AFGHANISTAN - Les agressions contre les femmes se poursuivent du fait de l’absence systématique de protection

Index AI : ASA 11/008/2005

« En ce moment, il y a des questions plus préoccupantes [...] les fonctionnaires ont l’esprit trop pris pour s’occuper des droits des femmes. C’est une question de priorités. »
Interview d’Amnesty International avec le gouverneur de Kandahar, 13 septembre 2004

« Il y a peu de femmes dans le pays qui ne subissent pas, ou ne risquent pas de subir, de violences » peut-on lire dans le nouveau rapport d’Amnesty International sur l’Afghanistan rendu public ce lundi 30 mai 2005.

Les femmes courent quotidiennement le risque d’être enlevées et violées par des hommes armés, mariées de force ou utilisées comme monnaie d’échange pour régler un contentieux ou une dette. Elles sont confrontées à la discrimination de la part de tous les secteurs de la société et de tous les agents de l’État. La violence contre les femmes est largement acceptée au sein de la société afghane, et les plus hautes instances gouvernementales et judiciaires ne mettent pas en œuvre les mesures adéquates pour en venir à bout. Les autorités n’ouvrent que très rarement des enquêtes sur les plaintes pour l’agression, le viol, le meurtre ou le suicide d’une femme et il est fort rare que ces investigations débouchent sur des poursuites.

« Les codes en vigueur dans la société, invoqués au nom de la tradition et de la religion, servent de justification au déni des droits fondamentaux des femmes, a déclaré Amnesty International. Les actes perçus comme une transgression de ces codes donnent parfois lieu à l’incarcération, voire au meurtre, d’une femme. Dans certains cas, les autorités traitent comme des criminelles et incarcèrent les femmes essayant de fuir ces situations. »

Alors que l’Afghanistan est en cours de reconstruction après de nombreuses années de conflit, des centaines de femmes et de jeunes filles continuent d’être victimes de violences aux mains de leur mari, de leur père, de leurs frères, d’hommes armés, de systèmes de justice parallèles et même d’institutions telles que la police ou la justice. Les mariages forcés seraient en augmentation, et certaines femmes se sont tuées, parfois en s’immolant, pour y échapper.

« Alors que les maris, frères et pères demeurent les principaux auteurs des violences au foyer, le contrôle social et le pouvoir qu’ils exercent ne cesse d’être renforcés par les autorités de l’État et les systèmes judiciaires informels », a souligné Amnesty International.

Dans son nouveau rapport, l’organisation souligne que les autorités afghanes ont l’obligation de s’abstenir de commettre des violations des droits humains, et de protéger les femmes contre les violences commises non seulement par des agents de l’État mais aussi par des particuliers. Une réforme de la justice pénale est indispensable pour assurer la protection de toutes les femmes afghanes, et l’État se doit de leur fournir une protection juridique.

Aux termes des normes internationales relatives aux droits humains, l’Afghanistan doit faire en sorte que les droits des femmes soient respectés dans le pays, y compris le droit à l’égalité, la vie, la liberté et la sécurité et le droit à ne pas être soumises à la discrimination, à la torture et aux traitements cruels, inhumains et dégradants. Le rapport d’Amnesty International met en évidence l’incapacité des autorités afghanes à respecter, protéger et faire respecter les droits de femmes, des jeunes filles et des fillettes. Il met l’accent sur la nécessité pour l’État de prendre ses responsabilités et de faire le nécessaire pour que les Afghans et les Afghanes jouissent pleinement du droit à vivre sans subir de violences.

L’organisation appelle le gouvernement afghan à prendre au moins les mesures suivantes pour mettre fin à la discrimination et aux violences systématiques en Afghanistan :

 condamner publiquement et sans équivoque tout acte violent à l’encontre des femmes, jeunes filles et fillettes, qu’il s’agisse d’actes commis au sein de la famille, résultant de décision de systèmes parallèles ou perpétrés par des agents de l’État ;

 poursuivre la réforme de la justice pénale en mettant l’accent en particulier sur la formation des juristes et des policiers en ce qui concerne la promotion et la protection des droits des femmes ;

 modifier ou abolir les lois (telles que le Code pénal), règlements, règles du droit coutumier ou pratiques qui sont discriminantes pour les femmes en ce qui concerne la famille ou qui permettent qu’une telle discrimination existe.

L’organisation demande simultanément aux pays donateurs d’encourager et d’aider le gouvernement afghan à mettre fin aux crimes contre les femmes en s’engageant réellement à reconstruire l’Afghanistan de telle façon que les femmes et les jeunes filles puissent y jouir pleinement de leurs droits.

Le rapport complet (en anglais) peut être consulté sur le site de l’organisation à l’adresse suivante :
http://web.amnesty.org/library/index/engasa110072005.

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d’Amnesty International, au 02 543 79 04, ou consulter les sites http://www.amnestyinternational.be et http://www.amnesty.org.

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