tribunal n’avait pas la compétence de le faire. Le juge du tribunal pénal de Djedda avait à plusieurs reprises tenté de transférer le cas au tribunal général, chargé des affaires d’apostasie, mais la Cour d’appel a toujours refusé un tel transfert, estimant que Raif n’était pas un apostat. Suite à une réforme judiciaire récente, les tribunaux pénaux ont maintenant le doit de juger les crimes passibles de la peine de la mort, et notamment les affaires d’apostasie. Il est possible que si Raif est rejugé au tribunal pénal, il puisse encourir la peine de mort. Néanmoins, les informations d’un nouveau jugement ne sont pas confirmées par les autorités.

RAIF… ET LES AUTRES

Raif Badawi n’est pas le seul prisonnier d’opinion en Arabie Saoudite. Depuis sa prison, il a livré le message suivant : « Mon cas n’est pas un cas individuel, il s’agit d’un cas touchant à la liberté d’expression et de religion, donc s’il vous plaît, vous tous qui êtes derrière moi, soutenez aussi les autres prisonniers d’opinions en Arabie Saoudite, indépendamment de leur opinion ou de votre accord avec celles-ci ». En effet, les défenseurs des droits humains incluant des avocats, des professeurs engagés, ainsi que des journalistes, sont nombreux à se retrouver derrières les barreaux pour avoir mener des activités jugées subversives ou terroristes par les autorités. Ils se retrouvent parfois emprisonnés sans inculpation ni jugement. Les exécutions sont de plus en courante dans le pays. Ces militants sont continuellement pourchassés et subissent des mauvais traitements de la part des forces de sécurité en toute impunité. Les autorités saoudiennes sont actuellement en train de mener une campagne de persécution à l’encontre de ces militants en engageant des poursuites judiciaires contre eux et en adoptant des mesures arbitraires, telles que l’interdiction de voyager. Ils sont poursuivis pour des faits tels que : « rupture d’allégeance et désobéissance au souverain » ou « manipulation de l’opinion publique contre les autorités ».

WALEED ABU AL KHAIR
Waleed Abu al Khair est un éminent défenseur des droits humains et avocat saoudien. Il est l’avocat de Raif Badawi. Cet homme est un prisonnier d’opinion.

Le 6 juillet 2014, Waleed Abu al Khair a été condamné par le Tribunal pénal spécial à une peine de 15 ans de prison assortie d’une interdiction de voyager subséquente de 15 ans. Il a été jugé coupable d’avoir « désobéi au souverain et cherché à lui ôter sa légitimité », « insulté le pouvoir judiciaire et remis en cause l’intégrité des juges », « créé une organisation non autorisée », « nui à la réputation de l’État en communiquant avec des organisations internationales » et « rédigé, enregistré et envoyé des informations troublant l’ordre public ». Il avait été arrêté le 15 avril, après avoir comparu lors de la cinquième audience de son procès devant le Tribunal pénal spécial à Riyadh, la capitale saoudienne. Il a d’abord été conduit à la prison d’Al Hair à Riyadh, où il aurait été placé à l’isolement et privé de sommeil en étant constamment exposé à une lumière vive. Il a ensuite été transféré vers différents centres de détention. Il se trouve actuellement à la prison de Briman, dans la ville côtière de Djedda. Il a dit avoir subi des tortures physiques et psychologiques pendant sa détention.
Avant cela, il avait déjà été condamné pour des charges similaires à trois mois d’emprisonnement par le tribunal pénal de Djedda et avait vu sa sentence confirmée le 6 février 2014 par la cour d’appel de La Mecque.

Le 12 janvier 2015, Waleed Abu al Khair a vu sa condamnation confirmée en appel par le Tribunal pénal spécial de Riyadh. Le juge a par ailleurs ordonné qu’il purge l’intégralité de sa peine parce qu’il a refusé de présenter des excuses pour les faits qu’on lui reproche. Lors de son premier procès, Waleed Abu al Khair avait été condamné à 15 ans de prison, mais ne devait en purger que 10. Il continue à refuser de reconnaître la légitimité du Tribunal pénal spécial.

L’ASSOCIATION SAOUDIENNE DES DROITS CIVILS ET POLITIQUES (ACPRA)

L’ACPRA a dû stopper ses activités en mars 2013. Elle était une des seules organisations qui dénonçait les violations des droits humains en Arabie Saoudite. Ses membres fondateurs et de nombreux militants sont actuellement en prison pendant que d’autres sont poursuivis en justice, harcelés et condamnés au silence. Nous citerons parmi eux : Mohamed Al Bajadi, père de deux enfants et condamnés à 10 ans d’emprisonnement en raison de son engagement pacifique pour les droits humains ? ; Dr Adbullad al-Hamid, membre fondateur de l’ACPRA et ancien professeur, condamné à onze ans de prison pour “désobéissance à l’encontre du souverain” ou encore Dr Mohammad al-Qahtani, inculpé pour avoir fourni de fausses informations à des groupes étrangers, et actuellement en train de purger une peine de dix ans de prison. Mais aussi : Heikh Suliaman Al Rashudi, Dr. Abdulaziz al-Khodr, Fowzan al-Harbi, Dr. Abdulrahman al-Hamid, Saleh al-Ashwan, Omar al-Sa’id et Fadhel al-Manasif.

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