Aide militaire à la Somalie : il faut renforcer les contrôles

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Embargo : jeudi 21 janvier 2010, 00h01 TU

Amnesty International a demandé que les transferts d’armement à destination du gouvernement somalien soient suspendus jusqu’à ce que des garanties appropriées soient mises en place pour éviter que des armes soient utilisées pour commettre des crimes de guerre et des atteintes aux droits humains.

Dans son dernier document sur ce pays, publié jeudi 21 janvier 2009, l’organisation revient sur les livraisons effectuées par les États-Unis au gouvernement fédéral de transition, comprenant notamment des mortiers, des munitions et des espèces destinées à l’achat d’armes.

Ces transferts sont intervenus en dépit du risque important que de telles armes soient utilisées par les forces du gouvernement fédéral de transition pour commettre des attaques aveugles, ou soient détournées vers des groupes armés opposés au gouvernement qui se rendent eux aussi coupables de multiples atteintes flagrantes aux droits humains.

« La communauté internationale se préoccupe de l’avenir du gouvernement somalien, mais ne porte pas une attention comparable aux droits fondamentaux des habitants de ce pays, a déclaré Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International.

« Les attaques de mortier continuent de faire des victimes. Il est temps que les donateurs internationaux appliquent des contrôles plus stricts sur l’aide qu’ils apportent au gouvernement. »

Le document d’Amnesty International fait également état d’un accroissement des programmes internationaux de formation dans les domaines militaire et de la police à destination des forces du gouvernement fédéral de transition, et ce malgré l’absence de procédures de contrôle appropriées.

Cette formation est dispensée en Somalie, mais aussi en Éthiopie, au Kenya, à Djibouti et en Ouganda. L’Union européenne, la France, l’Allemagne et l’Italie y participent ou se sont engagées à verser des financements.

Amnesty International demande à tous les États qui fournissent au gouvernement fédéral de transition une formation dans les domaines militaire ou de la police, qui financent une telle aide ou prévoient celle-ci, de dispenser une formation sur le droit international humanitaire et la gestion des armes. Ces États doivent aussi peser de tout leur poids pour que des procédures de contrôle des forces du gouvernement fédéral de transition soient mises en place.

Les Nations unies appliquent depuis 1992 un embargo sur les armes à destination de la Somalie. Toutefois, les États peuvent demander une dérogation au Comité des sanctions de l’ONU et obtenir l’autorisation de fournir au gouvernement somalien une assistance en matière de sécurité.

Amnesty International demande instamment au Comité des sanctions d’appliquer des critères permettant d’évaluer le risque que ces dérogations contribuent à des crimes de guerre et des violations des droits humains, et de refuser sur cette base la délivrance d’autorisations.

Pour être véritablement efficaces, de tels critères doivent être inscrits dans le droit international et s’appliquer de manière universelle, à tous les transferts d’armes, indique Amnesty International. L’organisation demande aux États d’instaurer ces normes communes dans le cadre d’un traité international sur le commerce des armes.

Contexte

La Somalie est en proie à un conflit armé depuis la chute du régime de Siyad Barré, en 1991. Les affrontements se sont intensifiés et les homicides de civils se sont accrus après l’intervention, à la fin de l’année 2006, de l’armée éthiopienne, entrée en Somalie pour aider le gouvernement fédéral de transition dans sa lutte contre une série de groupes armés d’opposition pour reprendre le contrôle de territoires perdus.

Malgré la signature d’un accord de paix entre le gouvernement fédéral de transition et l’un des groupes armés, la nomination d’un président issu de l’ancienne opposition armée et le retrait des troupes éthiopiennes, les groupes armés d’opposition ont poursuivi leurs attaques. En mai 2009, ils ont lancé une grande offensive contre le gouvernement fédéral de transition, qui ne contrôle actuellement qu’une petite partie de la capitale, Mogadiscio.

Des milliers de civils ont été tués en 2009 lors des attaques menées sans discrimination par toutes les parties au conflit armé. Des centaines de milliers d’autres ont dû quitter leur foyer. Il y a aujourd’hui en Somalie quelque 1 500 000 personnes déplacées et environ 3 700 000 personnes dépendant de l’aide humanitaire.

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