ANGOLA. Dans la province de Lunda-Nord, les maladies et des conditions de détention déplorables mettent en danger la vie des détenus

Index AI : AFR 12/009/2010 (Public)

ÉFAI - 6 août 2010

La santé et même la vie de trente-sept membres de la Commission sur le manifeste juridique et sociologique du protectorat des Lundas-Tchokwés (Comissão do Manifesto Jurídico Sociológico do Protectorado da Lunda Tchokwe – CMJSP-Lunda) sont menacées en raison des conditions de détention déplorables qui sont les leurs à la prison de Conduege à Dundo, capitale de la province diamantifère de Lunda-Nord. La majorité sont en détention depuis 16 mois, dans l’attente de leur procès ; la plupart, si ce n’est tous, sont malades, certains gravement.

Amnesty International craint pour la santé et la sécurité des détenus et appelle les autorités angolaises à les remettre en liberté avant leur procès, à leur fournir un traitement médical approprié et à améliorer les conditions de détention dans les prisons.

La plupart des détenus de la prison de Conduege sont très faibles après plus d’une année passée en détention dans des cellules surpeuplées et souffrent de maladies chroniques pour lesquelles ils ne reçoivent pas les soins appropriés. Leur état s’est aggravé en raison du manque d’hygiène et d’eau potable ainsi que de l’insuffisance et de la mauvaise qualité de la nourriture. L’alimentation et l’eau potable sont acheminées depuis la capitale Luanda et les réserves sont souvent épuisées avant que n’arrive la nouvelle livraison. Seuls quelques détenus peuvent compter sur leurs familles pour leur apporter à manger et des médicaments. Les familles de la majorité d’entre eux vivent à des centaines de kilomètres, dans des régions où n’existe pratiquement aucun moyen de transport. De nombreux détenus n’ont pas vu leurs familles depuis leur arrestation et leur transfert à la prison de Conduege en avril 2009.

De ce fait, la plupart des détenus sont malades à intervalles réguliers et souffrent de différents maux à différents moments. La plupart présentent des vomissements importants, des diarrhées sévères avec perte de sang dans les selles et les urines, mais ils souffrent aussi de malaria et de pneumonie, maladies pour lesquelles ils ne sont pas soignés. Certains souffrent de hernies, d’autres ont un abdomen distendu. Deux cas seulement auraient reçu un traitement médical, quoique insuffisant.

La privation de nourriture, l’absence de soins médicaux et les conditions déplorables dans lesquelles vivent ces détenus illustrent l’incapacité des autorités angolaises à assumer leurs responsabilités les plus fondamentales au regard du droit international.Si une action immédiate n’est pas entreprise, de nombreux détenus de Conduege pourraient perdre la vie.

Amnesty International est particulièrement inquiète pour la santé de Muatxina Chamumbala, qui est malade depuis sept mois et présente un abdomen distendu. Début juillet 2010, il a été conduit à l’hôpital provincial de Lunda-Nord, à Dundo, où il a subi un drainage abdominal. Au bout de trois jours, il a été ramené à la prison de Conduege où il se trouve toujours ; il serait très malade et ne recevrait aucun traitement médical.

Amnesty International appelle les autorités à libérer immédiatement ces détenus pour des raisons médicales, à leur fournir des soins médicaux appropriés et à améliorer les conditions de détention à Conduege.

La plupart des détenus ont été arrêtés entre le 1er et le 30 avril 2009 en plusieurs endroits des provinces de Lunda-Nord et Lunda-Sud, au nord et à l’est du pays. Quatre d’entre eux, Modesto Timóteo, Calisto Muatunda, Bento Magimo et Zeferino Rui Muagingo ont été arrêtés le 1er avril au poste de police de Cuango alors qu’ils venaient déposer une copie du manifeste de la CMJSP-Luanda. La police les a accusés de distribuer des tracts visant à déstabiliser l’ordre national et territorial en Angola ; les policiers les auraient frappés dans le but d’obtenir des informations sur les autres membres de la CMJS. Quelque 270 personnes ont ensuite été arrêtées dans les provinces de Lunda-Nord et Lunda-Sud et brièvement placées en détention. La plupart ont été libérées sans être inculpées au bout de quelques jours, mais 34 sont toujours en détention. Trois autres personnes ont été arrêtées le 12 février 2010.

En outre, Filipe Malakito, principal dirigeant de la CMJS, a été arrêté à Luanda, capitale de l’Angola, le 14 mai 2009. D’abord détenu sur une base de l’armée de l’air à Luanda, il a été transféré trois mois plus tard à l’hôpital de la prison de São Paulo où il est resté huit mois sous traitement pour ses jambes enflées. Il est actuellement détenu à la prison de Viana à Luanda. Deux autres membres de la CMJS arrêtés en janvier 2010 y sont également détenus.

Un autre détenu, Alberto Cabaza, serait malade ; les pieds très enflés, il serait aussi atteint de gale et serait laissé sans soins médicaux.

Tous les détenus ont été inculpés d’atteinte à la sécurité de l’État, au titre de l’article 26 de la loi 7/78 du 26 mai 1978, modifiée en 1992. L’article 26 stipule que tout acte non prévu par la loi, représentant un danger ou pouvant représenter un danger pour la sécurité de l’État, est passible de sanctions.

Amnesty International a demandé à de nombreuses reprises que cette disposition soit immédiatement supprimée car elle bafoue le principe de légalité en droit pénal. Formulée en termes trop vagues, elle ne permet pas aux personnes de savoir à l’avance si une action particulière est légale ou non. Cela signifie essentiellement que toute action considérée par les autorités comme une infraction deviendra une infraction même si elle ne figurait pas dans la loi comme telle au moment des faits. En outre, c’est une violation des normes du droit international relatif aux droits humains.

Leur procès, prévu le 12 novembre 2009, a été suspendu et reporté à une date indéterminée le jour de son ouverture en raison d’une irrégularité de procédure. Le tribunal provincial de Lunda-Nord a décidé qu’il n’avait pas la compétence nécessaire pour juger et a renvoyé l’affaire devant la Cour suprême de Luanda. Aucune autre date n’a été fixée pour le procès. Toutefois, Zeferino Rui Muagingo a été jugé en mai 2010 et condamné à quatre ans d’emprisonnement.

Amnesty International craint qu’ils ne soient des prisonniers d’opinion, arrêtés et détenus pour avoir appelé à l’autonomie de la région de Lunda-Tchokwe. Pour autant que l’organisation le sache, ils n’ont jamais usé de violence ni prôné le recours à la violence.

Complément d’information

La CMJS est un groupe politique constitué en 2007 qui réclame l’autonomie administrative et financière pour l’ancien Royaume de Tchokwe, qui englobe les provinces actuelles de Lunda-Nord, Lunda-Sud, Moxico et Kuando Kubango. En 2007, les membres de ce groupe ont adressé leur manifeste au président angolais José Eduardo dos Santos en vue d’obtenir l’ouverture de discussions sur l’autonomie de la région, mais ils n’ont pas reçu de réponse. Les autorités accusent la CMJS d’avoir une aile militaire, mais sans apporter de preuves. De plus, aucune activité militaire n’a été enregistrée dans les provinces de Lunda depuis la fin, en 2002, de la guerre civile entre forces gouvernementales angolaises et forces de l’UNITA - Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola.

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