Communiqué de presse

Arabie saoudite. Cent jours après l’arrivée au pouvoir du roi Salman, aucun signe de progrès en matière de droits humains

Près de 100 jours après que le roi Salman bin Abdul Aziz Al Saud a accédé au trône d’Arabie saoudite, les perspectives de progression des droits humains dans ce pays ne sont guère réjouissantes, a déclaré Amnesty International, alors que les violations généralisées continuent sans relâche.

Sur place, de nombreux prisonniers d’opinion, détenus uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, d’association ou de réunion pacifique, demeurent derrière les barreaux et les procès iniques de militants des droits humains accusés de « terrorisme » se poursuivent. Depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau roi, l’Arabie saoudite a lancé une campagne militaire au Yémen comprenant des bombardements aériens au cours desquels des centaines de civils ont été tués, notamment lors d’attaques laissant craindre des violations du droit international humanitaire.

« Les espoirs que l’arrivée du roi Salman bin Abdul Aziz Al Saud annonce une amélioration des droits humains en Arabie saoudite ont été réduits à néant », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Au lieu de prendre des mesures pour améliorer le bilan épouvantable de l’Arabie saoudite en matière de droits humains, le roi Salman bin Abdul Aziz Al Saud a pris la tête d’une répression perpétuelle des détracteurs du gouvernement et des militants pacifiques, qui continuent d’être intimidés, détenus arbitrairement et traités comme des délinquants. Les premiers mois de son règne ont en outre été marqués par une vague d’exécutions sans précédent, qui montre clairement que le recours à la peine de mort prospère dans le royaume. »

Peu après l’accession au trône du roi Salman bin Abdul Aziz Al Saud, Amnesty International lui a adressé par écrit une série de recommandations essentielles en matière de droits humains. L’organisation a en particulier demandé la libération des dizaines de défenseurs des droits humains, partisans de la réforme, dissidents et militants emprisonnés, parmi lesquels Raif Badawi, qui a été condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet pour avoir simplement exercé son droit à la liberté d’expression. Elle n’a reçu aucune réponse.

En Arabie saoudite, le droit à la liberté d’expression est soumis à de sévères restrictions, il est toujours interdit de créer une organisation de défense des droits humains et les rassemblement pacifiques de militants dans des lieux publics demeurent illégaux. La justice présente de graves défaillances et les procédures du tribunal pénal spécial, entourées de secret, perpétuent l’utilisation abusive du système judiciaire pour terroriser et punir les militants pacifiques.

« Le roi Salman bin Abdul Aziz Al Saud doit admettre qu’aucune véritable réforme ou évolution positive des droits humains n’aura lieu si les autorités n’écoutent pas et n’acceptent pas les militants et réformistes pacifiques. Sous son règne, il faut établir un environnement où la liberté n’est pas un gros mot et où le peuple saoudien peut exercer ses droits fondamentaux sans crainte et sans subir d’intimidation ni de punition », a déclaré Philip Luther.

Le nouveau roi a fait de la lutte contre le terrorisme une priorité, en se lançant dans une nouvelle tentative visant à écraser les terroristes en réaction à la menace croissante que constitue dans la région le groupe armé qui se fait appeler État islamique. Cependant, la législation antiterroriste de l’Arabie saoudite est très problématique : elle est formulée en termes vagues, ne respecte pas les normes internationales et fait souvent l’objet d’une utilisation abusive.

« Les autorités saoudiennes doivent cesser d’invoquer les lois antiterroristes pour poursuivre en justice des défenseurs pacifiques des droits humains en tant que “terroristes”. Le maintien de cette pratique ne fera que provoquer de nouveaux troubles dans le royaume, » a déclaré Philip Luther.

À sa décharge, le roi Salman bin Abdul Aziz Al Saud a pris certaines dispositions contre l’incitation à la haine envers les minorités religieuses dans le pays, notamment celle des musulmans chiites. Toutefois, ces mesures sont inadaptées et arbitraires. De hauts responsables saoudiens, dont le gouverneur de la province de l’Est (où réside la majorité de la communauté chiite du pays), ont eux-mêmes employé des termes désobligeants pour parler des chiites. Dans le contexte des fréquentes incitations à la haine envers les chiites sur les réseaux sociaux, surtout depuis le début de la campagne militaire de l’Arabie saoudite au Yémen, une telle attitude est particulièrement irresponsable et susceptible d’exacerber la discrimination et les menaces que subit cette minorité.

Quelques militants ont aussi été remis en liberté, dont Souad al Shammari, une militante féministe, et deux autres femmes arrêtées pour avoir conduit une voiture en décembre 2014. Néanmoins, il est possible qu’ils aient été forcés à signer des promesses en échange de leur libération, ce qui porte à croire que les autorités saoudiennes ont toujours recours à de vieilles tactiques de harcèlement et d’intimidation pour étouffer toutes les formes d’opposition.

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