Près de 70 000 signatures belges contre le viol remises à Sarah Schlitz

Violences sexuelles pétition

Ce vendredi, à l’occasion de la Journée internationale des droits humains, des représentants d’Amnesty International et de SOS Viol ont remis à la secrétaire d’État à l’Égalité des genres, à l’Égalité des chances et à la Diversité, Sarah Schlitz, une pétition signée par quelque 69 000 personnes en Belgique appelant les autorités à agir contre le viol et les violences sexuelles.

En marge de cette rencontre, des militant·e·s d’Amnesty International ont disposé devant le bâtiment où se situe le cabinet de la secrétaire d’État (la Tour des finances) un écran LED géant (4,48 m X 2,56 m) sur lequel a été diffusée une animation rappelant le message principal de la pétition et le nombre de personnes qui, en Belgique, l’ont signée.

Parallèlement, plusieurs militant·e·s se sont réparti·e·s de part et d’autre de l’écran avec des panneaux reprenant des messages rappelant que les violences sexuelles constituent une violation des droits humains tandis que d’autres ont déployé une bannière appelant la Belgique à mettre fin à ces violences. Enfin, des autocollants ont été disposés sur les marches menant à la Tour des finances avec le message : « step up against sexual violence ».

« Nous insistons pour rappeler que les droits des femmes, notamment les droits sexuels et reproductifs, sont aussi des droits humains »

« Alors que le 10 décembre continue encore à être qualifié de “Journée des droits de l’homme”, nous insistons pour rappeler que les droits des femmes, notamment les droits sexuels et reproductifs, sont aussi des droits humains. Le viol et les violences sexuelles bafouent gravement ces mêmes droits, expliquent Philippe Hensmans et Stéphanie Jacquet-Parienté, respectivement directeur de la section belge francophone d’Amnesty International et juriste à SOS Viol. Portant la voix de près de 70 000 citoyen·ne·s, nous avons transmis à Madame Schlitz leur demande insistante de voir la Belgique protéger effectivement sa population de ce fléau que sont le viol et les violences sexuelles. »

Le Plan d’action national : un important pas en avant

Dans cette optique, le Plan d’action national de lutte contre les violences basées sur le genre 2021-2025 (PAN) adopté il y a deux semaines a particulièrement retenu l’attention d’Amnesty International et de SOS Viol. Ce dernier est ainsi jugé comme étant un substantiel pas en avant par les deux organisations.

« Au cours de notre rencontre avec Madame Schlitz, nous avons insisté sur les efforts conséquents qui ont été réalisés, notamment dans la coopération avec les organisations spécialisées, qui ont été consultées. Nous sommes ainsi particulièrement satisfait·e·s de voir que le PAN intègre en grande partie nos principales recommandations et les exigences de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, autrement appelée Convention d’Istanbul. Ce PAN répond également aux demandes du Rapport alternatif sur la mise en œuvre par la Belgique de la Convention d’Istanbul rédigé en 2019 par la “Coalition Ensemble contre les violences”, dont Amnesty International et SOS Viol font partie », indiquent Philippe Hensmans et Stéphanie Jacquet-Parienté.

Amnesty International et SOS Viol appellent les autorités belges à lutter de toute urgence contre le problème des violences basées sur le genre

Amnesty International et SOS Viol soulignent particulièrement l’approche genrée du PAN, notamment en ce qui concerne la collecte de données ; la volonté de former les acteur·rice·s de première ligne, y compris les magistrat·e·s et les policier·ère·s ; ainsi que la prise en compte du problème des violences sexuelles sur le lieu de travail. Les organisations saluent également l’attention portée à certains groupes nécessitant une attention spécifique, comme les personnes migrantes, LGBTQI+ et en situation de handicap.

Malgré les nombreux et sérieux progrès qui caractérisent ce nouveau PAN, Amnesty International et SOS Viol ont toutefois fait part à la secrétaire d’État d’une série de réserves importantes, notamment en ce qui concerne les budgets et les possibilités d’évaluation de l’atteinte des objectifs du PAN.

« Nous avons obtenu des précisions sur les mécanismes prévus, qui sont une réponse à certaines de nos craintes concernant la mise en œuvre opérationnelle du Plan. Il n’en reste pas moins que des inconnues demeurent sur la manière dont les acteur·rice·s concerné·e·s – nombreux·euses – au niveau fédéral et au niveau des entités fédérées mettront en œuvre le PAN tel que prévu », précisent Philippe Hensmans et Stéphanie Jacquet-Parienté

Si Amnesty et SOS Viol se réjouissent du fait qu’une budgétisation a été prévue, les organisations insistent sur les efforts qui vont devoir être réalisés par les différentes entités, qui ne sont pas forcément repris dans ce budget. Dans ce cadre, plusieurs propositions ont été formulées à la secrétaire d’État par les représentant·e·s des deux organisations, comme la barémisation de la formation des policiers.

« Nous avons obtenu des précisions sur les mécanismes prévus, qui sont une réponse à certaines de nos craintes concernant la mise en œuvre opérationnelle du Plan »

« Nous avons enfin tenu à exprimer nos profondes préoccupations quant au sort des femmes seules demandeuses d’asile dans la situation que l’on connaît en face du Petit-Château. C’est une situation qui les rend très vulnérables, particulièrement face aux violences sexuelles, drame qui frappe d’ailleurs de façon régulière de nombreuses femmes sans titre de séjour ou avec un titre de séjour précaire », indiquent Philippe Hensmans et Stéphanie Jacquet-Parienté.

En réponse aux attentes formulées dans la pétition qui a été remise à Madame Schlitz, Amnesty International et SOS Viol appellent les autorités belges à lutter de toute urgence contre le problème des violences basées sur le genre et à remédier sans plus attendre à des situations nécessitant une réponse immédiate, comme les violences subies par les femmes sans titre de séjour ou avec un titre de séjour précaire, lesquelles ne sont protégées par aucun système de détection de violence et ne bénéficient d’aucune aide.

« Fort·e·s de ce mandat octroyé par près de 70 000 citoyen·ne·s, nous demeurerons, en collaboration avec d’autres organisations, très attentif·ve·s à la façon dont sera mis en œuvre ce PAN. Nous ne manquerons par ailleurs pas d’apporter notre soutien aux efforts qui seront déployés et d’interpeller les autorités chaque fois que ce sera nécessaire », concluent Philippe Hensmans et Stéphanie Jacquet-Parienté.

Complément d’information

En mars 2020, Amnesty International et SOS Viol ont rendu publics les résultats d’un sondage réalisé par l’institut Dedicated sur le viol et les violences sexuelles en Belgique, révélant une situation alarmante, notamment en matière de stéreotypes. Ainsi, parmi les personnes sondées, une sur deux avait été victime de violences sexuelles (47 %) ; une femme sur cinq de viol (20 %), de même qu’un jeune sur quatre (24 %) ; une victime de violence sexuelle sur deux y avait été exposée pour la première fois avant l’âge de 19 ans (48 %) ; et seules 14 % des femmes qui avaient porté plainte pour des faits de violence sexuelle se déclaraient satisfaites de cette démarche.

« Nous ne manquerons par ailleurs pas d’apporter notre soutien aux efforts qui seront déployés et d’interpeller les autorités chaque fois que ce sera nécessaire »

Face à cette situation, Amnesty International et SOS Viol ont notamment rédigé à l’attention des autorités belges toute une série de recommandations, rassemblées dans une pétition adressée aux Ministres-Présidents des entités fédérées et au Premier ministre – que les organisations ont rencontré en mars dernier – et lancé une grande campagne dont l’objectif prioritaire est d’amener la Belgique à faire plus et mieux pour lutter contre le viol et les violences sexuelles.

Une campagne parallèle dont le but est de sensibiliser en priorité les garçons et les jeunes hommes de 15 à 25 ans à la notion de consentement, #JDIWI, a également été lancée à la suite du sondage publié en mars 2020.

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