Afghanistan : l’ordre donné par le chef des talibans de réduire les pertes parmi les civils relève de l’« hypocrisie »

Les affirmations de la direction des talibans d’Afghanistan selon lesquelles le mouvement essaierait de réduire les pertes parmi les civils sont contredites par les actions du groupe, a déclaré Amnesty International mardi 8 novembre.

Dans un message pour marquer la fête religieuse de l’Aïd, le chef des talibans le mollah Omar a détaillé une liste d’instructions que ses commandants devraient suivre pour réduire les morts de civils, dont un grand nombre sont provoquées par les talibans et les autres groupes d’insurgés.

Le mollah Omar a laissé entendre que la majorité de ces pertes étaient dues au fait que les Afghans étaient pris entre deux feux entre les talibans et les forces internationales. Il n’a absolument pas fait allusion aux attentats dirigés contre la population ou ayant atteint un très grand nombre de civils.

« La population afghane accueillerait bien évidemment avec satisfaction toute initiative visant à réduire le nombre de victimes parmi les civils », a déclaré Sam Zarifi, directeur d’Amnesty International pour l’Asie et le Pacifique.

« Cependant, le message du mollah Omar semble empreint d’hypocrisie et relever plus de la propagande que du réel désir de protéger les civils. Il suggère dans ses propos que la majorité des morts parmi les civils seraient accidentelles et pourraient être évitées si les Afghans se tenaient loin des troupes étrangères. »

« Il ne donne pas l’ordre à ses commandants de mettre fin aux meurtres ciblés ou de cesser d’avoir recours aux attentats suicides ou aux engins explosifs improvisés dans les zones civiles. »

Bien que le nombre de pertes civiles causées par les forces de l’OTAN ait diminué, les bombardements aériens, opérés en particulier par les drones sans pilote, attisent le ressentiment de la population.

Des données récentes de l’ONU montrent que les insurgés sont responsables de 80 % des morts et blessés civils en Afghanistan.

Amnesty International dispose d’informations qui montrent que les talibans et les autres groupes d’insurgés se cachent souvent derrière des civils, les mettant délibérément en danger, et qu’ils ont procédé à un nombre accru d’attentats dans des lieux densément peuplés de civils tels que des hôpitaux, des écoles et des mosquées. Les talibans ont tué une enseignante dans une école de filles en mai cette année, et des insurgés ont attaqué et tué des femmes députées.

Selon certaines informations, les talibans et d’autres groupes enrôleraient de plus en plus d’enfants dans leurs rangs ou comme auteurs d’attentats suicides.

Les insurgés ont également multiplié l’utilisation d’engins explosifs improvisés et ont pris pour cibles les civils afghans travaillant pour le gouvernement, ainsi que leurs proches. Parmi leurs victimes figure le fils d’un policier âgé de onze ans qui a été pendu parce qu’il était soupçonné d’« espionnage ».

Dans son message de l’Aïd, le mollah Omar a demandé à ses combattants de cesser de menacer les civils ; de faire état à leurs supérieurs des morts et des blessés parmi les civils ; d’enquêter sur les violations signalées et de punir les personnes reconnues coupables de ces violences.

Cependant Sam Zarifi considère qu’il y a beaucoup plus à faire.

« Le dirigeant taliban semble suggérer que certaines catégories de civils constitueraient des cibles légitimes, a déclaré Sam Zarifi. C’est totalement faux. Le droit international humanitaire dispose que nul ne doit prendre pour cibles les civils, quelle que soit leur affiliation politique. »

« Les talibans et les autres groupes armés afghans connaissent bien le droit de la guerre et y ont recours quand ils en ont besoin ;leur stratégie actuelle semble consister à violer systématiquement ces principes en mettant en danger les civils.  »

Amnesty International a demandé à la Cour pénale internationale d’ouvrir une enquête sur le conflit en Afghanistan.

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