Sondage sur l’avortement en Belgique : chiffres 2025

Amnesty International a publié en septembre 2025 un sondage portant sur l’avortement en Belgique, réalisé par iVOX en juin 2025 sur un échantillon de 2 000 personnes vivant en Belgique (à Bruxelles, en Flandre et en Wallonie), âgées de plus de 16 ans.
Par ce sondage, Amnesty International a souhaité mieux comprendre les perceptions, les préoccupations et les attentes de ces personnes quant à l’accès à l’avortement et mieux saisir la prévalence de ce soin de santé au sein de la population actuelle.

Les résultats obtenus lors de ce sondage sont interpellants et témoignent de la nécessité pour les autorités de dépénaliser totalement l’avortement et de supprimer tous les obstacles qui restreignent l’accès à un avortement sûr et légal en Belgique.

Un soutien massif au droit à l’avortement en Belgique

À la question « êtes-vous personnellement en faveur du droit à l’avortement », 92,5 % des personnes sondées répondent de manière affirmative.

Des questions plus précises permettent de confirmer cette tendance positive. Ainsi, plus de 80 % des répondant·es estiment que le droit à disposer de son corps est un droit essentiel, incluant le droit à l’avortement, accessible de manière sûre, légale, sans entrave et discriminations. Une même proportion pense en outre que l’accès à l’avortement devrait être identique et abordable pour toutes les personnes, quel que soit leur statut légal en Belgique.

Près de 3 personnes sur 4 pensent que l’avortement doit être reconnu comme un soin de santé (73,5 %) et qu’il devrait être reconnu comme un droit fondamental (74,3 %).

Par ailleurs, 86 % des personnes sondées pensent que l’avortement devrait toujours être le choix de la personne qui avorte.

Environ 4 personnes sondées sur 5 (83,5 %) pensent qu’il est important de rester vigilant·e pour protéger le droit à l’avortement et sont inquiètes de voir le droit à l’avortement remis en question dans certains pays (78,3 %).

Un soin de santé beaucoup plus répandu qu’on ne le croit

Selon le sondage, si 11 % des personnes sondées rapportent avoir déjà avorté une ou plusieurs fois dans leur vie, ce sont plus d’un·e répondant·e sur trois (39 %) qui déclarent avoir dans leur entourage une personne qui a déjà avorté.

L’avortement est donc beaucoup plus répandu qu’on ne le croit ; compte tenu du tabou qui entoure l’avortement et limite certainement le partage de cette information personnelle, nous pouvons affirmer sans prendre de risque que tout le monde ou presque connaît une personne qui a avorté.

Parmi les personnes qui ont déjà avorté une ou plusieurs fois dans leur vie :
14.7 % répondent avoir des enfants.
Près d’1 personne sur 5 (16,1 %) se considère comme une personne croyante.

Des avortements souvent pratiqués illégalement

Bien que près de 7 personnes sur 10 (67,9 %) ayant avorté indiquent que l’avortement a eu lieu légalement en Belgique, plus d’1 personne sur 4 (28,8 %) ayant avorté l’a fait illégalement en Belgique ou illégalement ou légalement à l’étranger.

Plus spécifiquement, près d’1 avortement sur 8 (12,1 %) a eu lieu illégalement à l’étranger, plus d’1 avortement sur 10 (10,7 %) a eu lieu illégalement en Belgique. Au total, environ un quart (22,8 %) des avortements s’est fait de manière illégale (en Belgique ou à l’étranger) et près d’1 avortement sur 2 (41,9 %) a été réalisé illégalement, tant en Belgique qu’à l’étranger, ou légalement à l’étranger.

Il est très inquiétant de constater que tant de personnes sont contraintes de se placer dans l’illégalité ou de sortir des frontières belges pour avorter. Bénéficier de la possibilité d’avorter de manière sûre, légale et sans entraves est un droit fondamental. Or, dans sa forme actuelle, le cadre légal belge ne cesse de générer des obstacles inutiles et dangereux, criminalisant des personnes qui désirent avorter. Ces personnes se voient donc contraintes de se rendre à l’étranger, devant faire face à des dépenses importantes. Et à condition, du reste, qu’elles en aient les moyens.

Par ailleurs, plus de 7 personnes sur 10 (72,3 %) pensent qu’en Belgique, avorter ne devrait pas mener à des sanctions pénales.

Cette criminalisation de l’avortement renforce la stigmatisation, cette “pression sociale” que près d’un·e répondant·e sur deux identifie comme un obstacle majeur au droit à l’avortement. Cette criminalisation qui n’a aucun lieu d’être met encore plus en danger la santé des personnes enceintes, portant ainsi atteinte aux droits à la vie, à la santé et au bien-être de milliers de personnes.

Des obstacles multiples à l’accès à l’avortement

Les répondant·es sont conscient·es de l’existence d’obstacles au droit à l’avortement. Ainsi, la pression sociale (45 %) ; les raisons culturelles ou religieuses (38,6 %) ; l’opposition du/de la partenaire (26,7 %) ; les délais d’attente pour un rendez-vous et une intervention trop longs à cause de la pénurie de médecins qui pratiquent l’avortement (23,1 %) se retrouvent dans le « top 3 » des personnes sondées.

Par ailleurs, plus d’une personne sondée sur cinq (22 %) placent le délai légal de 12 semaines de grossesse pour avorter, jugé trop court, dans leur « top 3 » des principaux obstacles à l’avortement. Près de la moitié (47 %) des personnes sondées pensent, de manière générale, qu’il faudrait allonger le délai légal pour permettre l’accès à l’avortement plus tard pendant la grossesse.

Enfin, important de noter que près de 7 personnes sondées sur 10 (67%) pensent que l’avortement est un tabou dans notre société.

Une méconnaissance du cadre légal dommageable

Un autre grand enseignement de ce sondage est la méconnaissance de la part du public du cadre légal relatif à l’avortement. En effet, 3 personnes sondées sur 4 ignorent le nombre de semaines de grossesse jusqu’auquel l’avortement est autorisé, de même que l’existence d’un délai de réflexion obligatoire et de sanctions pénales.

Si deux personnes sur trois pensent connaître le cadre juridique relatif à l’avortement en Belgique, seulement 6 % des répondant·es ont en réalité des connaissances correctes quant au délai légal pour avorter et savent qu’il existe un délai obligatoire de réflexion. En moyenne, les personnes interrogées obtiennent la note de 3,8 sur 10 lorsqu’on leur soumet une série de questions sur la législation encadrant l’avortement dans notre pays.

Par ailleurs, 18 % des personnes sondées pensent que les mineur·es ne peuvent pas demander un avortement sans le consentement de leurs parents. Ce qui est incorrect.

Plus de 4 personnes sondées sur dix (41,8 %) pensent qu’en Belgique, l’avortement est considéré comme un soin de santé et est couvert par le droit médical, comme toute prestation de santé. Ce n’est malheureusement pas la réalité ; de façon complètement incompréhensible, l’avortement continue d’être légalement placé en dehors du champ des soins médicaux courants, ce qui, d’une part, déforce les droits des personnes ayant besoin de tels soins et, d’autre part, renforce les obstacles et la stigmatisation qui entourent les soins liés à l’avortement.

Ce manquement de la part de nos autorités a pour conséquence que de fausses informations circulent, de même que des idées reçues (très) négatives, ce qui peut générer cette pression sociale et renforcer le tabou qu’un nombre important de répondant·es ressentent.

Cette méconnaissance peut être extrêmement dommageable. Il est de la responsabilité des autorités de veiller à ce que toutes les informations concernant ce soin de santé essentiel soient transmises de façon complète et efficace à l’ensemble de la population, et ce, afin que les personnes qui ont besoin d’avorter puissent prendre des décisions libres et éclairées quant à leur santé et leur vie.

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