Des dizaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants subissent de terribles atteintes aux droits humains et violences en Libye, pour la seule raison que ce sont des réfugié·e·s et des migrant·e·s. Ces personnes sont coincées dans un pays ravagé par le conflit, où le non-respect de la loi et l’impunité permettent aux bandes criminelles de prospérer. Craignant pour leur vie et n’ayant pas de moyen sûr et légal de quitter le pays, nombre de ces personnes ont essayé de gagner l’Europe à bord d’embarcations de fortune. Elles sont de plus en plus nombreuses à avoir été arrêtées et renvoyées en Libye depuis que les gouvernements européens ont adopté des mesures destinées à fermer la voie maritime et à maintenir ces personnes en Libye.

La plupart des réfugié·e·s et migrant·e·s en Libye sont originaires d’Afrique du Nord et subsaharienne, et une plus faible proportion vient d’Asie et du Moyen-Orient. Les raisons qui les ont poussés à quitter leur pays sont diverses. Certaines personnes ont fui la guerre, la famine ou les persécutions. D’autres sont parties en quête de meilleures perspectives en matière d’éducation ou d’emploi. Nombre d’entre elles ont l’intention de rester en Libye, alors que d’autres rêvent d’atteindre l’Europe ou y sont poussées en raison de la détérioration des conditions en Libye.

Toutes ont en commun la volonté de vivre en sécurité et dans la dignité.

« Partout en Libye, ils vendent des gens… nous avons été enlevés et frappés : ma femme a des blessures au visage et au dos » Farah, 24 ans, originaire de Somalie

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Chris Grodotzki / Sea-Watch.org

Que fait Amnesty International en Libye ?

  • Nous enquêtons sur les atteintes aux droits humains et dénonçons la complicité de l’Europe dans le cycle de violences dont sont victimes les réfugié·e·s et les migrant·e·s ;
  • Nous menons un travail de plaidoyer auprès de l’ONU, de l’UE et d’autres organismes internationaux et auprès des États concernés ;
  • Nous contestons devant les tribunaux les collaborations dangereuses, en engageant des poursuites judiciaires contre les mesures contribuant à bloquer des réfugié·e·s et migrant·e·s en Libye ;
  • Nous faisons campagne en vue de mettre fin à la détention en Libye ;
  • Nous appelons Malte à abandonner les poursuites contre trois jeunes connus sous le nom des trois de l’El Hiblu, qui risquent la prison à perpétuité pour s’être opposés à leur renvoi en Libye.
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Chris Grodotzki / Sea-Watch.org

Ce que vous pouvez faire pour la Libye

Vous pouvez faire partie de la solution en :

  • Partageant cette page
  • Parlant à vos ami·e·s
  • Vous informant sur la complicité, tant politique que financière, de votre gouvernement dans cette situation
  • Organisant un événement de sensibilisation
  • Exigeant la justice pour les trois de l’El Hiblu, qui risquent la prison à perpétuité pour s’être opposés à leur renvoi en Libye
  • Contactant des organisations de défense des réfugié·e·s et migrant·e·s et les diasporas organisées dans votre pays qui dénoncent les violences en Libye
  • Contactant des organisations fournissant de l’aide aux réfugié·e·s et aux migrant·e·s
  • Faisant pression sur votre gouvernement et votre Parlement, ainsi que sur les institutions européennes, pour qu’ils agissent

Pourquoi ces personnes sont-elles coincées en Libye ?

Depuis fin 2016, les pays de l’Union européenne ont mis en place un ensemble de mesures destinées à bloquer les voies migratoires permettant de quitter la Libye par la mer Méditerranée.
Ils ont renforcé les capacités des garde-côtes libyens à intercepter les réfugié·e·s et migrant·e·s et à les ramener en Libye, ont refusé d’autoriser des personnes secourues en haute mer à débarquer en Europe, ont criminalisé le travail des ONG de sauvetage et ont conclu des accords avec les autorités locales et des milices en vue d’empêcher les migrant·e·s et réfugié·e·s de quitter la Libye.
En raison de ces politiques d’endiguement, des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants sont pris au piège en Libye. Des réfugié·e·s et migrant·e·s tentant de fuir en bateau sont intercepté·e·s en mer par les garde-côtes libyens soutenus par l’UE et ramenés en Libye, où ils sont maintenus en détention pour une période illimitée dans des conditions abominables et risquent chaque jour d’être victimes d’atteintes à leurs droits humains.

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Les chiffres (mise à jour septembre 2020)

625 638
réfugié·e·s et migrant·e·s en Libye
Plus de 60 000
réfugié·e·s et migrant·e·s interceptés en mer et renvoyés en Libye depuis 2016 (8 435 en 2020)
Seulement 5709
réfugié·e·s et demandeurs d’asile vulnérables évacués de Libye depuis novembre 2017

De quelles atteintes ces personnes sont-elles victimes ?

Les réfugié·e·s et migrant·e·s placés dans des centres de détention officiels sont coincés dans un cycle de violences et d’extorsion. Ils sont détenus dans des conditions inhumaines, voire mortellement dangereuses. Ils peuvent être séparés de leur famille. Des victimes ont déclaré avoir été soumises à des actes de torture et d’autres mauvais traitements, des violences sexuelles et du travail forcé. Certains réfugié·e·s et migrant·e·s sont également maintenu·e·s en détention dans des lieux gérés par des groupes armés et des trafiquants d’êtres humains. Les personnes qui ne sont pas en détention sont forcées de vivre dans l’ombre, et risquent d’être victimes de violences, notamment d’agressions physiques, d’enlèvements, de vols, de violences sexuelles, de traite, de travail forcé et d’expulsions forcées.

Dans la ville de Mezda, au sud-ouest de Tripoli, des hommes armés ont ouvert le feu sur environ 200 migrant·e·s détenu·e·s dans un entrepôt géré par des trafiquants, faisant 30 morts et 11 blessés. Les autres ont disparu, et on craint que ces personnes aient également été tuées ou de nouveau soumises à la traite. Les corps de certaines des victimes portaient des marques et des contusions, ce qui laisse penser qu’elles ont été torturées avant d’être tuées.

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migrants enfermés en Libye
@Taha Jawashi
Prison Libye migrants

Otages d’un conflit

Entre avril 2019 et juin 2020, des affrontements ont eu lieu à Tripoli, la capitale libyenne, et dans ses environs, entre les forces de sécurité associées à des milices fidèles au gouvernement d’union nationale soutenu par les Nations unies (GUN), dirigé par le Premier ministre Fayez al Sarraj et basé à Tripoli, et l’Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée, dirigée par le général Khalifa Haftar et alliée au gouvernement provisoire de l’est de la Libye. Depuis que les forces du GUN ont gagné du terrain et repoussé l’ALN hors de la capitale en juin 2020, les affrontements armés se sont largement déplacés vers le centre de la Libye. Des civils ont subi les conséquences des affrontements, qui ont fait des centaines de morts et de blessés et plus de 400 000 personnes déplacées. Les deux parties au conflit sont responsables de graves violations du droit international humanitaire et de possibles crimes de guerre. Malgré un embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis ont soutenu les parties au conflit, par des transferts illégaux d’armes et un soutien militaire direct.

En raison de ces affrontements, les réfugié·e·s et migrant·e·s en Libye sont encore plus susceptibles d’être blessé·e·s lors d’attaques ciblées ou aveugles.

Le 2 juillet 2019, une frappe de l’ALN sur un centre de détention de migrant·e·s à Tajoura, dans la banlieue est de Tripoli, a blessé et tué des dizaines de réfugié·e·s et migrant·e·s. Ce même centre de détention avait déjà été frappé le 7 mai 2019, et deux personnes avaient été blessées. Le GUN avait placé un dépôt de munitions près du centre.

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Bombardements de camps de migrants
MAHMUD TURKIA/AFP/Getty Images

Que faut-il faire en Libye ?

Il n’existe pas de solution miracle pour régler ces problèmes, mais tous les pays doivent veiller à ce que la situation des réfugié·e·s et des migrant·e·s en Libye ne s’aggrave pas. Ils doivent également œuvrer à assurer la stabilité, à mettre fin au conflit et à protéger les droits humains en Libye. Dans le même temps, concernant spécifiquement la situation des réfugié·e·s et des migrant·e·s, les autorités libyennes doivent :

  • libérer sans délai les réfugié·e·s, demandeurs et demandeuses d’asile et migrant·e·s des centres de détention et fermer tous les centres de détention. Les autorités libyennes, avec le soutien d’acteurs humanitaires sur le terrain, doivent veiller à ce que les personnes libérées aient accès, sans discrimination, aux services essentiels, y compris à un logement adéquat et aux soins de santé ;
  • dépénaliser l’entrée et le séjour irréguliers dans le pays, et la sortie illégale du territoire ;
  • cesser de débarquer des migrant·e·s et demandeurs et demandeuses d’asile en Libye, car il ne s’agit pas d’un lieu sûr de débarquement ;
  • assurer l’obligation de rendre des comptes, notamment en coopérant avec le mécanisme d’établissement des faits mis en place par le Conseil des droits de l’homme et en identifiant les personnes responsables d’atteintes aux droits humains et de violences contre des migrant·e·s, en vue de les traduire en justice.

L’UE et ses États membres ne doivent pas fournir davantage d’aide à la Libye en vue de maintenir ces personnes dans le pays, tant que des mesures concrètes ne seront pas prises pour mettre en œuvre les recommandations ci-dessus. Ils doivent également convenir de mesures destinées à veiller à ce que les personnes secourues en mer soient débarquées dans un lieu sûr, ce qui n’est actuellement pas le cas en Libye.

Enfin, la Libye et la communauté internationale doivent travailler ensemble afin de renforcer l’assistance en faveur des réfugié·e·s et migrant·e·s coincé·e·s en Libye, en allouant des ressources suffisantes pour assurer le respect de leurs droits. Cela doit comprendre la reprise et le renforcement des programmes proposant une évacuation humanitaire de Libye, particulièrement par la réinstallation des réfugié·e·s et la mise en place des voies sûres et légales d’entrée en Europe.

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Chris Grodotzki / Sea-Watch.org

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