Afrique du Sud, les migrants vivent dans la « peur constante » après des attaques meurtrières

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Les autorités sud-africaines doivent faire davantage pour protéger les migrant·e·s à Diepsloot, une commune de Johannesburg, qui ont subi à plusieurs reprises de violentes attaques imputables à des groupes d’autodéfense anti-migrants, a déclaré Amnesty International le 13 avril 2022 au lendemain des troubles meurtriers qui ont eu lieu la semaine dernière et ont conduit à la mort du ressortissant zimbabwéen Elvis Nyathi.

Des migrant·e·s qui habitent Diepsloot, au nord de Johannesburg, ont déclaré qu’ils vivent dans la peur constante et sont désignés comme boucs émissaires de la hausse de la criminalité et du chômage dans la région.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a reconnu [1] la violence visant les migrant·e·s, en particulier les ressortissants zimbabwéens, qui est le fait de groupes opérant comme des « justiciers » composés d’acteurs non étatiques qui agissent en dehors de la loi et prétendent débarrasser les communautés de la criminalité. Selon le gouvernement, au moins sept personnes ont perdu la vie du fait de la violence de ces groupes d’autodéfense.

« Au moins sept personnes ont perdu la vie du fait de la violence de ces groupes d’autodéfense »

« Les homicides survenus à Diepsloot ces derniers jours ne sont pas des incidents isolés. Ces attaques s’inscrivent dans le cadre de la vague croissante de violences à l’égard des migrant·e·s en Afrique du Sud, a déclaré Shenilla Mohamed, directrice exécutive d’Amnesty International Afrique du Sud.

« Elles reflètent les agressions anti-migrants bien orchestrées qui ont eu lieu à Soweto et Hillbrow au cours des derniers mois. En outre, cette violence met en évidence l’inaction de la police et le manque de volonté politique au sein du gouvernement pour faire face au problème. À chaque fois, la mort de ces personnes aurait pu être évitée. »

Homicides

La protestation a été déclenchée par les meurtres présumés de sept personnes dans le secteur. Pendant les troubles, Elvis Nyathi, un ressortissant zimbabwéen, a été brûlé vif car il n’a pas pu présenter la preuve de son identité au groupe d’autodéfense qui a exigé de la voir. On ne sait toujours pas si des arrestations ont eu lieu dans le cadre de ce meurtre.

Le président Cyril Ramaphosa s’est engagé à renforcer la capacité de la police à répondre à la criminalité dans tout le pays et a exhorté les Sud-Africain·e·s à ne pas recourir à la violence, à l’intimidation ni aux attaques extrajudiciaires contre des étrangers.

« Nous avons peur de vivre ici et nous ne nous sentons plus en sécurité »

Des migrant·e·s du Zimbabwe et du Mozambique ont déclaré qu’ils sont terrifiés à l’idée de vivre à Diepsloot. Ils ne se sentent plus en sécurité en Afrique du Sud et sont constamment harcelés par la police et les groupes d’autodéfense anti-migrants, qui exigent de manière illégale de voir leurs papiers d’identité.

Joyce Mpofu*, Zimbabwéenne mère de deux enfants, est arrivée en Afrique du Sud en 2010 et vit à Diepsloot, où elle vend des légumes dans la rue. Elle a confié que la semaine écoulée a été traumatisante. Elle n’a pu survivre qu’en se barricadant avec ses deux enfants dans sa cabane pour éviter les violences infligées aux migrant·e·s. Elle a déclaré : « Nous sommes terrifiés, nous vivons constamment dans la peur et nous ne savons pas quoi faire. Nous avons peur de vivre ici et nous ne nous sentons plus en sécurité. »

Joyce Mpofu et d’autres migrant·e·s en appellent au président Cyril Ramaphosa et lui demandent de garantir leur sécurité en leur fournissant les documents appropriés après l’expiration de leurs titres de séjour spéciaux fin 2021. Elle a déclaré : « Le président Ramaphosa doit organiser les permis [documents d’identité] pour nous, afin que nous puissions vivre [librement], parce que nous travaillons pour nous et nos enfants qui sont à l’école. Nous ne pouvons pas retourner au Zimbabwe, car nous ne survivrons pas à la famine. »

Elle aussi vendeuse de rue, une autre Zimbabwéenne, dont le permis de séjour spécial dérogatoire a expiré et qui vit en Afrique du Sud depuis 2004, a déclaré : « Je ne suis plus libre de vivre ici. Nous avons du mal à travailler parce que nous vivons dans la peur de ce qui va nous arriver ensuite. »

Une autre a déclaré : « Je me sens peinée par ce qui [nous] arrive ici, parce que lorsque j’ai traversé la frontière pour venir, je venais travailler à mon compte. Comme vous pouvez le voir, je vends [des légumes]. Je ne sais pas voler. Ils ne peuvent pas nous mettre tous dans le même sac, et nous accuser d’être tous des criminels. »

Salvador Valoyi*, un ressortissant mozambicain, a déclaré : « C’est douloureux parce qu’ils [les groupes d’autodéfense anti-migrants] nous voient [comme] des criminels dans ce pays, alors que nous essayons de gagner notre vie honnêtement. Nous travaillons pour nos familles ici. Je ne me suis pas simplement réveillé un matin et j’ai décidé de quitter le Mozambique. Je suis parti car la situation est très difficile là-bas, je voulais travailler pour ma famille et subvenir à leurs besoins. Je ne suis pas un criminel. »

Des violences contre les migrant·e·s en Afrique du Sud ont éclaté pour la première fois en mai 2008, faisant plus de 60 victimes. Depuis lors, on recense des attaques chaque année. Amnesty International a réclamé [2] à maintes reprises une stratégie nationale de prévention des violences contre les migrant·e·s et la fin de l’impunité dont jouissent les auteurs de ces agressions mortelles.

« Le président Cyril Ramaphosa condamne les récents homicides. Il doit maintenant prendre des mesures concrètes pour protéger les migrant·e·s, les réfugié·e·s »

« Nous saluons le fait que le président Cyril Ramaphosa condamne les récents homicides. Il doit maintenant prendre des mesures concrètes pour protéger les migrant·e·s, les réfugié·e·s et les habitant·e·s face aux groupes d’autodéfense et veiller à ce que les auteurs de ces crimes odieux soient traduits en justice », a déclaré Shenilla Mohamed.

Complément d’information

Les migrant·e·s originaires du Zimbabwe, dont beaucoup vivent et travaillent en Afrique du Sud depuis des années avec des titres de séjour à dispense spéciale qui leur étaient jusqu’à présent accordés, se retrouvent en situation irrégulière en raison de la capitulation du gouvernement face au sentiment anti-migrants fin 2021 : il a alors pris la décision soudaine de refuser le renouvellement de ces permis. Vivant désormais dans des conditions précaires et incertaines, ils sont régulièrement ciblés par des acteurs non étatiques violents, connus sous le nom de « groupes d’autodéfense », en raison de la détérioration de la situation économique dans le pays.

Les groupes d’autodéfense qui orchestrent les violences contre les migrant·e·s se servent de hashtags tels que #OperationDudula et #PutSouthAfricaFirst et s’en prennent entre autres aux Zimbabwéens dont les permis de séjour à dispense spéciale ont expiré. Le gouvernement est par la suite revenu sur cette décision et a autorisé les Zimbabwéens à rester dans le pays jusqu’à fin 2022, le temps de régulariser leur situation par le biais de demandes de visa. Toutefois, l’absence de statut régulier les rend encore plus vulnérables aux violences. À Diepsloot, de violentes attaques contre les migrant·e·s ont éclaté le 3 avril.

En février 2022, des attaques similaires avaient eu lieu à Soweto, un township au sud de Johannesburg, et à Hillbrow, un quartier d’affaires en centre-ville. La police se trouvait sur les lieux lors de ces agressions, mais n’a pas réagi de manière appropriée.

L’opération Dudula, dirigée par Nhlanhla « Lux » Dlamini, habitant de Soweto, a lancé une campagne anti-étrangers en juin 2021. Selon les membres de ce groupe, les étrangers doivent quitter le pays.

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