Afghanistan. Le recours croissant aux exécutions n’est pas la voie à suivre

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le gouvernement afghan doit immédiatement annuler les condamnations à la peine capitale prononcées contre 111 personnes qui se trouvent actuellement dans l’antichambre de la mort, a déclaré Amnesty International ce mercredi 12 novembre 2008, après avoir reçu des informations faisant état de neuf exécutions depuis la semaine dernière, ce qui laisse à penser que d’autres mises à mort pourraient suivre.

Ce recours soudain à de nombreuses exécutions est très préoccupant, étant donné que le système judiciaire naissant en Afghanistan est globalement incapable de mener des procès équitables et justes, a affirmé Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Les autorités doivent imposer un moratoire immédiat sur toutes les exécutions en Afghanistan, aux fins d’abolir tout recours à cet horrible châtiment.

Le président Hamid Karzaï, à qui il incombe de signer les ordres d’exécution, a récemment approuvé les condamnations à mort d’au moins 111 personnes. Pour beaucoup, à travers cette mesure, il cherche à renforcer sa popularité au sein de la population afghane qui se plaint de plus en plus de la hausse de la criminalité et de l’incapacité du gouvernement à imposer l’état de droit.

Rien ne prouve que la peine de mort ait un effet dissuasif sur la criminalité où que ce soit dans le monde, et en Afghanistan pas plus qu’ailleurs , a indiqué Sam Zarifi. Si le président Hamid Karzaï souhaite véritablement faire montre de sa volonté de lutter contre la criminalité et d’étendre le respect de l’état de droit, il doit commencer par s’attaquer aux très haut responsables gouvernementaux confrontés à des accusations crédibles de graves atteintes aux droits humains et engagés dans des entreprises criminelles, ainsi qu’au commerce de la drogue florissant en Afghanistan.

Les exécutions qui viennent d’avoir lieu sont les premières depuis octobre 2007, date à laquelle le gouvernement a mis à mort 15 condamnés.

Les talibans, au pouvoir jusqu’en 2001, ont largement recouru à la peine capitale. Après la chute de leur régime, le nouveau gouvernement a observé un moratoire volontaire qui a pris fin trois ans plus tard avec l’exécution d’Abdullah Shah en avril 2004. Selon le droit afghan, toutes les condamnations à mort doivent être approuvées par trois instances (tribunal de première instance, cour d’appel et Cour suprême) avant d’être soumises au président, qui signe l’ordre d’exécution ou gracie les accusés.

Il peut s’agir de l’amorce d’une campagne lancée par certaines autorités pour réintroduire les politiques répressives des talibans, a ajouté Sam Zarifi. Le gouvernement afghan a le droit et la responsabilité de traduire en justice les personnes soupçonnées d’infractions pénales. Toutefois, pour que justice soit rendue, la procédure doit respecter les normes internationales fondamentales d’équité et satisfaire aux normes relatives aux droits humains. La peine de mort constitue le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit.

En Afghanistan, la peine de mort est prononcée pour des crimes comme l’enlèvement, le meurtre et le viol. Cependant, la majorité des procédures judiciaires sont entachées de graves irrégularités, tant sur le fond que sur la forme, notamment l’incapacité de la police et de la justice à mener des enquêtes dignes de ce nom, l’ingérence politique dans les procédures d’enquête et judiciaires, et les difficultés que rencontrent les détenus pour consulter un avocat.

Le président Hamid Karzaï a fait savoir dans une déclaration publique qu’il ne cèderait pas à la pression exercée sur son gouvernement par la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains en vue de ne plus recourir à la peine de mort.

Le chef d’état-major afghan s’était engagé en 2003 auprès d’Amnesty International à maintenir le moratoire sur les exécutions tant que la réforme judiciaire était en cours. Nous prions instamment le président Hamid Karzaï de réaffirmer publiquement cet engagement , a conclu Sam Zarifi.

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