AMNESTY INTERNATIONAL - La liberté d’expression est assortie de responsabilités pour tout le monde

Index AI : POL 30/007/2006

DÉCLARATION PUBLIQUE

Les événements des dernières semaines mettent en avant la question épineuse de l’étendue légitime de la liberté d’expression dans des sociétés multiculturelles.

Chaque société délimite différemment la liberté d’expression mais la controverse au sujet des caricatures montre que, dans l’espace médiatique d’aujourd’hui marqué par une globalisation croissante, ce qui se passe dans un pays peut avoir un impact considérable en dehors de ses frontières. Aujourd’hui plus que jamais, les sociétés sont confrontées à la tâche difficile de faire valoir des droits humains universels dans un domaine qui relevait traditionnellement de la législation de chaque pays et des valeurs qu’elle consacre.

Dans un contexte qui voit s’aggraver l’intolérance et la suspicion entre les groupes, qu’ils soient religieux ou d’une autre nature, dans plusieurs endroits du monde, y compris en Europe, deux ensembles de principes antagonistes sous-tendent cette controverse.

Les rédacteurs en chef ont justifié la publication des caricatures que de nombreux musulmans ont trouvé offensantes en invoquant le caractère essentiel de la liberté de l’expression artistique et de la critique des opinions et croyances, dans une société pluraliste et démocratique. Les musulmans de nombreux pays estiment, quant à eux, que ces caricatures offensent leurs convictions religieuses et constituent une dérive de la liberté d’expression. Plusieurs mouvements de protestation contre les caricatures ont dégénéré en actes de violence et d’aucuns considèrent que les déclarations de certains protestataires et responsables locaux ont attisé l’hostilité et les violences.

Le droit à la liberté d’opinion et d’expression devrait être un des fondements de toute société. Ce droit implique « le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit » (Déclaration universelle des droits de l’homme, article 19). Depuis plus de quarante ans, Amnesty International défend ce droit contre les tentatives menées par les gouvernements du monde entier pour réprimer les mouvements religieux, l’opposition politique et la créativité artistique.

Cependant, le droit à la liberté d’expression n’est pas un droit absolu — ni pour les dessinateurs ni pour ceux qui les critiquent. Il s’accompagne de responsabilités et peut, de ce fait, être soumis à des restrictions dans l’intérêt des droits des autres. En particulier, toute apologie de la haine nationaliste, raciale ou religieuse constituant une incitation à la discrimination, l’hostilité ou la violence ne peut être considérée comme l’exercice légitime du droit à la liberté d’expression. Les normes internationales prévoient que de tels « discours de haine » doivent être interdits par la loi.

Amnesty International appelle les représentants de l’État et les responsables de l’application des lois et du système judiciaire à résoudre la situation actuelle en s’inspirant de ces principes relatifs aux droits humains.

L’organisation demande également aux personnes travaillant pour les médias d’agir avec tact et de faire preuve de responsabilité afin de ne pas envenimer la situation actuelle. Ces événements montrent l’influence et la portée des médias et Amnesty International appelle tous ceux qui travaillent dans ce secteur à mieux évaluer la situation politique, en tenant compte de l’impact potentiel de ce qu’ils diffusent et des facteurs relatifs aux droits humains, qui comportent souvent des aspects contradictoires.

Amnesty International reconnaît le droit de quiconque à exprimer pacifiquement ses opinions, y compris en manifestant pacifiquement, mais elle considère que l’utilisation et la menace de violences est inacceptable. Les personnalités locales doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour apaiser le climat actuel d’hostilité et de violence. La culture et la religion sont d’une importance capitale aux yeux de nombreuses personnes mais elles ne peuvent être utilisées comme prétexte pour bafouer les droits humains.

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