L’Égypte doit mettre fin aux man ?uvres d’intimidation de la police visant la famille d’un détenu mort

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Index AI : PRE 01/012/2011

ÉFAI

11 janvier 2011

Mardi 11 janvier, Amnesty International a exhorté les autorités égyptiennes
à ordonner à la police de cesser de harceler et d’intimider les proches d’un
homme mort en détention des suites de torture, semble-t-il, après avoir
été arrêté dans le cadre de l’enquête sur l’attentat commis le 1er janvier contre une église copte à Alexandrie.


Sayyed Bilal
a été arrêté à Alexandrie le 5 janvier par des agents du Service de renseignement de la sûreté de l’État (SSI). Le lendemain, il
était mort. Ses proches ont porté plainte auprès du parquet d’Alexandrie,
en affirmant qu’il avait été torturé à mort. Depuis, ils auraient été menacés par les agents du SSI, qui les auraient avertis qu’ils pourraient être détenus et que d’autres membres de la famille pourraient mourir.

« La mort de Sayyed Bilal et les menaces signalées à l’encontre de sa famille sont très inquiétantes et montrent la persistance du comportement illégal du SSI, qui est depuis longtemps accusé d’avoir recours à la torture, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.


« Les autorités égyptiennes doivent prendre des mesures immédiates pour
protéger les proches de Sayyed Bilal, veiller à ce qu’une enquête indépendante soit menée sur sa mort et protéger les autres suspects
détenus de toute forme de torture ou d’autres mauvais traitements. »

Un autre jeune homme aurait disparu en détention au même poste de police d’Alexandrie et en même temps que Sayyed Bilal. Lundi 10 janvier, le parquet a ordonné une enquête pour déterminer le lieu où se trouve Mohamed Ismail Mahmoud, qui a également été arrêté le 5 janvier par des agents du SSI dans le cadre de l’affaire de l’attentat contre l’église copte et qui a été détenu, comme Sayyed Bilal, au poste de police d’al Labban.

L’attentat à l’explosif du 1er janvier contre une église copte d’Alexandrie, qui a fait 23 morts, a été suivi d’une vague d’arrestations de suspects - pour la plupart des salafistes (partisans de l’enseignement d’un islam radical) - dans cette ville. Un nombre indéterminé de personnes sont
détenues au secret et risquent fortement d’être torturées.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, Sayyed Bilal avait 32 ans et était en bonne santé quand il a été arrêté et placé en détention au poste de police d’al Labban, vraisemblablement soupçonné
de détenir des informations sur l’attentat du 1er janvier.

Le lendemain de son arrestation, le 6 janvier, ses proches auraient reçu un appel téléphonique provenant du Centre médical Zeqileh, près de ce poste de police. Quand ils sont arrivés à l’hôpital, il était mort, le corps couvert de blessures qu’ils attribuent à des actes de torture.

Depuis que sa famille a porté plainte et parlé aux médias, elle est soumise
à des man ?uvres d’intimidation de plus en plus intenses de la part d’agents du SSI.

Ses proches auraient été convoqués à deux reprises par le SSI et
prévenus qu’ils pourraient être arrêtés. Le frère de Sayyed Bilal et un autre membre de la famille auraient en outre été menacés de mort. Il semblerait qu’on leur ait indiqué que des mandats d’arrêt étaient déjà prêts et pouvaient être exécutés à tout moment.

Des policiers en civil sont postés autour de la maison de la famille Bilal pour empêcher celle-ci de rencontrer des défenseurs des droits humains et des journalistes. Par conséquent, elle aurait peur d’engager un avocat pour la représenter ou de se rendre auprès du parquet.


« Ces man ?uvres de harcèlement et d’intimidation doivent cesser
immédiatement, a souligné Malcolm Smart. Les autorités égyptiennes
doivent remuer ciel et terre pour faire la lumière sur ce qui s’est passé pour
qu’un homme apparemment en bonne santé meure quelques heures après son arrestation. »

Selon certaines sources, le parquet a ouvert une enquête et ordonné une autopsie. Cet examen a été réalisé, mais ses conclusions ne sont pas encore connues.


« Il est indispensable, dans les affaires de ce type, que les autorités agissent très rapidement pour enquêter sur le décès qui a eu lieu et recueillir tous les éléments utiles, notamment médicolégaux, a ajouté Malcolm Smart. Si Sayyed Bilal a été torturé à mort, les responsables
présumés doivent être traduits en justice - les agents du SSI ne doivent pas bénéficier d’une immunité, comme cela semble avoir été si
souvent le cas par le passé. »

Depuis de nombreuses années, le SSI est accusé d’avoir recours à la torture et à d’autres mauvais traitements contre des détenus. Très peu
d’agents de ce service ont été jugés, et aucun n’a jamais été reconnu coupable de torture.

Le procès exceptionnel d’un agent du SSI pour les actes de torture présumés qui auraient entraîné la mort d’un détenu, Mohamed Abdelkader al Sayyed, en 2003, a débouché sur son acquittement par un tribunal pénal du Caire en septembre 2007. D’après certains avocats, la famille de la victime aurait été soumise à des pressions du SSI pour qu’elle abandonne les poursuites.

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