L’histoire de Germán Heredia Rebollar – Mexique

Germán Heredia, 27 ans, a été interpellé le 7 juin 2011, à 18 heures 30, devant le garage qu’il tenait à Colonia Apatlaco (Iztapalapa), un quartier de Mexico. Il a été arrêté par des hommes en civil fortement armés, qui ne se sont pas présentés comme appartenant à la police. Il a été menotté, l’un des hommes lui a placé un pistolet sur la tempe et il a été jeté à l’arrière d’une fourgonnette. Il dit avoir entendu sa mère, à l’extérieur, qui demandait des explications.
Selon le jeune homme, le véhicule a démarré et ses assaillants ont commencé à le rouer de coups de poing, de pied et de crosse de fusil, en le frappant à la tête, sur les oreilles, dans le dos et dans la cage thoracique. Ils l’ont contraint à s’allonger à plat ventre et on tiré ses bras menottés vers le haut. Il a été privé d’air à plusieurs reprises avec un sac en plastique et assailli de questions concernant un enlèvement dont il était soupçonné d’être complice. « À un moment, ils m’ont mis le sac sur la tête et j’ai réussi à mordre dedans pour respirer. Ils m’ont dit : ne t’inquiète pas, les sacs, ça ne manque pas, on en a d’autres. »
Germán Heredia a été conduit à 22 heures, c’est-à-dire plus de trois heures plus tard, dans les locaux de la section anti-enlèvement des services du procureur général de Mexico, dans le quartier d’Azcapotzalco. Il a expliqué à Amnesty International qu’il a été placé à son arrivée dans une pièce, où il a de nouveau été roué de coups. Ses tortionnaires lui auraient dit à plusieurs reprises que sa mère avait été elle aussi arrêtée et qu’elle subissait le même sort. « Je ne crois pas que ta maman tiendra le coup. Si elle sort d’ici, ce sera les pieds devant. »
Il a été conduit dans une autre partie du bâtiment par ses geôliers, qui voulaient lui montrer que sa mère était elle aussi en détention. Celle-ci s’est évanouie lorsqu’elle a vu dans quel état était son fils. Elle avait été arrêtée sans aucun mandat. Les policiers ont tenté par la suite de justifier son interpellation en prétextant qu’elle les avait agressés. Après avoir vu son fils, elle a été contrainte de faire une déposition erronée, en tant que suspect dans l’affaire d’enlèvement. Cette déposition a été utilisée par la suite à charge contre son fils. Elle a été relâchée sans inculpation après plusieurs jours de garde à vue.
Germán Heredia a été soumis à au moins deux examens médicaux le 8 juin. Un policier qui aurait participé aux actes de torture perpétrés contre lui était présent lors de ces examens. Il aurait ordonné au jeune homme de dire qu’il avait fait une chute au moment de son arrestation. L’un des médecins a enregistré certaines des lésions qu’il présentait, sans toutefois chercher à en indiquer les causes possibles. Il a qualifié ces lésions de mineures. Germán Heredia a pu parler brièvement à sa sœur, en présence de policiers. Celle-ci a remarqué qu’il avait des ecchymoses sur le visage, un oeil au beurre noir et du sang sur un bras. Elle a par conséquent porté plainte auprès de la Commission des droits humains du District fédéral (CDHDF).
Lorsque que Germán Heredia a fait sa déposition devant le procureur, il a été instamment prié de faire des aveux, ce qu’il a refusé de faire, choisissant d’user de son droit de garder le silence. Il n’a pas eu le droit de choisir son avocat. Celui-ci a été commis d’office. Le procureur lui a dit qu’un défenseur commis d’office suffisait et qu’il devait reconnaître par écrit qu’il était bien, comme on l’en accusait, le propriétaire d’un téléphone portable que le magistrat avait en sa possession et qui l’impliquait dans le crime commis (la police n’a à aucun moment été invitée à expliquer dans quelles circonstances ce téléphone était parvenu entre ses mains). Germán Heredia a refusé de faire une telle déclaration et il a fait part du traitement que lui avait fait subir la police judiciaire. Il a été placé le 9 juin en détention provisoire (arraigo). Il a fallu attendre le mois de juin pour qu’il soit présenté à un juge afin d’être officiellement inculpé, puis maintenu en détention. C’est à ce moment-là seulement qu’il a pu faire part au juge des mauvais traitements dont il avait été victime depuis son arrestation. Le juge a déclaré par la suite que, comme le jeune homme n’avait pas fait d’aveux, il ne pouvait pas avoir été torturé et que ses allégations étaient donc fausses.
La CDHDF a ouvert une enquête le 10 juin et des experts médicaux se sont rendus auprès de Germán Heredia pour juger de l’état dans lequel il se trouvait. L’examen médical a permis de mettre en évidence 29 ecchymoses et écorchures différentes sur le corps du détenu. Les experts ont conclu que les éléments physiques et psychologiques recueillis tendaient à confirmer les actes de torture dont le jeune homme affirmait avoir été victime. Malgré les conclusions de la CDHDF et les déclarations de la mère du détenu, affirmant avoir fait une déposition sous la contrainte, le parquet et le président du tribunal ont refusé de prendre ces éléments en considération. Germán Heredia a été condamné en janvier 2013 à 80 années d’emprisonnement pour son rôle supposé dans un enlèvement.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, la CDGDF, bien qu’elle ait fait subir en temps et en heure un examen médical approfondi au jeune homme, n’avait toujours pas formulé de recommandation aux autorités de la ville de Mexico.

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