10 préjugés sur les migrants

Vous ne savez pas toujours comment réagir aux questions relatives à la migration ? Ce guide vous aidera à déconstruire 10 idées reçues auxquelles vous ne savez peut-être pas toujours comment répondre [1]
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PETIT LEXIQUE
UN MIGRANT est une personne qui quitte son pays pour aller vivre sur un autre territoire pour de multiples raisons, et ce de façon temporaire ou permanente. Certains migrants se déplacent de leur propre gré, d’autres y sont forcés notamment en raison d’une guerre ou de persécutions.
UN DEMANDEUR D’ASILE est une personne qui a quitté son pays en quête de protection internationale et qui a introduit une demande d’asile. Elle n’a donc pas encore obtenu le statut de réfugié et attend que cette demande soit définitivement acceptée ou rejetée. Il ne peut pas être renvoyé de force dans son pays pendant la procédure d’examen de sa demande d’asile. De plus, une personne ne peut être renvoyée de force dans son pays si sa vie ou sa liberté y est menacée (principe de non-refoulement).
UN RÉFUGIÉ est une personne qui satisfait aux critères définis par la Convention de Genève. Celle-ci précise qu’un réfugié est une personne qui a fui son pays « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». À la différence d’un demandeur d’asile, le statut de réfugié lui a été reconnu.(HCR)
UN SANS-PAPIER est une personne est en situation irrégulière lorsqu’elle ne possède pas ou plus les documents requis pour séjourner sur le territoire ou que les autorités du pays où il souhaite séjourner ne l’y autorisent pas.
DEMANDER L’ASILE  : toute personne qui a fui son pays parce que sa vie ou son intégrité y étaient menacées, et qui craint d’y retourner, peut demander une protection à la Belgique. La loi belge prévoit deux statuts de protection : le statut de réfugié et la protection subsidiaire. (définition du CIRé)
ACCUEIL DES DEMANDEURS D’ASILE : tout demandeur d’asile a droit à un accueil pendant sa procédure d’asile. Cet accueil est coordonné par Fedasil et prend la forme d’une aide matérielle, à savoir logement, nourriture et habillement, accompagnement social, juridique et médical dans un centre d’accueil ou dans un logement individuel.
PROTECTION SUBSIDIAIRE : statut accordé à une personne qui ne peut être considérée comme un réfugié et qui ne peut pas bénéficier de la procédure prévue pour le séjour humanitaire pour des raisons médicales, et à l’égard duquel il y a de sérieux motifs de croire que, s’il était renvoyé dans son pays d’origine, il encourrait un risque réel de subir des atteintes graves (comme la peine de mort, la torture ou des violences dans le cadre d’un conflit armé).

 [2]

1. « Il y a une explosion des arrivées de migrants en Europe ! » FAUX

La majorité des migrants se trouvent dans les pays du Sud. Par ailleurs, 86 % des réfugiés des plus de 21 millions de réfugiés identifiés par le HCR se trouvent dans les pays en développement, voisins des pays en crise. Si on ne prend que le cas des Syriens : plus de 12 millions d’entre eux ont dû fuir le conflit à l’intérieur des frontières ou dans les pays limitrophes, contre un peu plus d’un million qui a demandé l’asile dans les pays européens entre 2011 et juillet 2016.

L’Union européenne (UE) a proposé (en 2015) de réinstaller à peine 22.504 réfugiés en deux ans (11 852 ont été réinstallés à ce jour). Un goutte d’eau quand on sait que 1,2 million de réfugiés (à travers le monde) devaient être réinstallés de toute urgence d’ici 2017. Elle s’est par ailleurs proposée d’examiner 160.000 (septembre 2015) demandes d’asile de personnes déjà arrivées en Italie, en Grèce et en Hongrie sur le près d’un million de personnes arrivées par la mer à la même époque. Sur un peu plus d’un an, seules 6 925 personnes ont été relocalisées. La Belgique devrait, elle, en accueillir un peu plus de 3700 d’ici 2017, soit un peu moins du dixième du Stade Roi Baudouin. Elle en a accueilli 206 à ce jour.

Notons encore que la Belgique a enregistré moins de demande d’asile en 2015 (35 476) qu’en 2000 (42.691), et on ne parlait pas d’afflux de réfugiés à l’époque, ni de crise des réfugiés. [3]

L’Europe, une des régions les plus prospères du monde comptait début janvier 510 millions d’habitants – et la Belgique plus de 11 millions. En juin 2016, le HCR a identifié quelque 65,3 millions de personnes, soit une personne sur 113, comme étant déracinées par le conflit et la persécution à travers le monde en 2015. Parmi ces 65,3 millions, il y a 21,3 millions de réfugiés (ces derniersi représentent 0,3% de la population mondiale). Pour Amnesty, 10% du nombre total de réfugiés doit se voir offrir une protection à travers le mécanisme de réinstallation et d’autres VSL. Il s’agit donc d’assurer la protection à 2,13 millions de réfugiés, ce qui représente 0, 03% de la population mondiale.

 [4]

Témoignage Majid Hussein, Nigérian, 22 ans « Les Européens pensent que nous sommes ici pour leur prendre quelque chose, mais ce n’est pas vrai. Beaucoup d’entre nous sont des étudiants, des médecins ; nous avons tout perdu et jamais nous ne retrouverons ce que nous avions. Les migrants en Italie sont livrés à eux-mêmes, sans pouvoir se laver, sans manger sauf s’ils parviennent à entrer en contact avec des associations. Si vraiment l’Europe prône les valeurs inscrites dans la Déclaration des droits de l’homme, alors cela devrait concerner tout le monde de façon équitable. Moi, j’ai eu de la chance, j’ai obtenu des papiers, je travaille, je parle italien ; je m’intègre au fur et à mesure et je mélange finalement les cultures. C’est ce que nous devons partager, nos cultures. »

2.« Ils viennent pour toucher nos allocations et pour prendre notre travail !  » FAUX

Aucune aide n’est accordée du simple fait d’être un étranger. Les personnes en séjour irrégulier (donc sans papiers) n’ont droit qu’à l’aide médicale urgente à l’exception du cas d’un mineur en état de besoin. Pendant la période d’analyse de la demande d’asile, le demandeur d’asile n’a droit qu’à une aide matérielle, à savoir l’hébergement, la nourriture et l’accompagnement. Et à moins que cette période n’excède les quatre mois, il n’a pas d’accès légal au marché du travail. Une fois le statut de réfugié ou de protection subsidiaire reconnu, la personne a un droit au séjour, à un accès au marché du travail et à l’aide financière du CPAS. Les réfugiés n’ont donc pas plus de droits que les Belges [5].

Notons, d’autre part, que les migrants occupent très souvent des emplois peu qualifiés et pénibles laissés vacants par les Belges. Même avec un diplôme, il leur est difficile d’accéder à un métier qui correspond à leurs spécialités et ils sont encore trop souvent victimes de discrimination ou d’exploitation (bas salaires, conditions de travail précaire).

Lorsqu’ils sont au travail, ils représentent une réelle plus-value pour notre économie. Non seulement ils injectent de l’argent dans notre économie en payant des impôts, mais ils pallient aussi au vieillissement de notre population. [6]

Ils ne restent par ailleurs pas pour autant longtemps dépendants du CPAS. Une étude menée par l’ULB et la KUL montre d’ailleurs qu’au moment de la reconnaissance de leur statut de réfugié, 19% des personnes sont déjà sur le marché du travail, et que quatre ans plus tard, c’est le cas de 55% d’entre elles. Un score qui tend à se rapprocher de celui de la moyenne de la population belge, à savoir 65%.

3.« L’immigration ruine les finances publiques ! » FAUX

Au contraire, selon diverses études, le coût de l’immigration serait nul, voire légèrement positif. D’après un rapport de l’OCDE, l’immigration « rapporterait » en moyenne près de 3.500 euros de rentrées fiscales par individu par an. En cotisant, en consommant et en payant des impôts, les migrants contribuent à l’activité économique et aux finances publiques qui, à défaut, subiraient des pertes. [7]

Un autre rapport de la Banque Nationale Belge annonce que les surcoûts occasionnés par l’accueil des réfugiés dans notre pays seront amortis en 2020 [8]. La BNB estime même qu’à partir de cette date, « la vague migratoire va générer 0,1% de croissance supplémentaire ». [9]

Par ailleurs, en 2014, la part du budget réservé à l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) s’élevait seulement à 0,15 % des dépenses totales de l’administration belge. [10] L’accueil d’un demandeur d’asile coûte entre 37,7 (logement individuel) et 40 euros (logement en centre d’accueil) [11] . Une grande partie de ces frais est réinvestie dans notre économie grâce à la création de plusieurs centaines d’emplois créés pour assurer l’accueil de ces personnes.

N’oublions pas que les tentatives de bloquer nos frontières coûtent cher à nos pays, notamment l’édification des murs avec du matériel de surveillance de pointe et que le budget accordé à l’agence européenne de contrôle aux frontières extérieures de l’UE, Frontex est s’élève à 254 millions en 2016.

Entre 2007 et 2013, l’UE a alloué près de 4 milliards d’euros aux politiques migratoires (y compris le renvoi de ressortissants de pays tiers et le contrôle des frontières). À peine 17 % (soit 700 millions d’euros) ont été consacrés aux procédures d’asile. [12]

Le budget accordé à Frontex est passé de 6 à 87 millions d’euros de 2005 à 2010, à 143 millions en 2015 et 254 millions en 2016. Le dispositif EUROSUR, qui vise la sécurité aux frontières via la mutualisation d’informations de surveillance notamment par des satellites, dispose d’un budget de 224 millions d’euros pour la période 2014-2020 [13].

4. « On va être envahi par des criminels et des terroristes ! » FAUX

Les personnes qui montent à bord des embarcations de fortune sont dans leur écrasante majorité des hommes, des femmes et des enfants — ces derniers représentent à eux seuls 29 % — qui fuient pour sauver leur vie ou trouver une vie meilleure pour eux et leurs familles. Parmi eux se trouvent les premières victimes du terrorisme, en particulier en Irak et en Syrie.

En 2013, 63 % de personnes arrivées de manière irrégulière par voie maritime en Europe venaient de Syrie, d’Érythrée, d’Afghanistan et de Somalie, des pays ravagés par des conflits et des violations massives des droits humains. En 2014, les Syriens et Érythréens représentaient plus de la moitié des quelque 170 000 personnes qui étaient arrivées en Italie par la mer au début de l’année. En 2016, la majorité des personnes arrivées de manière irrégulière par voie maritime en Europe sont originaires de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak ou d’autres pays qui produisent les plus de réfugiés au monde [14].

Les routes empruntées par les migrants sont longues et périlleuses et ne constituent donc pas un trajet facile pour les éventuels criminels ou terroristes. Ces derniers voyagent notamment par avion, si nécessaire avec de faux papiers. Mais il est beaucoup plus efficace de les recruter directement sur le territoire européen.

Le Secrétaire d’État belge à l’asile et la migration reconnaît lui-même qu’il n’y a eu aucune alerte pour soupçon de terrorisme ou en lien avec le terrorisme [15].

Lorsqu’elle examine les demandes d’asile, la Belgique vérifie les antécédents des personnes qui se présentent à elle, via la police, le renseignement militaire et la sûreté de l’État (empreintes, fichiers internationaux, …). Par ailleurs, la Convention de Genève et la réglementation européenne prévoient une « clause d’exclusion » pour les personnes suspectées de crimes graves [16] ou constituant une menace pour l’État dans lequel elles se trouvent. Cette même réglementation prévoit aussi la possibilité de retirer le statut de protection d’une personne lorsqu’il apparaît qu’elle aurait dû en être exclue.

Bien que des actes criminels isolés, parfois surmédiatisés aient lieu, il n’y a pas plus de criminels parmi les migrants et réfugiés que dans le reste de la population. Selon le rapport annuel 2015 de la direction générale des établissements pénitentiaires, la population carcérale belge représente 55,2 % et parmi le reste des nationalités, à peu près un tiers est européen. Par ailleurs, il est montré que les étrangers reçoivent des peines plus sévères que les Belges pour un même fait et peuvent se voir punir pour une infraction non applicable aux Belges : le fait d’être sur le territoire sans papiers de séjour peut faire qu’on se retrouve en prison.

Si Amnesty prône la mise en place de voies sûres et légales, c’est précisément parce que cela permettrait d’enregistrer les arrivées et de procéder à une identification des personnes au moment opportun le cas échéant.

Bien sûr le risque zéro n’existe pas, et même si un terroriste se faisait passer pour un terroriste, il ne faut pas oublier que la grande majorité d’entre eux sont venus chercher une protection. Aujourd’hui, nous partageons tous le même but : vivre, en sécurité et librement. Pour y parvenir, nous devons - outre respecter nos obligations internationales de protection - être unis et solidaires et montrer aux marchands de peur que nous sommes aux côtés de tous ceux qui subissent une violence aveugle – y compris les réfugiés.

Trop souvent un amalgame est fait entre le terrorisme et l’immigration clandestine ou encore entre musulmans et intégristes, généralisant ainsi un climat de peur et manipulant l’opinion publique. Le racisme s’exprime désormais sans retenue et avec une violence inédite se matérialisant parfois par des appels au meurtre. Or les intégristes ne représentant qu’une infime minorité des musulmans. Par ailleurs, marginaliser les musulmanes sert aussi l’intérêt des terroristes, en espérant pouvoir les recruter et les radicaliser.

5.«  Une Europe forteresse empêche l’arrivée des migrants » FAUX

Aux frontières, ainsi qu’à l’intérieur de l’Europe, des barrières s’érigent un peu partout, de la Bulgarie à la France en passant par la Hongrie, la Grèce, l’Espagne..., pour bloquer réfugiés et migrants.

À des fins de protection des frontières, des systèmes de surveillance sophistiqués, des dispositifs militaires coûteux et un nombre sans-cesse croissant de gardes-frontières sont mis en place et sont à l’origine de nombreuses souffrances et de pertes humaines. Des violations des droits humains ont lieu à chaque passage de frontières terrestres, y compris par des gardes-frontières.

L’édification de murs ne dissuade pas les migrants. Elle les oblige simplement à prendre des routes dangereuses pour tenter de sauver leur vie.

C’est précisément ces moyens de surveillance et l’échec des politiques migratoires européennes à assumer leur responsabilité qui sont à l’origine des morts et violations des droits humains sur la route vers l’Europe. En refusant d’examiner les demandes individuelles de protection des individus et en les soumettant à des violences, les États ne respectent pas leurs obligations en vertu du droit international.

L’édification de longues clôtures - plus de 450 km de murs - qui ferment les routes les plus sûres et le renforcement des forces de sécurité et de la surveillance (radars , diffuseurs de gaz lacrymogènes, détecteurs de mouvements) sont lourds de conséquences. Les migrants sont contraints de suivre des voies encore plus périlleuses. Ils sont entraînés dans les mains des trafiquants, et ils doivent payer de grosses sommes d’argent pour obtenir le droit de rejoindre l’Europe, souvent par des moyens de transport très dangereux (bateaux, camions, traversée à pied de plusieurs pays, malgré la pluie, la chaleur, le froid et d’autres difficultés). En Grèce, c’est près de 60 000 personnes qui se trouvent dans des conditions déplorables et dans une incertitude des plus totales sans savoir quel sera leur sort suite à l’accord UE-Turquie.

Pourtant les États consacrent d’énormes sommes pour construire ces murs. En novembre dernier, les États membres de l’UE ont construit plus de 235 kilomètres de clôtures le long de certaines frontières extérieures de l’Union – ce qui représente un coût de plus de 175 millions d’euros, ce uniquement pour les barbelés extérieurs construits à la hâte afin de détourner les candidats à l’asile en provenance majoritairement de Syrie et d’Irak. [17]

En plus des murs physiques, les personnes souhaitant demander une protection sont encore face à des obstacles une fois en Europe. Entrer mais aussi s’établir en Europe est un véritable parcours du combattant. Tout migrant doit en effet obtenir un visa ; or l’attente est souvent très longue et les conditions d’obtention des papiers ont été durcies aussi bien pour les migrants que pour les réfugiés. Les procédures de demande d’asile sont devenues tellement restrictives qu’elles ne permettent pas toujours aux individus exposés aux conflits d’obtenir une protection. De plus en plus de législations restrictives sont adoptées, prévoyant la détention automatique de ceux qui passent irrégulièrement la frontière, la confiscation des biens des migrants, les intrusions dans leur vie privée, etc.

Nombre de morts et/ou disparus en mer Méditerranée [18] :
2014 : 3 500
2015 : 3 771
2016 (janvier à novembre) : 4 690

6. « Ces personnes ne sont pas dans le besoin, elles arrivent ici avec des smartphones » FAUX

La majorité des personnes qui arrivent sur le territoire de l’UE viennent de pays en proie à des conflits ou des guerre. Et ce qui est sûr c’est que les plus pauvres n’ont pas la possibilité d’entamer un périple vers un endroit sécurisé car ils n’ont pas l’argent nécessaire pour financer leur voyage et les différents passeurs, bandes armées et autres personnes malhonnêtes qu’ils croiseront sur leur chemin.

La détention d’un smartphone ne peut pas être considérée comme un signe de richesse. Les smartphones, moyen de diffusion par excellence, se trouvent à des prix abordables partout. Et s’il est bien une chose essentielle, surtout lorsqu’on fuit son pays, n’est-ce pas un tel objet ? Rester en contact avec la famille et les amis, obtenir de l’aide, trouver son chemin, avoir des nouvelles du pays, se souvenir de sa vie d’avant : difficile de trouver un objet plus utile.

7. « Les hommes qui arrivent ne respectent pas les femmes » FAUX

Les violences à l’égard des femmes ne sont pas liées à l’arrivée de migrants. En Belgique, et depuis toujours, les femmes sont victimes de violences : entre 8 et 10 femmes portent plainte chaque jour pour viol et 162 sont mortes suite à des violences conjugales en 2013 et une femme sur quatre est violée par son partenaire [19]. Cela montre la gravité du problème. Les violences à l’égard des femmes ne sont donc pas liées à l’arrivée des migrants. Elle concerne tous les milieux sociaux et culturels. Toutes les associations qui luttent contre ces fléaux le disent clairement : il faut punir les coupables et éduquer les jeunes et moins jeunes à une société sans sexisme. Ceci est vrai pour tous ceux et celles qui résident dans notre pays, quelle que soit leur origine, leur culture ou leur religion.

Une formation en ce sens est prévue pour les futurs réfugiés qui arrivent dans notre pays, lorsqu’ils se trouvent dans les centres d’accueil pour rappeler que les femmes ont des droits égaux aux hommes, et doivent être respectées. Mais il serait important de renforcer cette éducation dans tout notre processus éducatif, en donnant des moyens suffisants aux différents acteurs qui œuvrent dans ces domaines.

Une étude allemande [20] indique que pour 92 % des réfugiés, les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes droits, soit exactement la même proportion qu’au sein de la population allemande.

S’agissant du regard sur les femmes, 86 % des réfugiés (contre 72 % des Allemands) estiment qu’« avoir un travail est, pour une femme, la meilleure façon d’être indépendante » ; 30 % sont d’avis que, « quand une femme gagne plus d’argent que son conjoint, cela conduit à des problèmes » (18 % des Allemands) ; 18 % pensent que « les parents doivent être davantage préoccupés par les études et la formation de leur fils que par celles de leur fille » (20 % des Allemands).

8. « La Belgique accueille toute la misère du monde » FAUX

Depuis 2013, la majorité des personnes qui demandent une protection en Belgique sont des Syriens, Irakiens, Afghans et Somaliens, soit des personnes originaires de pays en guerre et dont le besoin de protection est notoire. Et il ne s’agit là que de ceux qui ont les moyens de fuir.

En 2015, 35 476 personnes ont demandé l’asile en Belgique, ce qui représente deux demandeurs d’asile par dix mille habitants en Belgique (source BNP) et la même année 8 122 se sont vu reconnaître une protection. Si le chiffre de demande d’asile est certes élevé, la Belgique a déjà connu un plus grand nombre de demandes d’asile, plus de 42 000 demandes en 2000 quand les pays européens avaient dû accueillir les réfugiés du Kosovo, et on ne parlait pas d’afflux de réfugiés à l’époque, ni de crise des réfugiés[8]. Le pays a reçu de janvier à août 2016 15 517 demandes d’asile et pour la même période 13 272 personnes se sont vu reconnaître une protection [21].

La Belgique prend sa part eu égard aux plans de répartition proposé par l’Union européenne, mais comparé aux chiffres mondiaux tant en ce qui concerne le nombre de réfugiés ayant besoin d’être réinstallés d’ici 2017 qu’en ce qui concerne le nombre de personnes qui arrivent aux frontières de l’Europe, chaque État membre pourrait faire beaucoup plus et ainsi participer à un vrai partage de responsabilité avec les premiers pays d’accueil.

Il est également important de souligner que la Belgique répond à une obligation internationale en examinant les demandes d’asile et en octroyant sa protection, conformément à la Convention de Genève de 1951 qu’elle a ratifiée et à la réglementation européenne, qui définissent les conditions de reconnaissance du statut de réfugié et de la protection subsidiaire.

Bien plus de Belges et d’Européens en Belgique.
Fin 2014, 80 % de la population était belge de naissance, les 20 % restants étant des personnes nées avec une nationalité étrangère (dont 9 % ont acquis la nationalité belge). La même année, le nombre total d’étrangers arrivés en Belgique, quel que soit le motif de leur venue, était de 128 465, dont 68 % étaient des citoyens de l’UE [22].

9. « Des accords avec des pays tiers peuvent enrayer les flux migratoires » FAUX

Ces tentatives de refus d’accès à l’Europe n’empêchent pas les personnes qui fuient des persécutions ou des pays en guerre de tenter de sauver leur vie. Les seules conséquences de tels accords, conclus avec des pays peu respectueux des droits humains, sont de les contraindre à rester bloqués dans des camps ou à des frontières fermées en leur refusant un accès à la protection ou de les contraindre à emprunter des chemins dangereux.

L’accord UE-Turquie est particulièrement scandaleux. Il prévoit un réel marchandage en renvoyant en Turquie toutes les personnes arrivant en Grèce, en échange l’UE prendra un réfugié syrien pour chaque Syrien arrivé en Turquie. Pourtant, il a déjà été plusieurs fois fait état de violations des droits humains dans ce pays, non seulement à l’égard des migrants et réfugiés - détention arbitraire, fermetures intermittentes de sa frontière avec la Syrie, renvois de Syriens ou d’Afghans dans leur pays avec la complicité de l’UE - mais également à l’égard de la société civile. Rappelons que des allégations de torture à l’égard de détenus avaient d’ailleurs été émises juste après la tentative de coup d’État ainsi que plusieurs cas de détentions arbitraires. L’utilisation abusive des pouvoirs conférés par l’état d’urgence porte un coup à une société civile déjà exsangue. Fin novembre 2015, la Turquie ferme d’ailleurs 375 ONG, dont plusieurs travaillant à la défense des droits des femmes, des enfants, ou encore à l’aide aux réfugiés.

Tout récemment l’Italie a également conclu un accord avec le Soudan dont le président fait seulement l’objet de deux mandats d’arrêt de la part de la CPI pour crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide !

Se préoccuper constamment de renvoyer des personnes ailleurs au lieu de déployer des efforts inconditionnels pour les réinstaller et proposer des itinéraires sûrs et légaux vers l’Europe témoigne de la volonté des dirigeants européens de se soustraire délibérément et dangereusement à leurs responsabilités à l’égard des personnes qui fuient la guerre et la persécution.

10. « De toute façon, il n’y a aucune issue à cette crise » FAUX

Depuis longtemps déjà, la politique de fermeture de l’UE n’a non seulement pas permis d’enrayer les flux migratoires mais s’est de plus révélée inhumaine, causant la mort de milliers de personnes, des atteintes aux droits humains et dans son sillage une xénophobie grandissante.

Pourtant, il y a une solution à la gestion de cette crise. L’établissement de voies sûres et légales (telles que la réinstallation, les visas, le regroupement familial, etc.) permet aux personnes qui ont besoin de protection la demander légalement et aux personnes qui constitueraient une menace pour la sécurité d’être détectées. Cela permettra aussi d’éviter que les réfugiés ne remettent leur vie entre les mains des passeurs.

Rien ne permet de prouver par ailleurs que cela génèrerait un appel d’air. Même lorsqu’un terme a été mis à l’opération italienne de recherche et de sauvetage Mare Nostrum en octobre 2014, les migrants et réfugiés ont continué d’arriver en plus grand nombre.

La solution passe également par un réel partage de responsabilité qui nécessite un nouveau mécanisme de réinstallation (pour les réfugiés identifiés comme vulnérables d’après le HCR) et de transfert des réfugiés (lorsqu’un pays fait face à des arrivées importantes et que le nombre de réfugiés dépasse ses capacités raisonnables d’accueil). Il est également essentiel de prévoir un financement qui permet la protection des réfugiés et un soutien aux pays qui accueillent un grand nombre de réfugiés.

Enfin, les systèmes de détermination du statut de réfugié doivent être effectifs et les politiques et systèmes doivent garantir la protection efficace des réfugiés et demandeurs d’asile et permettre de satisfaire leurs besoins élémentaires dans le respect des droits humains et de la dignité de la personne. L’un des obstacles majeurs à la satisfaction de ces besoins (logement convenable, nourriture, eau, électricité, soins de santé et éducation) est précisément le manque de moyens financiers. Raison pour laquelle le partage des responsabilités revêtent une importance essentielle. [23]

Amnesty International est consciente des difficultés auxquelles se heurtent de nombreux États lorsqu’il s’agit de fournir des logements ou des autorisations de travail, en particulier quand leur pays accueille de nombreux réfugiés. Toutefois, tous les États doivent agir de façon volontariste pour répondre aux besoins les plus fondamentaux des personnes réfugiées et en quête d’asile afin qu’elles puissent vivre dans la dignité, et doivent demander une aide internationale à cette fin.

Nouveaux préjugés

11. « Il faut prévoir un statut spécial pour les réfugiés  » FAUX

Créer un « statut spécial » pour les réfugiés serait illégal : la Convention de Genève prévoit explicitement que les réfugiés doivent se voir accorder « le même traitement en matière d’assistance et de secours publics [que les] nationaux ». C’est ainsi qu’en Belgique, ils ont droit au revenu d’intégration du CPAS. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ont les mêmes droits qu’un Belge qui a cotisé toute sa vie, comme le droit au chômage.

Autre proposition que l’on entend parfois, celle de limiter dans le temps le droit au séjour octroyé aux réfugiés. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, le statut de réfugié – contrairement au statut de protection subsidiaire – donne droit à un séjour illimité en Belgique. En théorie, la limitation dans le temps du droit au séjour des réfugiés est permise par le droit européen. Mais on peut se demander quel intérêt cette mesure aurait, sachant que la Belgique est tenue d’accueillir les réfugiés sur son territoire tant que leur crainte de persécution perdure, et qu’elle ne peut en aucun cas les refouler si les circonstances qui ont justifié la reconnaissance de leur statut existent toujours. Même limité, le séjour de la plupart d’entre eux devrait donc être renouvelé.

12. « Ils viennent seuls ici, et puis ils font venir toute leur famille  » VRAI ET FAUX

Le droit de vivre en famille est un droit fondamental, consacré par l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Pour tous, Belges comme étrangers.

Le regroupement familial est une procédure de séjour qui permet aux personnes d’origine étrangère ayant un membre de leur famille nucléaire en Belgique de venir le rejoindre, à certaines conditions. Donc, oui, une personne ayant obtenu un droit de séjour en Belgique peut faire venir son conjoint et ses enfants, pour qu’ils puissent vivre ensemble. C’est en effet – notamment parce qu’il n’en existe pas beaucoup d’autres – la principale voie d’entrée légale sur le territoire belge : environ 50% des titres de séjour accordés le sont pour des raisons familiales.

Et cela ne se fait pas en claquant des doigts ! Les critères pour pouvoir faire venir un membre de sa famille sont très stricts : il faut disposer de suffisamment de ressources financières, d’un logement adapté à l’accueil de la famille, prouver la stabilité de la relation… Même si les conditions ont été assouplies pour les réfugiés ou les bénéficiaires de protection subsidiaire, les procédures durent de longs mois et ont un coût qui peut être très élevé : redevance administrative de 160€ par personne, frais d’ambassade, frais de légalisation des documents d’état civil, tests ADN…

De nombreux migrants arrivent seuls et entament ensuite une démarche de regroupement familial, plutôt que de venir directement en famille. Pourquoi ? Parce que, très souvent, le parcours pour parvenir en Europe est particulièrement dangereux et coûteux (traversées par la mer via des passeurs, longues marches dans le désert…). Ce n’est que lorsqu’il a la possibilité de construire un avenir meilleur quelque part que le migrant va pouvoir faire venir sa famille, par la voie sûre et légale du regroupement familial.

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