RDC : LES ACTIVISTES CONGOLAIS DES DROITS HUMAINS EN LIGNE DE MIRE

Carte blanche

Bruxelles, le 4 juin 2010

Défendre les Droits humains en République Démocratique du Congo est un job dangereux ! C’est ce qu’a dû se dire Floribert Chebeya , activiste des droits humains, avant de mourir !

Mercredi matin , dans la banlieue de Kinshasa , il a été retrouvé mort dans sa voiture , abattu dans des circonstances peu claires. La veille , il était encore détenu dans un poste de police de la ville. Floribert Chebeya était président d’une des plus grandes organisations congolaises de défense des droits humains, La Voix des Sans Voix (VSV). Il fut de nombreuses fois arrêté et intimidé par les autorités . Il semble bien qu’il a finalement payé de sa vie son rôle essentiel. Sa mort est une perte majeure pour le monde de la défense des droits humains. Les autorités congolaises doivent immédiatement enquêter sur sa mort , poursuivre les responsables et les juger. Les personnes qui luttent pour les droits des autres doivent pouvoir poursuivre leur tâche librement et sans intimidation.

L’affaire Chebeya n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis l’année dernière, la répression contre les activistes des droits humains au Congo s’est amplifiée. Ils sont arbitrairement arrêtés, intimidés et reçoivent régulièrement des menaces de mort .

Les observateurs des Nations unies ont pu vérifier cette tendance négative . Il est à craindre que cette pression sur les défenseurs des droits humains se poursuivra dans le cadre des élections de 2011.

Les autorités congolaises devraient pourtant supporter ces activistes. Ils remplissent un rôle crucial dans la communauté , en dénonçant les atteintes aux droits fondamentaux et en défendant la population. Leur travail participe à la stabilité et au développement du pays.

Mais les autorités congolaises ne réussissent vraiment pas à protéger ces militants contre les violences et l’intimidation. Pire encore, les autorités se rendent elles-mêmes coupables de violences contre eux. Le Service National de Renseignements , sous le contrôle direct du président Joseph Kabila, est responsables de nombreux enlèvements et arrestations arbitraires.

Les membres de la police, de l’armée et des services de sécurité ont souvent fait partie dans le passé de milices armées. Les nouvelles recrues ne font l’objet d’aucun « screening » quant à leur passé d’exactions en matière de droits humains. L’armée, la police et les autre services de sécurité peuvent impunément fouler au pied les droits fondamentaux. Il est par exemple particulièrement honteux que Bosco Ntaganda, soupçonné par ailleurs du recrutement d’enfants soldats, se promène en toute impunité et a même obtenu un poste dans l’armée congolaise !

Et voilà bien le paradoxe : des défenseurs des droits humains doivent être protégés par ceux-là même qu’ils accusent d’atteintes à ces droits... Tant que les autorités congolaises ne mettront pas d’ordre dans leurs affaires et ne chasseront pas de la police et de l’armée leurs membres coupables de violations des droits humains, puis les poursuivront et les traduiront en justice, l’aide de la Force de Paix des Nations unies sera indispensable pour protéger ces activistes. Le retrait des troupes des Nations unies ne sera possible qu’au moment où les forces de sécurité congolaises seront elles-mêmes capables de protéger la population, en total respect des droits humains et du droit humanitaire international. La communauté internationale est redevable au peuple congolais de soutenir les militants des droits humains de toutes les manières possibles.

Le soutien moral sera aussi apprécié ! Fin juin, notre roi participera à Kinshasa aux festivités du 50ème anniversaire de l’indépendance du Congo. Ce sera sans doute une visite éclair, mais le roi devrait au minimum trouver une petite heure pour un entretien avec quelques activistes des Droits humains congolais. Malheureusement, un entretien avec Floribert Chebeya ne relève plus du domaine du possible, mais beaucoup de ses collègues sont plus que jamais prêts pour poursuivre leur combat en faveur d’un meilleur Congo ! Ils sont aussi prêts à entendre un mot du roi . Ceci serait un signal clair pour les autorités congolaises de leur devoir à reconnaitre l’importance et la légitimité des défenseurs des droits humains , et de les protéger réellement !

Philippe Hensmans -
Directeur Amnesty International Belgique

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