Communiqué de presse

Afghanistan. Les défenseures des droits humains menacées.

En Afghanistan, les défenseures des droits humains, qui sont la cible de violences croissantes - menaces, agressions sexuelles et assassinats -, sont abandonnées par leur propre gouvernement malgré les avancées considérables qu’elles ont obtenues de haute lutte, a déclaré Amnesty International dans un nouveau rapport diffusé mardi 7 avril.

Ce document, intitulé Their Lives On The Line , fournit des informations sur la manière dont les défenseures des droits des femmes et des filles, dont des médecins, des policières, des journalistes et des militantes sont prises pour cible non seulement par les talibans mais également par des chefs de guerre et des représentants du gouvernement. Les lois censées les soutenir ne sont pas bien appliquées, quand elles le sont, tandis que la communauté internationale en fait bien trop peu pour améliorer leur situation.

Des défenseures des droits humains sont aux prises avec des attentats à la voiture piégée, des attaques à la grenade contre leur domicile, l’homicide de membres de leur famille, ou sont assassinées. Beaucoup poursuivent leur action malgré le nombre d’attaques qu’elles ont subies, tout en sachant que rien ne sera fait contre leurs agresseurs présumés.

« Des défenseures des droits humains de tous les horizons se sont courageusement battues ces 14 dernières années afin d’obtenir certaines avancées cruciales - beaucoup d’entre elles ont payé ce combat de leur vie. Il est scandaleux que les autorités afghanes les laissent se débrouiller seules, alors que leur situation n’a jamais été aussi dangereuse », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, présent à Kaboul pour le lancement du rapport.

« Le retrait des troupes étant presque achevé, trop de membres de la communauté internationale semblent avoir hâte de se décharger de l’Afghanistan. Nous ne pouvons simplement pas abandonner ce pays et ceux qui mettent leur vie en jeu pour les droits humains, en particulier les droits des femmes. »

La communauté internationale s’est beaucoup investie en faveur des Afghanes, s’efforçant notamment de renforcer les droits des femmes dans le pays. Mais beaucoup de ces initiatives ont été fragmentaires et introduites au cas par cas, et une grande partie des fonds se tarissent peu à peu.

Si les talibans sont responsables de la majorité des attaques contre les défenseures, des représentants du gouvernement ou de puissants chefs locaux bénéficiant de l’appui des autorités sont de plus en plus souvent impliqués dans les violences et les menaces contre les femmes.

Comme l’a expliqué une défenseure : « La menace vient désormais de tous les côtés : il est difficile de déterminer qui est l’ennemi. Il pourrait s’agir de proches, de membres des forces de sécurité, de talibans, de politiciens. »

S’appuyant sur des entretiens avec plus de 50 défenseures des droits humains et leur famille à travers le pays, Amnesty International a constaté que trop souvent, les autorités ignoraient les menaces visant les femmes ou refusaient de les prendre au sérieux. Très peu d’enquêtes ont été menées, et les poursuites et condamnations sont très rares. Dans de nombreux cas, les défenseures ayant signalé des violences ou des attaques ont été exposées à un danger accru, stigmatisées ou menacées pour s’être simplement exprimées en public.

Aucune figure publique féminine n’est en sécurité - les victimes de menaces et de violences sont des militantes en faveur des droits humains, des politiciennes, des avocates, des journalistes, des enseignantes. Même les femmes appartenant aux forces de l’ordre sont menacées. Le harcèlement, sexuel ou autre, est très répandu dans les rangs de la police et reste presque toujours impuni.

Dans la province du Laghman (est du pays), Shah Bibi est la directrice du Département des affaires féminines, et continue son action visant à renforcer les droits des femmes bien que de nombreuses menaces de mort l’aient forcée à s’installer dans une autre province.

« Chaque jour quand je quitte mon domicile, je me dis que je ne rentrerai pas vivante, et mes enfants ont aussi peur que moi que les talibans m’attaquent. »

Ses deux prédécesseures – Najia Sediqi et Hanifa Safi – ont été tuées en 2012 en l’espace de six mois, par des hommes armés en pleine journée et dans un attentat à la voiture piégée respectivement. Histoire désormais familière, des proches ont raconté à Amnesty International que les menaces de mort dont elles faisaient régulièrement l’objet n’avaient donné lieu à aucune réaction de la part des autorités, bien que ces femmes aient sollicité une protection à de nombreuses reprises. Personne n’a été amené à rendre de comptes pour ces homicides.

Malgré l’existence d’un cadre juridique relatif à la protection des femmes en Afghanistan - due en grande partie à l’action inlassable de militants en faveur des droits des femmes - les lois sont souvent mal appliquées et restent des promesses faites sur papier.

La loi de 2009 relative à l’élimination de la violence contre les femme, texte ayant fait date, est mise en œuvre de manière inégale et n’a donne lieu qu’à un nombre limité de condamnations. L’enquête menée par Amnesty International a montré que l’absence de volonté politique dont font preuve les autorités afghanes signifie que les organes gouvernementaux et les fonctionnaires chargés de protéger les femmes ne sont pas dotés de ressources suffisantes et ne bénéficient pas du soutien requis pour effectuer leur travail.

La violence contre les femmes et les filles est en outre communément acceptée et considérée comme un aspect « normal » de la vie, de même que les restrictions à leur capacité à participer librement à la vie publique.

Amnesty International lance plusieurs appels dans son rapport. La protection, en particulier pour les personnes se trouvant dans des zones rurales, est essentielle. Il ne saurait y avoir aucune discrimination dans le niveau de protection qui leur est accordée. Il faut ouvrir des poursuites, en utilisant la législation adéquate. Il faut lutter contre la culture du harcèlement au sein des institutions publiques, et les autorités doivent remettre en question les comportements débouchant sur des violations.

« Le gouvernement afghan ferme les yeux sur les menaces très réelles auxquelles les défenseures des droits humains sont confrontées. Ces personnes courageuses - qui pour la plupart essaient simplement de faire leur travail - sont le rempart contre l’oppression et la violence qui sont le quotidien de millions de femmes dans le pays. Le gouvernement doit garantir qu’elles soient protégées, et non pas ignorées  », a déclaré Horia Mosadiq, spécialiste de l’Afghanistan à Amnesty International.

Si de nombreux gouvernements ont alloué des centaines de millions de dollars à des projets soutenant les droits des femmes depuis 2001, leur démarche n’est pas allée assez loin. Ces projets se sont trop souvent concentrés sur des progrès à court terme, et ont été mis en place sans que les militantes en faveur des droits des femmes elles-mêmes n’aient été consultées.

Le retrait des troupes internationales étant presque achevé, même ces gains fragiles sont menacés.

L’Union européenne et plusieurs missions diplomatiques ont récemment lancé un programme qui, une fois opérationnel, proposera une protection d’urgence et un suivi continu pour les défenseurs des droits. Cette stratégie n’a cependant pas encore été testée, et on ignore encore si sa mise en œuvre sera efficace.

«  Le futur de l’Afghanistan est incertain, et le pays est sans doute arrivé au moment le plus critique de son histoire récente. Le départ des gouvernements internationaux est prématuré », a déclaré Salil Shetty.

« La communauté internationale doit poursuivre son engagement et le gouvernement afghan ne peut continuer à faire fi de ses obligations en matière de droits humains. »

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