Ouïghours en Chine : des témoignages accablants

Nous vous présentons ci-dessous les cas de Ouïghours disparus ou emprisonnés dans les camps d’internement chinois et dont le signalement nous a été donné par leurs familles réfugiées à l’étranger : celles-ci ont accepté de nous donner leur nom et de témoigner au sujet de leurs proches.

Le rapport « Comme si nous étions ennemis de guerre » (téléchargeable ICI en anglais) se fonde lui sur des témoignages directs de personnes qui ont été internées, torturées ou qui ont assisté directement aux atrocités commisses contre des compagnons de cellules. Ces personnes ont été interrogées directement par des chercheurs d’Amnesty mais ont tenu à garder l’anonymat.

AVERTISSEMENT  : certains des témoignages sont très durs et comportent des passages qui peuvent choquer.

Sommaire des témoignages des proches de Ouïghours disparus ou internés

1. Témoignage de Memetli pour sa soeur, Hayrigul Niyaz
2. Témoignage de Abduweli pour son frère, Erkin
3. Témoignage de Ershat pour son père, Alim
4. Témoignage de Aminen pour sa soeur, Hawahan
5. Témoignage de Abduleziz pour son frère, Mamat
6. Témoignage de Abduwali pour sa soeur, Sajidugul
7. Témoignage de Adil pour son beau-frère, Rifat
8. Témoignage de Adila pour son père, Sadir
9. Témoignage de Shahnura pour sa grand-mère, Suppiyem
10.Témoignage de Memetrasul pour sa femme, Nurmangul
11.Témoignage de Adila pour son cousin, Yusupjan
12.Témoignage de Mirehmet pour son frère, Miradil
13.Témoignage de Muhammad-Ali pour son petit frère, Nejibulla Ablet
14.Témoignage de Muharram pour son oncle, Abdurahman Memet
15.Témoignage de Mukerrem pour son père, Mahmud

Témoignage de Memetli pour sa soeur, Hayrigul Niyaz

JPEG - 66.1 ko
Hayrigul Niyaz une ouïghoure en prison en Chine

Résumé  : Le frère d’Hayrigul a dit à Amnesty International que la dernière fois qu’il a vu sa sœur était à l’aéroport en Turquie le 27 octobre 2015. Vers juin ou juillet 2017, Hayrigul a été arrêtée et détenue par les autorités chinoises, et transférée d’Urumqi à Toksu. On ignore si elle est aujourd’hui dans un camp d’internement ou une prison. Selon son frère, qui vit désormais en Allemagne, elle a été détenue pour avoir voyagé et étudié à l’étranger. Il semble qu’elle n’ait pas eu accès à un avocat et que les autorités chinoises n’ont fourni aucun document officiel quant à son statut. En avril 2020, dans l’espoir d’obtenir des informations à propos de sa sœur, son frère a parlé avec quelques membres de la famille qui vivent toujours au Xinjiang. Néanmoins, l’appel avait été arrangé par un officier de police chinois qui lui a demandé des informations en échange de nouvelles concernant sa soeur. Quand le frère a refusé, l’officier lui a dit : “Vous devez coopérer si vous voulez revoir votre mère.”. Depuis qu’il a refusé, il n’a pas pu parler à sa famille de nouveau.

Détails personnels : Hayrigul aime lire, danser, chanter, passer du temps avec ses amis, voyager et faire du ski. Elle sait parler ouïghour, mandarin, russe, anglais et turc. Après ses études en Turquie, elle est retournée en Chine pour ouvrir sa propre agence de voyage.

Témoignage de Abduweli pour son frère, Erkin

JPEG - 13.6 ko
Erkin Ayup un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Erkin a disparu au cours de l’été 2017. En mai 2019, un collègue d’Erkin, anonyme, a confirmé à Radio Free Asia son arrestation et sa détention dans un camp d’internement. En mai 2021, une source fiable a dit au frère d’Erkin, avec qui Amnesty International a réalisé un entretien, qu’Erkin a été condamné à 14 ans de prison pour “incitation au terrorisme”.
Il est inquiet de savoir si Erkin peut avoir accès à son traitement pour ses problèmes de cœur et son diabète. Le frère d’Erkin, qui vit désormais en Norvège, a perdu contact avec les membres de sa famille au Xinjiang. Les autorités chinois n’ont jusque-là fourni aucun document officiel sur les crimes présumés d’Erkin.
Le frère d’Erkin pense qu’Erkin est en prison parce qu’il est resté en contact avec son frère après que ce dernier soit parti à l’étranger. Au cours du dernier appel vidéo qu’ils ont eu avant son emprisonnement, Erkin a demandé à son frère d’arrêter d’écrire sur la question des Ouïghours pour éviter d’être emprisonné et mettre l’ensemble de la famille en danger. Le frère d’Erkin a récemment appris que la fille d’Erkin, Mihriay, a été détenue dans un camp d’internement où elle est décédée en décembre 2020.

Détails personnels : Erkin aime lire, écrire et jardiner. Avant de devenir un fonctionnaire du gouvernement, il avait l’habitude de faire du bénévolat dans un département d’un centre gouvernemental de prévention de maladies dans le Xinjiang. Il aidait les docteurs à communiquer avec les personnes qui ne parlaient pas mandarin. Son frère le décrit comme quelqu’un qui était respecté, et qui était un bon solutionneur de problèmes, toujours enclin à construire et renforcer la coopération entre les habitants de la région et le gouvernement. Comme le rappelait le frère d’Erkin au cours de l’entretien : “Les gens lui demandait de l’aide, et il les soutenait quand le gouvernement ne faisait rien pour aider ces personnes”. La soeur d’Erkin (cas 14 ci-après) a également été condamnée à de la prison.

Témoignage de Ershat pour son père, Alim

JPEG - 48 ko
Alim Hashani un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Alim est un intellectuel connu et linguiste à la retraite. En août 2018, il a été envoyé dans un camp d’internement après avoir été enlevé à Beijing alors qu’il assistait à plusieurs réunions pour un projet de traduction coordonné par le Comité National de Traduction. Il est détenu depuis lors. Son fils, qui vit désormais en France, a récemment eu conformation de la détention de son père par une source fiable, mais les autorités chinoises n’ont partagé avec lui aucun détail ou documentation officielle concernant la condamnation ou le statut du cas de son père. Le fils d’Alim a perdu contact avec sa famille en Chine après qu’il ait commencé à faire campagne publiquement pour la libération de son frère. De ce fait, il ne peut pas confirmer si le reste de la famille a reçu des informations officielles ou non.
Alim souffre de diabète, et on ignore s’il peut avoir accès à un traitement médical adéquat. Son fils pense que son père est incarcéré pour le seul fait d’avoir gardé la langue ouïghoure vivante par le biais de son travail.

Détails personnels : Alim est décrit par son fils comme un “expert rigoureux, père responsable (et un) citoyen très honnête et respectueux”. Il a également ajouté que son père a toujours été prudent et respecté la censure imposée par le gouvernement chinois. Alim est créatif et très instruit, et il aime jouer de la musique et peindre.

Témoignage de Aminen pour sa soeur, Hawahan

JPEG - 101.1 ko
Hawahan Osman une ouïghoure en prison en Chine

Résumé : La dernière fois qu’Hawahan a parlé avec sa sœur qui vit en Suède, c’était en mai 2016. A ce moment-là, Hawahan avait déjà des problèmes avec la police et avait été forcée d’assister quotidiennement à des cérémonies et célébrations chinoises. Sa sœur raconte qu’Hawahan s’est conformée aux demandes des autorités chinoises car elle attendait de recevoir son passeport pour ensuite rejoindre son époux à l’étranger. Néanmoins, ses demandes de passeport ont systématiquement été rejetées, et elle a été détenue en mars 2017. Hawahan a d’abord été envoyée dans un camp d’internement puis en prison, avec une peine de 13 à 15 ans. Sa sœur a appris pour sa condamnation par le biais de membres de la famille en Chine, mais elle n’arrive pas à obtenir aucune information supplémentaire. La sœur d’Hawahan pense que l’arrestation pourrait être le résultat d’une violation de la politique de l’enfant unique, du fait d’avoir son époux à l’étranger, et d’apprendre aux autres à lire le Coran en arabe. La sœur d’Hawahan a également ajouté : “(Ma soeur est en prison) car c’est une personne courageuse, fidèle à son identité. Elle suit les traditions. Elle ose faire cela dans cet environnement”.

Détails personnels : La sœur d’Hawahan la décrit comme intelligente, belle, et dotée d’une bonne mémoire. Elle est forte et aime les tâches physiques. Elle a quatre enfants. Il a été rapporté que deux d’entre eux ont été enlevés de force de leur foyer et placés dans des internats par les autorités chinoises.
Sa sœur d’Hawahan est particulièrement inquiète pour sa sœur, qui avait déjà vécu des moments très difficiles par le passé. Avant d’être détenue, Hawahan était souvent seule car son mari travaillait à l’étranger, pour des entreprises au Moyen-Orient. Quand il est rentré lui rendre visite, elle a dû se cacher avec lui et ses enfants car les autorités chinoises le cherchaient.

Témoignage de Abduleziz pour son frère, Mamat

JPEG - 137.8 ko
Mamat Ablat un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Mamat a été détenu au début de l’année 2018 puis condamné à 16-17 ans de prison, selon son frère qui vit désormais en France. Les membres de la famille en Chine ont dit au frère de Mamat que Mamat avait été incarcéré pour ses pratiques religieuses. La famille a peut-être des documents officiels sur le cas de Mamat, mais son frère a perdu contact avec eux et n’arrive pas à obtenir plus de détails. Il a contacté les autorités chinoises, mais elles ne lui ont donné aucune information et lui ont plutôt demandé de revenir au Xinjiang.
Selon son frère, Mamat avait déjà été arrêté en 2015 et maintenu dans un centre de détention car il “priait dans la maison des autres durant le Ramadan”.
Mamat souffre d’un trouble de santé mentale, mais sa santé peut être améliorée avec l’aide de médicaments. “Il ne passe jamais une heure au même endroit. Il aimait bouger. Je ne peux pas (l’)imaginer en prison, au même endroit tout le temps. Je suis très inquiet pour lui,” a déclaré le frère de Mamat à Amnesty International.

Détails personnels : Mamat est marié et a une fille. Son frère le décrit comme sociable et serviable : “Il aimait aller aider les autres ; les gens l’appelaient tout le temps”. Mamat est une personne très active et n’aime pas rester à l’intérieur trop longtemps.
Le mari de la nièce de Mamat (cas 28) est aussi en prison, où il purge une peine de 17 ans.

Témoignage de Abduwali pour sa soeur, Sajidugul

JPEG - 80.2 ko
Sajidugul Ayup une ouïghoure en prison en Chine

Résumé : Selon son frère, Sajidugul a été enfermée dans un camp d’internement en octobre 2017. Il a appris sa détention par des amis qui vivaient encore en Chine à cette époque. En mai 2021, le frère de Sajidugul, qui s’est entretenu avec Amnesty International, a appris d’une source fiable que Sajidugul avait été condamnée à 12 ans de prison pour “incitation au terrorisme”. Il a dit à Amnesty International que les autorités avaient forcé Sajidugul à le dénoncer publiquement en 2016. “Elle n’avait pas le choix”, a-t-il expliqué. “Ils l’ont forcé à dire qu’elle était désolée pour moi, combien je suis mauvais”. Le frère de Sajidugul vit en Norvège et il a activement dénoncé les violations des droits humains dont les Ouighours sont victimes. Il a déclaré à Amnesty International qu’il pense que Sajidugul a été détenue à cause de son activisme. Il a dit : “Le but est de me faire arrêter de parler aux médias et aux organisations de droits humains. La sécurité nationale chinoise (la police) m’a contacté. Ils m’ont dit, “si tu n’arrêtes pas, nous allons mettre ta famille en danger”.
On ignore si Sajidugul a accès à des membres de sa famille, un avocat de son choix ou au traitement médical dont elle a besoin, elle souffre d’Hépatite B.

Détails personnels : Sajidugul aime lire et nager. Son frère la décrit comme “sociable, serviable et vraiment féministe”. Elle est professeure et elle avait l’habitude d’emmener ses élèves pour des sorties éducatives sur l’histoire ouighoure. Elle est mariée et a deux enfants. Un de ses frères (Erkin Ayup, cas 8 ci-dessus), a aussi été condamné à de la prison.

Témoignage de Adil pour son beau-frère, Rifat

JPEG - 82.5 ko
Rifat Perhat un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Rifat est en prison depuis 2018, possiblement pour y purger une peine de 10 ans. Le beau-frère de Rifat a dit à Amnesty International que son incarcération pourrait être motivée pour “soutien au terrorisme” - seulement parce que Rifat avait envoyé de l’argent à l’étranger pour un membre de sa famille- et “extrémisme” - seulement parce que Rifat avait des amis ouïghours qui avaient l’habitude de prier. Cependant, le beau-frère de Rifat, qui vit désormais aux Pays-Bas, n’a pas pu confirmer les raisons officielles de la détention de Rifat. Il n’a pas non plus reçu de document ou communication officielles de la part des autorités chinoises sur les charges qui pèsent contre Rifat.
Par le biais de sources fiables qui ont réussi à obtenir une réponse des autorités chinoises, le beau-frère de Rifat a pu confirmer que Rifat a été placé en détention en mai 2018 et a été assuré que Rifat ne serait pas exécuté. Le beau-frère de Rifat pense que la famille en Chine a la possibilité de rendre visite à Rifat de temps en temps et qu’ils ont reçu des documents officiels, mais il n’a pas pu obtenir de copie.

Détails personnels : Rifat, fonctionnaire du gouvernement au moment de son arrestation, a étudié la géologie et collectionnait les pierres précieuses. Il avait prévu de monter une entreprise pour commercialiser de l’ambre avec son beau-frère.
Il a un fils et une fille. Avant sa détention, il avait prévu qui quitter la Chine avec sa famille mais cela ne s’est pas réalisé car le passeport de son fils n’a jamais été émis par les autorités chinoises et Rifat et sa femme ne voulaient laisser aucun de leur enfant derrière eux.

Témoignage de Adila pour son père, Sadir

JPEG - 104.3 ko
Sadir Ali un ouïghour en prison en Chine

Résumé : “Si vous voulez que votre père soit sain et sauf, vous devriez coopérer avec nous et répondre à toutes nos questions”. C’est ce que la police a dit à la fille de Sadir en septembre 2018, après son arrestation en juin 2018. Pendant des mois, un officier de police a appelé la fille de Sadir pour essayer de récolter des informations sur elle et sur le reste de sa famille qui vit aux Etats-Unis. Les appels ont cessé quand elle a découvert par le biais de membres de la famille restés en Chine que son père avait été envoyé en prison, probablement en mai 2019, avec une peine de 20 ans. On ignore si Sadir a bénéficié d’un procès équitable ou s’il a eu accès à un avocat de son choix. Avant d’aller en prison, Sadir avait été détenu dans un camp de juin-juillet 2018 à mai 2019. La fille de Sadir a maintenant perdu contact avec ses proches qui vivent toujours en Chine et elle n’arrive pas à obtenir plus d’informations à propos de son père. Les raisons officielles pour son arrestation demeurent inconnues mais sa fille a déclaré à Amnesty International : “Je ne peux penser à aucune raison. Peut-être seulement parce qu’il est Ouighour et musulman”.

Détails personnels : Sadir était le propriétaire d’une agence immobilière depuis 2015 et il est décrit par sa fille comme très religieux, calme, travailleur et attaché à sa famille. Elle a ajouté : “Il passait tout son temps avec sa famille. Il a payé mes études, ma vie, l’école pour ma soeur et moi. Il a travaillé tout le temps.”
Tous les membres de la famille ont malheureusement également été détenus. L’oncle de la femme de Sadir (Abiden Eyyubhaji, cas 20), un savant religieux de 91 ans, a selon plusieurs sources été envoyé dans un camp d’internement en 2016 et un des cousins de sa femme (Yusupjan Abiden, cas 30), un ancien professeur religieux de 55 ans qui enseignait à l’Institut islamique du Xinjiang à Urumqi, est en prison depuis 2017.

Témoignage de Shahnura pour sa grand-mère, Suppiyem

JPEG - 70.3 ko
Suppiyem Tochti une ouïghoure en prison en Chine

Résumé : Suppiyem a disparu après avril 2015, elle revenait d’un voyage en Turquie pour rendre visite à des membres de la famille et à des proches, y compris sa petite fille. En novembre-décembre 2019, la petite fille et sa famille, qui vivent en Allemagne, ont su par des proches demeurant en Chine que Suppiyem était dans un camp d’internement. Selon sa petite fille, avant sa visite en Turquie, Suppiyem avait reçu un appel menaçant d’un officier de police qui avait dit : “Si tu ne reviens pas de Turquie, nous prendrons ton fils”. Une fois de retour en Chine, Suppiyem a coupé toute communication avec la famille à l’étranger. Sa petite fille se souvient d’elle disant “Ne m’appelle plus, nous allons bien ici”. La famille de la petite fille n’a aucun document officiel sur le cas de Suppiyem et a maintenant perdu tout contact avec les proches qui vivent en Chine. La famille est inquiète pour la santé de Suppiyem car elle souffre de diabète et de problèmes de cœur.

Détails personnels : Suppiyem, maintenant âgée d’environ 60 ans, est une femme travailleuse qui a souvent voyagé pour le travail. Elle possède une boutique de vetements, chapeaux et accessoires à Shahyar. Sa petite fille se souvient d’elle comme étant toujours occupée avec la famille et le travail, ajoutant “Elle n’avait pas une vie facile”. Elle se souvient aussi de la surprise de sa grand-mère quand elle a vu comment les personnes parlaient sans restrictions en Turquie. “Elle (Suppiyem) disait “Oh, vous pouvez parler si fort ici, si librement ici.’ Elle n’avait pas l’habitude.”
Une des filles de Suppiyme (Hepisem Mehmet, cas 21), a également disparu après ce même voyage en Turquie et pourrait avoir été envoyée dans un camp d’internement entre 2016 et 2017.

Témoignage de Memetrasul pour sa femme, Nurmangul

JPEG - 70.4 ko
Nurmangul Ebey une ouïghoure en prison en Chine

Résumé : Le mari de Nurmangul a dit à Amnesty International que sa femme a été envoyé en prison aux alentours de septembre 2016 parce qu’il travaillait à l’étranger et qu’il ne pouvait pas retourner en Chine quand les autorités le lui ont demandé. Il se souvient du dernier appel qu’il a reçu de Nurmangul : “La police m’a appelée et a dit que si tu ne venais pas au Xinjiang, ils allaient arrêter ta femme et tes enfants”. Elle a été enlevée quelques mois après cet appel. Son mari a appris sa détention plus tard, par le biais d’amis qui vivent toujours en Chine. En dépit des nombreuses tentatives de contact avec les autorités chinoises, il n’a jamais reçu d’information ou de documentation officielle sur son cas. Il doute qu’il y ait eu un procès équitable ou qu’elle ait accès à l’avocat de son choix. Le mari de Nurmangul, qui vit aujourd’hui au Kyrgyzstan, n’arrive pas à contacter sa famille en Chine et il s’inquiète pour sa femme et ses enfants. Il a entendu dire qu’elle est détenue dans une prison à Kucha, qu’il décrit comme “la pire prison du secteur”.

Détails personnels : Le mari de Nurmangul la décrit comme une excellente mère, femme et personne. Nurmangul avait pour projet de réunir la famille et de rejoindre son mari au Kyrgyzstan, mais au final cela n’a pas été possible. Après qu’il soit parti de Chine pour aller travailler à l’étranger, elle a vécu seule et s’est occupée de leurs enfants (Imamhesen Memetresul, cas 22) et (Imamhusen Memetrusul, cas 23), dont il ne sait pas où ils se trouvent non plus. En 2015, les autorités chinoises ont forcé Nurmangul à avorter alors qu’elle était au septième mois de sa grossesse.
Le mari de Nurmangul a terminé l’entretien en déclarant : “Je veux qu’elle soit en vie, je veux la voir, je veux vivre avec elle de nouveau, je veux juste ma famille auprès de moi”.
D’autres membres de la famille sont suspectés d’être détenus également dont une soeur du mari de Nurmangul et ses enfants.

Témoignage de Adila pour son cousin, Yusupjan

JPEG - 124.8 ko
Yusupjan Abiden un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Yusupjan, un homme d’affaires de Artux, a été envoyé en prison en avril 2017, selon son cousin et sa fille, avec qui Amnesty International a réalisé un entretien chez elles, aux Etats-Unis. Elles ont appris la détention de Yusujan cette même année par le biais d’autres proches vivant à l’étranger et qui ont des contacts avec la famille vivant toujours au Xinjiang. Elles pensent que Yusupjan a été détenu pour ses pratiques religieuses, mais elles n’ont pas été en mesure de confirmer quelconque autre détail sur son cas et ne possèdent aucun document officiel parce qu’elles ont perdu contact avec leurs proches. Elles pensent également que Yusupjan a été emprisonné, possiblement pour ses pratiques religieuses, pendant 18 mois entre 2000 et 2002. Elles affirment qu’il a été torturé durant cette période-là, il en a perdu une oreille.

Détails personnels : Yusupjan est un ancien professeur religieux qui est ensuite devenu homme d’affaires. Les membres de sa famille qui se sont entretenus avec Amnesty International se souviennent de lui comme quelqu’un de très respecté, aimé de ses étudiants et particulièrement serviable.
Elles ont ajouté qu’il est marié et a un fils et deux filles, et que sa femme a passé deux ans dans un camp d’internement.
D’autres membres de la famille ont également été détenus : (Sadir Ali, cas 16), envoyé en prison probablement en mai 2019 avec une peine de 20 ans, et (Abiden Eyyubhaji, cas 2020), qui selon plusieurs sources est enfermé dans un camp d’internement depuis 2017.

Témoignage de Mirehmet pour son frère, Miradil

JPEG - 26.2 ko
Miradil Ablet un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Miradil a été enlevé de la maison de ses parents à Kashgar en août 2017. Son frère qui vit maintenant aux Pays-Bas n’a pas pu obtenir d’information sur la localisation de Miradil jusqu’à ce que l’ambassade de Chine au Pays Bas réponde à une demande du Ministère néerlandais des Affaires Étrangères en janvier 2021, affirmant que Miradil avait été condamné pour des infractions criminelles, qu’il avait plaidé coupable et que son procès avait été équitable. Cependant, aucune information sur le procès ou les crimes et preuves existant contre Miradil n’ont été publiées. Son frère a dit à Amnesty International qu’il pense que Miradil a été arrêté parce qu’un autre frère vivant au Canada n’est pas revenu en Chine alors qu’on le lui avait demandé.

Détails personnels : Miradil est bon en mathématiques et en informatique. Il aime jouer au football et passer du temps avec sa famille. Il était apparemment en bonne santé avant d’être enlevé.

Témoignage de Muhammad-Ali pour son petit frère, Nejibulla Ablet

JPEG - 123.5 ko
Nejibulla Ablet un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Nejibulla a disparu après avoir été convoqué par la police locale de Kashgar pour un entretien le 20 février 2018. Lors de la dernière communication qu’il a eu avec son grand frère, avec qui Amnesty International s’est entretenu et qui vit désormais aux Etats-Unis, Nejibulla a demandé à son frère des détails personnels, y compris le nom de l’école à laquelle il allait aux Etats-Unis. Son frère pense que la police chinoise lui a demandé de poser ces questions.
Le frère de Nejibulla a appris d’une source fiable que Nejibulla avait été envoyé dans un centre de détention dans le comté de Kuqa avec 15 autres membres de la famille. Il n’a aucune idée de pourquoi Nejibulla a été ciblé, à part le fait qu’il soit ouïghour. Quand son frère a essayé de contacter l’hôpital où Nejibulla était employé, le personnel lui a dit qu’il devait présenter une lettre de recommandation pour pouvoir obtenir des informations sur Nejibulla.

Plusieurs membres de la famille de Nejibulla sont dans des centres de détention, dont trois cousins (Musa-eli Abdureyim, cas 44), (Buayshem Ablimit, cas 45) et (Sainigul Memet, cas 46).

Détails personnels : Nejibulla a toujours aimé jouer au football depuis qu’il était enfant et est très talentueux. Après s’être marié, Nejibulla était occupé avec le boulot mais prenant du temps pour ses deux enfants, qui ont actuellement six et quatre ans.

Témoignage de Muharram pour son oncle, Abdurahman Memet

JPEG - 114.1 ko
Abdurahman memet un ouïghour en prison en Chine

Résumé : Le neveu d’Abdurahman a dit à Amnesty International qu’Abdurahman a reçu un appel de la police de Turpan pendant qu’il guidait une visite à Yili en juillet 2019. Après être retourné à Turpan, il a immédiatement été enlevé et tout contact avec lui a été perdu.

Le neveu d’Abdurahman pense qu’Abdurahman a été détenu pour avoir fait fuiter des lettres provenant des camps. Ces lettres ont été partagées avec un proche vivant à l’étranger et elles ont ensuite été publiées en ligne et dans la Base de données des Victimes de Xinjiang. On ignore s’il se trouve dans un camp d’internement ou dans une prison. Le neveu d’Abdurahman, qui vit actuellement au Japon, ne sait pas comment vont les autres membres de sa famille en Chine car il a perdu tout contact avec eux depuis la disparition d’Abdurahman.

Plusieurs membres de la famille d’Abdurahman sont enfermés dans des centes de détention, dont son grand frère (Muhemmedeli Tursun, cas 50).

Détails personnels : Abdurahman aime le sport. Il veille sur sa famille et était leur principal soutien financier. Il accompagnait toujours ses parents à l’hôpital d’Urumqi pour les rendez-vous médicaux.
Il a terminé le lycée et possède huit ans d’éducation en mandarin. Il avait l’habitude d’aider les étudiants ouïghours qui avaient des difficultés avec l’apprentissage en chinois.

Témoignage de Mukerrem pour son père, Mahmud

JPEG - 121.2 ko
Mahmud hamdullah un ouïghour en prison en Chine

Résumé : La fille de Mahmud, qui vit actuellement en Turquie, n’a pas pu contacter son père depuis avril 2017. Mahmud a passé six ans en prison dès 1997, accusé de “séparatisme”, apparemment parce qu’il avait reçu une fois la visite d’une personne qui avait des opinions “politiquement incorrectes”. En 2005, Mahmud a selon plusieurs sources été condamné à deux ans de prison pour simplement avoir enseigné l’arabe et être en possession de livres en arabes chez lui. En 2014, des officiers de police lui ont dit d’aller à la station de police et l’ont ensuite détenu arbitrairement dans un bâtiment avec de nombreux autres ouïghours pendant un an et demi. Mahmud a ensuite été amené à Turpan, où il a été de nouveau condamné à deux ans de prison, à priori parce qu’il avait répondu à une question religieuse sur le wahhabisme. La police lui a dit qu’il n’avait aucune autorité pour répondre à cette question. Selon un ami de la fille de Mahmud, il a été de nouveau condamné à 15 ans de prison, vraisemblablement à Kumul.

La femme de Mahmud (Zure Suphi, cas 69), est aussi enfermée dans un centre de détention.

Détails personnels : Mahmud aime lire des livres et est très intéressé par le développement personnel. Mahmud aime également apprendre et enseigner les langues étrangères. Il a étudié l’anglais en prison et il possède désormais un niveau excellent. Mahmud parle également couramment le mandarin.

Maisons de repos : garantir les droits humains des résidents

Pétition demandant que priorité soit donnée aux efforts visant à respecter, protéger et rendre effectifs les droits humains des résident·e·s

2021 - Amnesty International Belgique N° BCE 0418 308 144 - Crédits - Charte vie privée
Made by Spade + Nursit