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Ahmad Seif el Islam Hamad : l’Égypte perd un défenseur infatigable des droits humains

La disparition d’Ahmad Seif el Islam Hamad prive le mouvement égyptien de défense des droits humains de l’un de ses plus brillants défenseurs aux heures les plus difficiles.

L’avocat et militant, décédé mercredi 27 août à l’âge de 63 ans, a passé plus de 30 ans à combattre les violations des droits humains.

« La mort d’Ahmad Seif est un coup dur pour le mouvement de défense des droits humains en Égypte et dans le reste du monde », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui », directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Ahmad Seif défendait les droits de tous, sans discrimination aucune, et quelles que soient leurs convictions. »

Amnesty International a souvent demandé conseil à Ahmad Seif, avocat en vue connu pour son intervention dans des affaires décisives.

Les représentants de l’organisation s’appuyaient sur ses recommandations, son expérience et sa bonne humeur.

Ses amis au sein du mouvement, dont certains le connaissaient depuis de nombreuses années, ont fait part de leur profonde tristesse en apprenant son décès.

Lors d’un entretien avec Amnesty International en 2008, Ahmad Seif el Islam Hamad avait expliqué qu’il avait pris la décision de défendre la cause des droits humains après avoir été torturé en prison en 1983.

« La torture est comme un cancer qui ronge la jeunesse du pays, sa capacité à évoluer, se révolter et critiquer. J’ai donc décidé que c’était là mon domaine d’action  », avait-il déclaré.

« Il ne sert à rien de dépenser toute son énergie dans un combat politique contre le despotisme sans avoir garanti au citoyen ordinaire un certain respect de ses droits.  »

Ahmad Seif el Islam Hamad n’a pas perdu son temps en prison : il a obtenu un diplôme de droit pour compléter sa formation en sciences politiques.

Se définissant comme un homme de gauche, il défendait par principe tous ses clients, qu’ils soient ou non du même bord que lui.

Pendant 30 ans, il a défendu les opposants politiques des autorités, y compris des membres des Frères musulmans et de jeunes militants arrêtés en 2008 pour avoir soutenu une manifestation d’ouvriers à Mahalla.

Il a également dénoncé le discours des autorités sur la sécurité au détriment des droits fondamentaux, prenant la défense d’habitants de la péninsule du Sinaï arrêtés lors de vastes opérations de répression lancées avant l’aube à la suite des bombardements de Taba, en 2004.

Il s’était aussi fait le chantre de la liberté d’expression en 2007, en défendant un blogueur incarcéré pour avoir critiqué Hosni Moubarak et l’islam.

En 2001, il a choisi de représenter plusieurs dizaines d’hommes présumés homosexuels dans l’affaire dite du « Queen Boat ».

Considéré comme un père spirituel par de nombreux avocats et militants de droits humains, Ahmad Seif el Islam Hamad a cofondé en 1999 le Centre Hisham Moubarak pour le droit, organisation qui a contribué à révéler au grand jour des atteintes aux droits fondamentaux omniprésentes, dont le recours à la torture et aux mauvais traitements.

Le Centre Hisham Moubarak pour le droit qui, parallèlement, est devenu un centre de formation pour les futurs avocats spécialisés dans la défense des droits humains, est l’une des nombreuses organisations non gouvernementales dont les activités pourraient être soumises à des restrictions dans le cadre des nouvelles lois et mesures qui s’inscrivent dans une vague de répression de plus en plus forte à l’encontre de la société civile.

« Ahmad Seif el Islam Hamad a contribué à fonder le mouvement de défense des droits humains, qui représente aujourd’hui une communauté diversifiée et florissante alors qu’il ne comptait à ses débuts au milieu des années 1980 que quelques individus courageux  », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui.

« Il évoquait souvent ses espoirs pour la prochaine génération de militants des droits humains. Il est donc particulièrement triste que sa disparition intervienne alors que l’avenir de ceux-ci est incertain. »

Ahmad Seif el Islam Hamad était largement connu pour son action en faveur des droits humains, mais le combat qu’il a mené avec sa famille contre les autorités a eu de lourdes conséquences pour tous.

L’avocat a été arrêté à plusieurs reprises, y compris pendant le soulèvement de 2011, lorsque les forces de sécurité ont fait une descente au Centre Hisham Moubarak pour le droit. Les membres de son personnel et des représentants d’Amnesty International et de Human Rights Watch avaient eux aussi été interpelés à cette occasion.

Dans les dernières années de sa vie, Ahmad Seif el Islam Hamad s’est retrouvé à représenter ses propres enfants, devenus de véritables militants bien en vue.

Son fils, Alaa Abd El Fattah, a été détenu à de multiples reprises par les autorités. Il est actuellement emprisonné pour avoir enfreint la loi répressive de l’Égypte relative aux manifestations.

La fille d’Ahmad Seif, Sanaa Ahmad Seif, est connue pour son action en faveur des droits humains. Elle est en instance de jugement pour infraction à la loi relative aux manifestations.

Alors qu’il la représentait devant le tribunal en juin dernier, Ahmad Seif el Islam Hamad a provoqué l’hilarité dans le prétoire après avoir dénigré une procédure qu’il a qualifiée de parodie de justice.

Lors d’une suspension d’audience, il a déclaré en plaisantant qu’il était vieux et malade et n’avait rien à faire au tribunal, puisque le juge ne comprenait pas des notions juridiques de base.

L’autre fille d’Ahmad Seif, Mona Seif, a participé à la création d’un groupe qui milite en faveur de la libération de civils poursuivis devant la justice militaire.

Ahmad Seif el Islam Hamad avait récemment expliqué qu’il espérait que ses enfants hériteraient d’un système plus démocratique, mais qu’à la place, ils avaient hérité de cellules de prison.

Il est demeuré une source d’inspiration jusqu’à la fin de sa vie, ne baissant jamais les bras. Sur les réseaux sociaux, des militants ont indiqué qu’ils étaient devenus « orphelins » à sa mort.

Ahmad Seif el Islam Hamad laisse derrière lui son épouse, Laila Soueif, universitaire et militante, et leurs trois enfants.

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