Amnesty répond à The Economist

Voici la lettre adressée par Lilian
Goncalves, présidente du Comité exécutif international (CEI) en réponse à
un article sur Amnesty International paru dans The Economist le 24 mars 2007. Il est à noter que Louise Arbour (Haute-commissaire aux droits humains des Nations unies) et Mary Robinson (ex Haute-commissaire aux droits humains des Nations unies , ex Présidente de l’Irlande) ont apporté publiquement leur soutien à l’organisation en écrivant également à The Economist.
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26 mars 2007

Monsieur,

Votre éditorial (Stand up for your rights) et votre article (Many rights, some wrong) comportent de très nombreuses inexactitudes au sujet des droits économiques et sociaux et d’Amnesty International.

Le droit international, à commencer par la Déclaration universelle des droits de l’homme, a toujours reconnu les droits économiques, sociaux et culturels au même titre que les droits civils et politiques. Si les politiques menées à l’époque de la guerre froide ont établi une distinction artificielle entre ces deux catégories de droits, le monde a changé depuis lors. Les pays qui mettent le plus en avant les droits économiques, sociaux et culturels aujourd’hui ne sont pas la Chine et Cuba, comme votre éditorial le laisse entendre, mais des démocraties libérales comme le Brésil, la Finlande, le Mexique et le Portugal.

Contrairement à ce que vous affirmez dans votre article, Amnesty International ne prend aucunement position sur les systèmes politiques ou économiques, qu’ils soient socialistes ou capitalistes, mais sur leurs conséquences pour les droits fondamentaux des individus.

Après avoir consulté ses membres, Amnesty International a décidé, en 2001, d’élargir son mandat afin d’œuvrer plus efficacement en faveur des personnes. Pour un homme chassé par la force de son domicile au Zimbabwe, le droit au logement n’est pas plus abstrait que celui de ne pas être victime de brutalités policières. Pour une femme violée en République démocratique du Congo, le droit à des soins médicaux n’est pas moins prioritaire que le droit à la justice.

L’élargissement de notre mission, loin de nous faire perdre le cap, nous a permis de renforcer l’action que nous menons pour et avec les individus. Si Amnesty International est la première organisation de défense des droits humains au monde par le nombre de membres, c’est parce qu’elle a toujours su évoluer et innover face à des réalités changeantes, tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales.

Lorsqu’Amnesty International a lancé sa campagne en faveur de l’abolition de la peine de mort, ce châtiment était largement accepté en droit et en pratique. Aujourd’hui, en menant campagne pour mettre un terme à la violence contre les femmes, combattre les discriminations à l’égard des réfugiés et des migrants, lutter contre les expulsions forcées, dénoncer les mesures limitant l’accès à Internet et résister aux atteintes portées aux libertés civiles au nom de la lutte contre le terrorisme, nous nous plaçons à la pointe du combat en faveur des droits fondamentaux.

Notre rapport sur les crimes « d’honneur » commis contre des femmes au Pakistan a ouvert un nouveau front dans le combat en faveur du respect du droit à la vie. Nos rapports sur le Zimbabwe et la Corée du Nord ont dénoncé la manière dont les autorités manipulaient la distribution de la nourriture pour affamer les dissidents. Notre rapport sur les migrants en Chine a montré le revers de la médaille de l’essor économique que connaît ce pays.

Nous avons été parmi les premiers à mettre en évidence le recours au viol comme arme de guerre au Darfour. Nous avons également été parmi les premiers à demander la fermeture de la prison de Guantánamo et à dénoncer l’implication d’États européens dans les « restitutions extraordinaires » orchestrées par les autorités des États-Unis.

Des sondages d’opinion indépendants (cf. le Baromètre Confiance d’Edelman) montrent qu’Amnesty International inspire toujours davantage de confiance que la plupart des marques commerciales et des autres ONG en Europe de l’Ouest, et que le soutien dont elle bénéficie aux États-Unis est en nette progression. Le nombre de nos membres et sympathisants continue à augmenter, tout comme nos ressources, tant dans l’hémisphère Nord que dans l’hémisphère Sud.

Difficile, dès lors, de conclure qu’Amnesty international est une organisation à la dérive !

Lilian Goncalves
Présidente du Comité exécutif international (CEI)
Amnesty International