Afghanistan : Les femmes ne se tairont plus

Les Afghanes doivent avoir leur mot à dire en ce qui concerne l’avenir de leur pays, a déclaré Amnesty International le 8 mars 2019 à l’occasion de l’inauguration d’une fresque murale à Kaboul rendant hommage à leurs incroyables avancées.

Dans le cadre de la campagne d’Amnesty International Osons le courage, qui vise à promouvoir les droits des défenseurs des droits humains, cette fresque dépeint des Afghanes manifestant pour leurs droits, réclamant l’égalité et élevant leurs voix en faveur de la justice.

C’est la deuxième fresque qu’Amnesty International dévoile à Kaboul dans le cadre de sa campagne Osons le courage, ou « Shuja » en langue dari. La première était dédiée à la mémoire des journalistes tués alors qu’ils faisaient leur travail, et représentait le célèbre photographe afghan Shah Marai de l’Agence France Presse (AFP) tenant à la main son appareil photo.

« Les femmes afghanes sont connues pour leur détermination et nous leur rendons hommage à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Malgré plus de 17 années de conflit, elles ont obtenu des avancées remarquables. Elles sont avocates, médecins, juges, enseignantes, ingénieures, athlètes, militantes, responsables politiques, journalistes, bureaucrates, gèrent leurs propres entreprises et sont dans les rangs de l’armée et de la police, a déclaré Samira Hamidi, chargée de campagne sur l’Asie du Sud à Amnesty International.

« Les femmes sont en première ligne des appels à la paix en Afghanistan. Pourtant, il n’y aura pas de processus de paix digne de ce nom si les femmes sont exclues et leurs droits compromis. Les femmes afghanes ne sauraient être ignorées ou réduites au silence. »

« Ces progrès obtenus de haute lutte ne doivent en aucun cas être remis en question. Les femmes sont en première ligne des appels à la paix en Afghanistan. Pourtant, il n’y aura pas de processus de paix digne de ce nom si les femmes sont exclues et leurs droits compromis. Les femmes afghanes ne sauraient être ignorées ou réduites au silence. »

Des avancées importantes en matière de droits humains

Sous le régime des talibans, les droits des femmes étaient bafoués en toute impunité. Elles n’étaient pas autorisées à exercer librement leurs droits fondamentaux, notamment les droits à la liberté de circuler, à l’éducation et au travail.

Aujourd’hui, il existe un ministère dédié à la Condition féminine, doté de départements à travers tout le pays au niveau des provinces. L’Afghanistan dispose également d’une commission indépendante des droits humains, présidée par une défenseure de renom, Sima Samar. Et les femmes représentent 27 % des parlementaires et de la fonction publique.

En 2009, l’Afghanistan a adopté la loi relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes, au terme d’une lutte acharnée conduite par des défenseures des droits humains. Cette loi, abandonnée du fait que certaines parties avaient été intégrées au Code pénal révisé, a été réaffirmée par le président Ashraf Ghani en mars 2018.

Des défis tenaces

En dehors de ces avancées notables, les femmes afghanes restent confrontées à de grandes difficultés s’agissant de leurs droits fondamentaux.

En 2018, en Afghanistan, on a recensé un nombre record de victimes civiles depuis que la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) enregistre les chiffres : 3 804 morts et 7 189 blessés. Une victime civile sur 10 était une femme.

Par ailleurs, les femmes sont en butte à d’autres formes de violences et d’atteintes aux droits humains. Comme l’a révélé un rapport de la MANUA en 2018, le nombre de poursuites engagées pour des crimes violents contre les femmes est consternant. Plus de la moitié des 237 cas suivis par la MANUA entre 2015 et 2017 ont fait l’objet d’une procédure de « médiation », en violation de la loi relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Le rapport de la MANUA a également révélé que sur 280 meurtres de femmes, des condamnations avaient été prononcées dans 50 cas seulement. La plupart des affaires n’ont même pas été examinées par les tribunaux.

En décembre 2018, les membres de l’équipe féminine de football d’Afghanistan ont dénoncé publiquement les agressions sexuelles et le harcèlement dont elles étaient victimes. Hafizullah Rahimi, président du Comité olympique afghan, avait alors reconnu : « Les agressions sexuelles existent, pas juste dans la Fédération de football, mais dans d’autres fédérations sportives également. Nous devons les combattre. » Une enquête est actuellement en cours.

Depuis l’ouverture des pourparlers de paix entre les États-Unis et les talibans, la participation des femmes est extrêmement limitée et aucune réelle discussion sur les droits des femmes n’a eu lieu.

« Il est essentiel que l’Afghanistan s’appuie sur les avancées limitées, mais importantes, en matière de droits des femmes, afin que nous puissions faire face aux nombreux défis qui restent à relever. La communauté internationale doit soutenir les femmes afghanes en ce moment crucial », a déclaré Samira Hamidi.

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