Soudan du Sud, la répression des critiques dépasse les frontières

Un nouveau rapport d’Amnesty International révèle que les autorités du Soudan du Sud ont accentué ces derniers mois leur répression de l’opposition pacifique en menant jusqu’au-delà de leurs frontières une campagne de harcèlement, d’intimidation et d’attaques contre leurs détracteurs afin d’empêcher une série de manifestations internationales concernant l’action du gouvernement.

Ces manifestations organisées par le mouvement Carton rouge, un groupe de jeunes sud-soudanais ouvert à toute personne favorable à la non-violence, devaient se dérouler le 16 mai à Djouba, la capitale du pays, et dans d’autres villes du monde. Elles n’ont pas eu lieu à Djouba.

« Il est dommage que les autorités ne saisissent pas le rôle central que jouent le respect, la protection et la promotion des droits humains dans la croissance et le développement du pays, a déclaré Joan Nyanyuki, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs.

« Le gouvernement du Soudan du Sud doit dénoncer publiquement l’escalade du harcèlement, de l’intimidation et des attaques visant des personnes qui n’ont fait qu’exercer leur droit à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association, et cesser de s’en prendre à ses détracteurs dans le pays et à l’étranger. »

Menaces du gouvernement

Juste avant les manifestations du 16 mai, de hauts responsables du gouvernement sud-soudanais ont formulé des menaces à peine voilées à l’encontre des organisateurs et des participants.

Le 7 mai, le ministre de l’Information, Michael Makuei Lueth, a menacé les manifestants de conséquences fatales s’ils prenaient part aux rassemblements prévus. « Ceux qui veulent manifester sont libres de le faire mais doivent se préparer aux conséquences. Nous connaissons les meneurs. Nous ne voulons pas que des jeunes meurent encore », a-t-il déclaré à l’antenne de la station sud-soudanaise Radio Tamazuj.

Par la suite, des agents du Service national de la sûreté (NSS) et de l’armée ont procédé à des perquisitions systématiques, de jour comme de nuit, chez des personnes soupçonnées d’être membres ou sympathisantes du mouvement Carton rouge. Les autorités ont en outre déployé un grand nombre de soldats à Djouba et fermé des lieux publics.

Garang Aher, 30 ans, a été arrêté par trois agents du NSS à son domicile le 19 mai, accusé de liens avec le mouvement après que son numéro de téléphone a été trouvé dans une conversation WhatsApp de ce groupe communiquée aux services de sécurité. Il a été libéré le 23 mai.

Le président Salva Kiir a de nouveau évoqué des conséquences fatales pour les manifestants le 21 mai : « Ceux qui vous disent d’aller devant le gouvernement et de protester, ne savent-ils pas qu’il pourrait arriver n’importe quoi et que des gens pourraient mourir ? Si le gouvernement ferme son esprit et décide d’utiliser des armes automatiques, pourquoi voulez-vous mourir en vain ? »

Des hommes en noir

Alors que les manifestations organisées devant les représentations diplomatiques du Soudan du Sud en Australie, aux États-Unis et au Soudan ont pu se dérouler librement, les manœuvres d’intimidation et de harcèlement de membres du mouvement Carton rouge au Soudan du Sud ont également été employées en Éthiopie et au Kenya.

Deux cadreurs couvrant une manifestation pacifique devant l’ambassade du Soudan du Sud à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, ont été agressés physiquement.

« J’ai vu l’employé de l’ambassade gifler l’homme qui filmait et un autre homme pousser brutalement un second cadreur, qui a pris de violents coups au visage », a raconté un témoin à Amnesty International.

Au Kenya, des membres du mouvement Carton rouge ont été menacés d’être arrêtés et renvoyés à Djouba, où ils seraient alors soumis à une disparition forcée. L’un d’eux a indiqué à Amnesty International que ces menaces étaient d’une franchise troublante.

D’autres Sud-Soudanais qu’ils pensent être des informateurs du NSS les ont accusés de « vouloir donner une mauvaise image du Soudan du Sud, comme Dong et Aggrey », en ajoutant : « Voyez, maintenant ils sont morts. Si vous voulez emprunter cette voie, les conséquences suivront. »

Ces militants ont également affirmé à Amnesty International qu’ils étaient suivis par des hommes en costume noir. « Des anonymes nous suivent. Quand nous nous arrêtons, ils s’arrêtent. Quand nous arrivons quelque part, ils arrivent aussi. Nous sommes en danger et en fuite. »

Ces manœuvres d’intimidation et de harcèlement ont continué après les manifestations manquées du 16 mai. Le 9 juillet, date anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud, des membres et sympathisants du mouvement ont organisé un rassemblement pacifique devant l’ambassade du pays à Nairobi, la capitale du Kenya.

Ils ont été dispersés par la police kenyane bien qu’ils aient respecté l’obligation légale de l’avertir de la manifestation prévue. Trois d’entre eux ont été arrêtés et inculpés de rassemblement illégal. Ils ont été libérés sous caution le lendemain et ont affirmé à Amnesty International qu’ils avaient été battus par des policiers.

« Le peuple sud-soudanais doivent pouvoir jouir de ses droits humains, y compris le droit à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association. Les gens devraient être libres de critiquer leur gouvernement et ses actions sans crainte de représailles », a déclaré Joan Nyanyuki.

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