Amnesty International appelle l’attention sur la détérioration de la situation des droits humains à Fidji

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Au terme de sa mission d’enquête à Fidji, un expert d’Amnesty International appelle l’attention sur le fait que la situation des droits humains dans le pays se dégrade jour après jour et que la population civile vit dans la peur depuis la mise en place de mesures draconiennes par le régime militaire.

Apolosi Bose, chercheur d’Amnesty International sur les îles pacifiques, se trouvait à Fidji avant l’abrogation de la Constitution le 10 avril 2009. Il s’est entretenu avec un grand nombre de personnes, dont des avocats, des auxiliaires de justice, des représentants consulaires, des journalistes et des défenseurs des droits humains.

Vivement préoccupée par la grande instabilité de la situation à Fidji, Amnesty International demande le rétablissement immédiat de la Constitution, d’une justice indépendante et de l’état de droit.

L’organisation condamne la censure des médias et le placement en détention de journalistes, les restrictions rigoureuses imposées à la liberté d’association, les menaces ciblant les défenseurs des droits humains et les détracteurs du régime, ainsi que les nouvelles règles de l’« état d’urgence » qui empêchent les policiers et les membres de l’armée d’être tenus pour responsables de leurs actes, même lorsque leur conduite entraîne des blessures ou la mort de la victime.

« La situation des droits humains à Fidji se dégrade jour après jour. Nous assistons à l’émergence d’une culture de la terreur et de l’intimidation. Les autorités doivent immédiatement rétablir l’état de droit et respecter l’indépendance de la justice afin de garantir les droits à la liberté d’expression et d’association des Fidjiens", a affirmé Apolosi Bose.

« L’armée et la police sont déployées en force dans les rues, notamment près des lieux stratégiques, tels que les bâtiments gouvernementaux et les salles de presse du pays. Cette présence rappelle constamment et de manière intimidante que le nouveau régime militaire ne tolèrera pas la contestation et mettra en œuvre les avertissements qu’il a lancés à ses opposants. »

Dans le sillage de la répression ciblant les journalistes et les détracteurs de l’armée ou du gouvernement provisoire, le régime surveillerait désormais les courriels et les blogs, moyen supplémentaire de bâillonner toute critique.

« En conséquence, les gens sont contraints de s’autocensurer et d’importants groupes de défense des droits humains à Fidji ne peuvent accomplir correctement leur travail, a déploré Apolosi Bose. La communauté d’ONG et de défenseurs des droits humains, autrefois solide, est extrêmement fragilisée".

« En l’absence d’une presse libre à même de demander à l’armée de répondre de ses agissements et d’une justice capable de contrebalancer le pouvoir, le travail de ces organisations de défense des droits humains s’avère crucial. Mais elles sont réduites à l’impuissance par la répression. Si personne n’est en mesure de défendre les victimes d’atteintes aux droits humains et les citoyens vulnérables, les civils risquent fort de subir d’autres graves violations de leurs droits. »

Fidji a tourné le dos à la démocratie au lendemain de l’abrogation de la Constitution, suivie par la destitution de tous les auxiliaires de justice et des magistrats nommés de manière constitutionnelle. Les élections sont repoussées de cinq ans et la loi martiale est instaurée pour une période de trente jours, durant laquelle il est interdit aux journalistes d’écrire quoi que ce soit de négatif sur Fidji ou le régime militaire.

Depuis le 14 avril, les juges, les avocats et les auxiliaires de justice n’ont pas le droit d’entrer dans les tribunaux et plusieurs juges et auxiliaires de justice, notamment le chef du ministère public et le président de l’Association du barreau de Fidji, sont assignés à résidence.

« Hormis ce que l’armée veut lui faire entendre, le peuple de Fidji n’a pas accès aux informations sur ce qui se passe dans le pays, a conclu Apolosi Bose. Le sentiment de confusion est généralisé, car les Fidjiens ne disposent pas des informations dont ils ont besoin pour prendre des décisions dans leur vie quotidienne. »

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