MEXIQUE. Les autorités civiles doivent enquêter sur l’homicide de deux enfants commis par l’armée

ÉFAI - 18 juin 2010

Des militaires mexicains sont les seuls responsables de l’homicide de deux enfants commis le 3 avril à un barrage routier militaire au sud de Nuevo Laredo, dans l’État de Tamaulipas, a déclaré la Commission nationale des droits humains (CNDH) mercredi 16 juin.

D’après les conclusions de l’enquête menée par la CNDH, des preuves ont été falsifiées afin d’étayer la version infondée des enquêteurs militaires selon laquelle Martín et Bryan Almanza Salazar, respectivement neuf ans et cinq ans, ont été tués par des hommes armés appartenant à un cartel de la drogue.

« Cela nous rappelle de manière brutale que tous les cas d’atteintes aux droits humains impliquant des militaires doivent faire l’objet d’enquêtes minutieuses menées en toute transparence et impartialité et de procès organisés par des juridictions civiles », a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

Au Mexique, la quasi-totalité des violences imputées à des militaires font l’objet d’enquêtes et de procès menés par des juridictions militaires, ce qui prive les victimes et leurs proches de tout recours effectif à la justice.

« La fabrication de preuves mise au jour par l’enquête de la CNDH révèle de sérieuses failles dans les enquêtes militaires et explique peut-être pourquoi si peu de cas ont abouti à des poursuites, malgré la forte hausse du nombre d’allégations de violences perpétrées par des militaires depuis décembre 2006 », a affirmé Kerrie Howard.

Les remarques adressées par le ministre de l’Intérieur aux médias mexicains, remettant en question l’enquête de la CNDH, inquiètent également Amnesty International.

« Il est crucial que le gouvernement ne cherche pas à saper l’enquête de la CNDH mais qu’au contraire, il soutienne une enquête pénale civile minutieuse et impartiale », a ajouté Kerrie Howard.

Il est temps de mettre fin à la protection injustifiée que le dispositif judiciaire militaire apporte aux responsables de l’armée impliqués dans des cas d’atteintes aux droits humains, et qui leur permet de ne pas rendre compte de leurs actes.

Le rapport de la CNDH montre que les enquêteurs militaires n’ont pas pris en considération l’altération d’éléments de preuve ; toujours selon ce rapport, les autorités militaires et les fonctionnaires du Bureau du procureur général de la République, ont refusé de coopérer pleinement avec la CNDH dans le cadre de l’enquête. »

Complément d’information

Le 3 avril, Martín et Bryan Almanza Salazar, en compagnie de 11 membres de leur famille, ont quitté leur domicile de Nuevo Laredo et pris la direction de Matamoros pour passer le week-end au bord de la mer. Au moment où ils franchissaient le poste de contrôle militaire, le véhicule a été la cible de plusieurs coups de feu et de grenades. Plusieurs membres de la famille ont été blessés et les deux garçons sont morts. Lors d’une conférence de presse organisée plus tard par les enquêteurs militaires, ces derniers ont affirmé que la voiture avait été attaquée, au moment où elle passait un poste militaire, par des hommes armés appartenant à un cartel de la drogue, et que les balles et la grenade qui ont touché le véhicule des Almanza Salazar avaient été tirées par ces hommes et non par l’armée. En décembre 2009, Amnesty International a publié un rapport (en anglais), New reports of human rights violations by the military, (index AI : AMR 41/058/2009), qui recense des cas récents où les violences perpétrées par des militaires n’ont pas fait l’objet d’une enquête efficace des autorités militaires. Ce rapport souligne également la complicité de certaines autorités civiles, telles que le Bureau du procureur général de la République, qui gênent le déroulement des enquêtes.

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