Communiqué de presse

Amériques. Les droits des peuples autochtones sont bafoués

Les meurtres et les tentatives d’enlèvement, les actes d’intimidation et les agressions, mais aussi les discriminations quotidiennes font partie des innombrables violations des droits humains que les peuples autochtones subissent sur le continent américain simplement parce qu’ils cherchent à défendre leurs droits fondamentaux, écrit Amnesty International ce vendredi 8 août dans un nouveau rapport.

Ce rapport, intitulé Indigenous Peoples’ Long Struggle to Defend their Rights in the Americas et publié à l’approche de la Journée internationale des peuples autochtones, qui a lieu le 9 août, révèle les nombreuses inégalités et violations des droits humains auxquelles sont confrontées les populations autochtones sur l’ensemble du continent américain.

« Les peuples autochtones des Amériques continuent à subir d’innombrables atteintes à leurs droits. Des communautés entières se voient interdire l’accès aux terres de leurs ancêtres et d’autres subissent une violente répression et des mauvais traitements parce qu’elles manifestent pacifiquement pour revendiquer leurs droits fondamentaux », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques pour Amnesty International.

Selon le rapport, les personnes, hommes ou femmes, appartenant aux populations autochtones risquent plus que les autres citoyens d’être sous-payées et moins instruites. Ces populations sont également plus touchées par la mortalité en couches, et leur espérance de vie est moins élevée.

« Il est temps pour tous les pays du continent américain de prendre conscience qu’ils ne peuvent se qualifier de libres et justes tant que leurs populations autochtones continuent de subir de graves injustices et des discriminations structurelles », a affirmé Erika Guevara Rosas.

Le rapport mentionne par ailleurs de nombreux cas d’agressions physiques et d’actes d’intimidation recensés par l’organisation au cours de l’année écoulée et commis contre des membres de communautés autochtones et leurs dirigeants.

Par exemple, le 20 mai 2014, des hommes armés ont tenté d’assassiner Enrique Cabezas, qui menait un travail de campagne pour avoir accès aux terres ancestrales de son peuple dans le bassin du fleuve Curvaradó, dans le nord-ouest de la Colombie. Une base militaire est actuellement installée sur ce territoire, qui est revendiqué par les communautés du Curvaradó, auxquelles les terres appartiennent collectivement.

Malgré les mesures temporaires de protection que la Cour interaméricaine des droits de l’homme a prescrites en 2003, les communautés du Curvaradó estiment que les efforts des autorités colombiennes pour garantir leur sécurité sont largement insuffisants. Par ailleurs, en dépit de plusieurs arrêts de la Cour constitutionnelle colombienne, le territoire concerné n’a pas été rendu aux communautés.

Amnesty International appelle tous les gouvernements de la région à créer et garantir des conditions permettant aux dirigeants et aux membres des communautés autochtones de défendre leurs droits pacifiquement sans crainte de représailles, et à traduire en justice les responsables de violences perpétrées contre les défenseurs autochtones des droits humains.

Outre les violences et la protection insuffisante des gouvernements, les peuples autochtones sont également confrontés à la souffrance quotidienne engendrée par la discrimination et les injustices. Les femmes autochtones font notamment face à de multiples formes de discrimination en raison de leur culture, de leur classe sociale et de leur genre.

Le 22 janvier 2014, le procureur général de Lima a clos les dossiers de plus de 2 000 femmes pauvres indigènes ou paysannes qui ont été stérilisées sur ordre des autorités publiques dans les années 1990 sans leur consentement total et éclairé. En classant cette affaire, le gouvernement péruvien a manqué à son devoir de remédier aux violations systématiques des droits humains perpétrées contre les femmes indigènes et pauvres, les empêchant ainsi d’obtenir justice.

Malgré la discrimination généralisée et les agressions dont sont victimes les populations autochtones, celles-ci poursuivent leur lutte pour obtenir justice et faire valoir leurs droits humains. Au cours de l’année écoulée, Amnesty International a constaté des avancées positives en ce qui concerne la reconnaissance et la protection de leurs droits.

Après avoir vécu plus de 20 ans dans des conditions déplorables à côté d’une route très passante, la communauté indigène sawhoyamaxa du Paraguay a enfin remporté une victoire cruciale. Le 11 juin, le président Horacio Cartes a promulgué la loi qui permettra aux Sawhoyamaxa de retourner sur leurs terres ancestrales, dans la région du Chaco. Le dirigeant de la communauté sawhoyamaxa, Carlos Marecos, s’est exprimé après cette décision : « Nous, les indigènes, ne pleurons que quand nous avons obtenu notre liberté. Aujourd’hui, c’est comme si nous sortions d’une prison ; nous sommes si nombreux à pleurer car il y a tant d’émotion ».

« Amnesty International exhorte tous les gouvernements du continent américain à adopter des lois et à mettre en place les infrastructures nécessaires pour que les peuples autochtones puissent faire valoir et exercer leurs droits à la terre, à la nourriture, à la scolarisation et à la santé, et pour qu’ils puissent vivre sans être confrontés à la violence et à la pauvreté », a déclaré Erika Guevara Rosas.

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