ARABIE SAOUDITE. Les autorités libanaises doivent intervenir afin d’empêcher une exécution en Arabie saoudite

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI-31 mars 2010

Amnesty International a exhorté mercredi 31 mars le Premier ministre libanais, Saad Hariri, à intervenir afin d’empêcher l’exécution d’un ressortissant libanais en Arabie saoudite. En effet, celle-ci pourrait être imminente car l’organisation a recueilli des informations indiquant qu’une exécution était prévue jeudi 1er avril.

Amnesty International craint que le ressortissant libanais dont il s’agit ne soit l’ancien présentateur de télévision Ali Hussain Sibat, déclaré coupable de « sorcellerie » par la justice saoudienne.

Le 10 mars 2010, un tribunal saoudien a confirmé la condamnation à mort prononcée à son encontre, après qu’il a été reconnu coupable de « sorcellerie » en novembre 2009 car il donnait des conseils et prédisait l’avenir sur une chaîne de télévision par satellite libanaise.

« Ali Hussain Sibat semble avoir été déclaré coupable uniquement parce qu’il avait exercé son droit à la liberté d’expression, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.
« Nous exhortons les autorités libanaises à mettre tout en œuvre afin d’empêcher cette exécution, a-t-il ajouté, et nous appelons le roi Abdallah d’Arabie saoudite à ne pas autoriser qu’elle ait lieu. Il est grand temps que le gouvernement saoudien se joigne au mouvement international en faveur d’un moratoire sur les exécutions. »

Ali Hussain Sibat a été arrêté par les mutawaeen (police religieuse) en mai 2008, alors qu’il se trouvait en Arabie saoudite afin d’accomplir l’un des pèlerinages musulmans, la Umra.

Son avocat pense que cet homme a été arrêté parce que des membres de la police religieuse l’avaient reconnu après l’avoir vu dans son émission, diffusée sur la chaîne de télévision Sheherazade.

La police a ordonné à Ali Hussain Sibat d’indiquer par écrit son activité professionnelle en l’assurant que, s’il le faisait, il serait autorisé à rentrer chez lui au bout de quelques semaines.

Au lieu de cela, il a été déclaré coupable sur la base de ces déclarations, qui ont été présentées comme des « aveux » lors de son procès.

Il a été condamné à mort par un tribunal de Médine le 9 novembre 2009, à l’issue d’un procès secret au cours duquel il n’a pas pu être représenté ni assisté par un avocat.

En janvier 2010, la cour d’appel de La Mecque a jugé son recours recevable, au motif que la décision avait été rendue prématurément.

Elle a indiqué que toutes les allégations dont Ali Hussain Sibat faisait l’objet devaient être vérifiées et que, s’il avait réellement commis l’infraction dont il était accusé, il devait être appelé à se repentir.

Cependant, le 10 mars, un tribunal de Médine a confirmé la peine capitale prononcée contre cet homme. Les juges ont déclaré qu’il méritait ce châtiment parce qu’il avait pratiqué la « sorcellerie » en public pendant plusieurs années, devant des millions de téléspectateurs, et que cela « faisait de lui un infidèle ».

Le tribunal a également déclaré qu’il n’y aurait aucun moyen de vérifier la sincérité de son repentir – si toutefois il se repentait – et que le fait de le condamner à mort dissuaderait d’autres personnes de s’adonner à la « sorcellerie » à une époque où, selon eux, on observe une augmentation du nombre de « magiciens étrangers » qui entrent en Arabie saoudite.

La législation saoudienne ne donne pas de définition du crime de « sorcellerie ». Cette qualification est utilisée pour sanctionner des personnes n’ayant fait qu’exercer de manière légitime leurs droits fondamentaux, notamment les droits à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de conviction et d’expression.

Les autorités saoudiennes ont arrêté des dizaines de personnes pour « apostasie » en 2009 et continuent à le faire cette année.

La dernière exécution pour « sorcellerie » dont Amnesty International a eu connaissance était celle de Mustafa Ibrahim, un ressortissant égyptien. Elle a eu lieu le 2 novembre 2007. Arrêté en mai 2007 dans la ville d’Arar, où il était pharmacien, cet homme avait été accusé d’« apostasie » pour avoir dégradé un exemplaire du Coran.

Au moins 158 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite en 2007, et au moins 102 en 2008. En 2009, les autorités saoudiennes ont ôté la vie à au moins 69 personnes, dont 19 étrangers. Depuis le début de l’année 2010, au moins huit personnes ont été exécutées.

Amnesty International a appelé les autorités à libérer immédiatement et sans condition Ali Hussain Sibat si sa condamnation repose uniquement sur le fait qu’il a exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression.

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