Communiqué de presse

Amnesty International exhorte le Conseil de sécurité des Nations unies à renforcer l’embargo sur les armes en Somalie

La décision du Conseil de sécurité des Nations unies d’assouplir l’embargo international sur les armes à destination de la Somalie l’an dernier semble avoir contribué à une augmentation de l’insécurité et du nombre de violations des droits humains, qui se solde par des centaines de morts civiles chaque mois, a déclaré Amnesty International en demandant le rétablissement d’un embargo strict.

En mars 2013, l’embargo sur les armes décrété contre la Somalie 21 ans auparavant a été partiellement levé par le Conseil de sécurité pour une durée d’un an, ce qui autorise le gouvernement somalien à importer des armes légères et de petit calibre mais pas d’armes lourdes ni de munitions pour celles-ci. Le Conseil de sécurité doit réévaluer cet embargo d’ici à jeudi 6 mars 2014, et le gouvernement a demandé qu’il soit levé.

« Les faits parlent d’eux-mêmes – la sécurité du peuple somalien reste extrêmement instable, et le flux constant d’armes arrivant dans le pays alimente la violence armée et des violations graves des droits fondamentaux contre les civils  », a déclaré Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International.

« Compte tenu du laxisme actuel du gouvernement, autoriser une augmentation des exportations d’armes légères en Somalie mènerait au désastre. Le Conseil de sécurité doit rétablir l’embargo total et mettre en place des procédures de suivi strictes pour toutes les exceptions, afin de renforcer la sécurité dans le pays. »

Depuis que l’embargo des Nations unies a été assoupli, en mars dernier, des armes à destination du gouvernement somalien auraient été détournées, tombant aux mains de groupes armés parallèles ne faisant pas partie des forces somaliennes, notamment Al Shabab.

L’année 2012 et le début de l’année 2013 ont été marqués par une augmentation du nombre d’homicides de civils en Somalie. On a recensé davantage de victimes qu’en 2011 ; au plus fort de cette crise, quelque 600 personnes étaient tuées chaque mois. Le nombre d’attaques à la grenade a doublé en mai et juin par rapport au début de l’année 2013, et des homicides ciblés ont lieu presque tous les jours.

Quand Fawsiyo Yusuf Haji Adan, l’ancienne vice-Première ministre somalienne, a demandé en février 2013 la levée de l’embargo sur les armes décrété par les Nations unies, elle s’est engagée à ce que son gouvernement mette en place « les mécanismes requis afin de garantir que les armes ne tombent pas entre de mauvaises mains » et renforce l’armée.

Cependant, des informations récemment relayées par les médias concernant la fuite d’éléments figurant dans un rapport des Nations unies ont mis en avant des « violations systématiques » imputées aux forces gouvernementales ; ces abus ont eu pour résultat un détournement massif d’armes vers des groupes armés depuis la levée partielle de l’embargo l’an dernier. Il y a eu, selon ces mêmes informations, des lacunes dans les renseignements donnés par certains États ayant fourni des armes légères, comme Djibouti, l’Éthiopie et l’Ouganda, ainsi que par les autorités somaliennes, sur les quantités et la localisation de certaines cargaisons en provenance de l’étranger.

Il est apparemment facile de se procurer des armes détournées, à l’origine destinées à l’armée, sur les marchés privés de l’armement en Somalie ; certaines auraient ainsi échoué entre les mains de forces de sécurité parallèles, et même été réservées pour un dirigeant d’Al Shabab.

Début 2010, Amnesty International a demandé la suspension des transferts d’armes à destination du gouvernement somalien jusqu’à ce que des garanties suffisantes permettent d’éviter que ces armes ne servent à commettre des crimes de guerre et des atteintes aux droits humains. L’an dernier, l’organisation a par ailleurs exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies à ne pas lever l’embargo sur les armes pour cette même raison.

« Le gouvernement somalien s’est montré incapable de respecter ses engagements. Les forces de sécurité n’ont pas été renforcées, et certaines informations semblent indiquer qu’elles ont activement permis que des armes tombent aux mains de groupes qui commettent des atrocités », a déclaré Michelle Kagari.

« Il serait inconsidéré et dangereux de la part du Conseil de sécurité de s’abstenir de rétablir un embargo sur les armes beaucoup plus strict, étape essentielle vers la fin de la prolifération des armes et de l’utilisation abusive de celles-ci par des groupes armés responsables de violations des droits humains en Somalie. »

Amnesty International demande au Conseil de sécurité de rétablir un embargo total et de veiller à ce que des mécanismes de suivi bien plus robustes soient mis en place. Ceux-ci doivent notamment inclure des notifications beaucoup plus rigoureuses au Comité des sanctions des Nations unies de la part des États exportateurs, préalablement à tout transfert d’armes à destination du gouvernement somalien, ainsi que le droit pour le Comité de bloquer les transferts s’il existe un risque élevé d’abus, et la création d’une équipe indépendante des Nations unies chargée d’inspecter scrupuleusement les stocks et d’effectuer un suivi des livraisons d’armes.

Complément d’information

Les attaques se sont multipliées à Mogadiscio, la capitale, en 2013, bien que cette ville se trouve sous le contrôle du gouvernement somalien.

Al Shabab reste capable de commettre des attentats meurtriers même dans les zones les mieux gardées. La Villa Somalia, siège du gouvernement somalien, a été la cible d’une attaque meurtrière à la grenade il y a quelques jours à peine, le 21 février 2014 – en plus des quatre attentats similaires subis en 2013.

L’absence de discipline et de contrôle au sein des forces armées et des groupes alliés en Somalie signifient que non seulement ceux-ci ne protègent pas les civils, mais qu’ils contribuent en outre à l’insécurité générale. Des éléments criminels, radicaux ou insurgés continuent en outre à infiltrer les forces de sécurité de l’État.

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