Sri Lanka, il faut en finir avec la discrimination des personnes LGBTI

Une nouvelle bande dessinée publiée par Amnesty International, Spectrum, met en lumière les parcours de personnes LGBTI au Sri Lanka marqués par la discrimination et le harcèlement.

Les autorités sri-lankaises doivent mettre fin aux discriminations visant les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI), a déclaré Amnesty International le 7 décembre 2019 à l’occasion de la publication d’une bande dessinée racontant les luttes des personnes LGBTI au Sri Lanka.

Intitulé "Spectrum : Four Stories of Discrimination Faced by LGBTI People in Sri Lanka”, cet album raconte quatre histoires vraies témoignant des discriminations et des violences que subissent les LGBTI au Sri Lanka dans leur vie quotidienne, depuis les railleries au travail jusqu’aux actes de harcèlement de la police.

«  Être persécuté en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre n’a pas sa place dans notre monde aujourd’hui et pourtant, des citoyens au Sri Lanka continuent de subir des discriminations, des violences et une absence totale de protection en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre réelle ou présumée  », a déclaré Rehab Mahamoor, assistante de recherche sur l’Asie du Sud à Amnesty International.

La BD retrace le parcours et les expériences de Manju, Samanali, Kiruthika et Thenu et témoigne des façons diverses et très inquiétantes dont la police gère les affaires impliquant des personnes LGBTI, les traitant bien souvent comme des criminels alors que ce sont elles les victimes. Le tabou sociétal sanctionne les personnes LGBTI au niveau de l’emploi, du logement et de l’éducation, ce qui compromet leur capacité à accéder à des services essentiels pour réaliser leurs droits fondamentaux.

« Personne ne devrait être en butte à des discriminations sur la base de son orientation sexuelle ou identité de genre, mais le Sri Lanka a fait peu de progrès s’agissant d’écarter les lois discriminatoires. Il faut créer un environnement plus sain pour les LGBTI avant que la situation ne se dégrade davantage. Il importe d’abroger les lois qui favorisent un climat délétère et de mettre en place sans attendre des protections qui contribuent à faire respecter les droits des personnes LGBTI », a déclaré Rehab Mahamoor.

En 1883, les Britanniques, qui avaient pris le contrôle de l’île du Sri Lanka, ont promulgué le Code pénal, principal corpus législatif qui définit ce qu’est un crime au Sri Lanka. Les articles 365 et 365 A interdisaient les « relations charnelles contre-nature » et les actes de « grossière indécence ». Le Code pénal ne donnait pas d’explication précise sur ce que recouvraient ces actes, mais ces lois coloniales vagues et générales adoptées il y a 136 ans sont toujours invoquées aujourd’hui pour s’en prendre aux personnes LGBTI au Sri Lanka.

Les artistes Gimhani Galagedera, Madhri Samaranayake, Shenuka Corea et Akiel Surajdeen ont collaboré avec Amnesty International pour écrire Spectrum.

Complément d’information

Parallèlement aux articles 365 et 365 A, l’article 399 du Code pénal sri-lankais interdit toute « usurpation d’identité », à savoir prétendre être quelqu’un d’autre ou dire à une tierce personne que l’on est quelqu’un que l’on n’est pas. Il est fréquemment invoqué contre les personnes transgenres, accusées de « prétendre » être d’un genre différent.

Une autre réglementation, l’ordonnance sur le vagabondage, adoptée il y a 178 ans, est utilisée pour cibler de manière disproportionnée les personnes LGBTI et permet aux policiers de les placer en garde à vue et même de les incarcérer, en vue de leur extorquer de l’argent ou de les harceler.

La Constitution du Sri Lanka protège le droit fondamental à l’égalité (article 12). Lors de l’examen de la situation au regard du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) en 2014, le Sri Lanka a confirmé que l’article 12 interdit les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Cependant, ce droit est rarement protégé lorsqu’il s’agit de personnes LGBTI et elles sont toujours harcelées, marginalisées et soumises à des violences sur la base de leur orientation sexuelle ou identité de genre réelle ou présumée.

Au cours de son 3e cycle de l’Examen périodique universel en novembre 2017, le Sri Lanka a déclaré que le pays a entamé un processus afin de « prendre des mesures visant à garantir le droit de ne pas être exposé à des discriminations, entre autres, fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ». Il a particulièrement mis l’accent sur son engagement à réformer le Code pénal. À ce jour toutefois, aucune avancée n’a été constatée sur la voie de la réforme.

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