Angola. Parodie de justice pour 15 prisonniers d’opinion

Le procès de 15 militants pacifiques détenus illégalement pendant près de cinq mois et inculpés d’avoir fomenté « une rébellion et un coup d’État » sera un test crucial pour l’indépendance de la justice angolaise, a déclaré Amnesty International à l’approche de leur comparution devant les tribunaux le 16 novembre 2015.

Les 15 hommes ont été arrêtés et placés en détention par les forces de sécurité angolaises entre le 20 et le 24 juin à Luanda après avoir participé à une réunion pour débattre de préoccupations liées à la politique et à la gouvernance. Amnesty International les considère tous comme des prisonniers d’opinion et demande leur libération immédiate et sans condition.

« La détention prolongée des 15 militants est une parodie de justice : ils ont été arrêtés uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’association et d’expression, a déclaré Muleya Mwananyanda, directrice adjointe du programme pour l’Afrique australe à Amnesty International.

« Les autorités angolaises doivent les libérer immédiatement et sans condition, et abandonner toutes les charges retenues contre eux. »

Ils ont été inculpés le 16 septembre de préparation d’une rébellion et de tentative de coup d’État contre le président. Ils encourent pour chaque inculpation une peine maximale de trois ans de prison ou d’une amende correspondante. Ils ont été inculpés avec deux autres personnes qui n’ont pas été placées en détention.

Ils n’ont été informés officiellement des charges retenues contre eux qu’après l’expiration du délai de 90 jours de détention provisoire autorisé par la loi. Ces charges sont considérées comme des atteintes à la sûreté de l’État.

Plusieurs membres du groupe ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention illégale. L’un d’entre eux, Luaty Beirão, a poursuivi sa grève de la faim pendant 36 jours et son état de santé reste fragile.

Amnesty International a maintes fois fait part de sa vive préoccupation au sujet du manque d’indépendance de la justice en Angola.

« Ces militants n’auraient jamais dû être emprisonnés, car ils n’ont fait qu’exercer pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Leur détention prolongée illustre jusqu’où les autorités angolaises sont prêtes à aller pour éliminer la dissidence, a déclaré Muleya Mwananyanda.

« Les appels répétés en faveur de leur libération n’ont pas été entendus. Ce procès sera un test crucial pour l’indépendance de la justice angolaise et l’occasion de démontrer qu’elle est impartiale et s’affranchit de l’influence du président José Eduardo dos Santos et de son gouvernement. »

Complément d’information

Les militants comparaissent devant un tribunal pour la première fois depuis leur arrestation et leur placement en détention il y a près de cinq mois.

Ils ont été détenus pendant plus de 90 jours, en violation de la loi angolaise, sans supervision judiciaire et sans être informés des charges retenues contre eux.

Le 27 octobre, les 15 militants ont signé une lettre publique dans laquelle ils affirment que certains d’entre eux ont été roués de coups par des gardiens de prison et soumis à d’autres mauvais traitements, et qu’ils se sont vu refuser des soins médicaux en détention.

La liberté d’expression et de réunion pacifique est sévèrement restreinte en Angola depuis quelques temps.

Plusieurs personnes ayant critiqué le gouvernement du président José Eduardo dos Santos ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de détentions arbitraires et d’actes de torture.

Bien que les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique soient clairement inscrits dans la Constitution angolaise et dans plusieurs traités internationaux que l’Angola a signés et ratifiés, ils continuent d’être bafoués.

Récemment, en septembre, Jose Marcos Mavungo a été jugé dans le cadre d’un procès motivé par des considérations politiques en Angola. Voir le document : Angola. La déclaration de culpabilité de José Marcos Mavungo constitue une violation manifeste de la liberté d’expression.

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