Communiqué de presse

Arabie saoudite. Les autorités doivent annuler la condamnation à mort prononcée contre un dignitaire chiite

Consternée par la condamnation à mort prononcée mercredi 15 octobre à l’issue d’un procès inique contre un dignitaire chiite dissident en Arabie saoudite pour « désobéissance au souverain », pour avoir « incité au sectarisme » et « encouragé, soutenu ou participé à des manifestations », Amnesty International demande son annulation immédiate.

« La condamnation à mort prononcée contre le cheikh Nimr Baqir al Nimr s’inscrit dans le cadre d’une campagne menée par les autorités en Arabie saoudite pour écraser toute dissidence, y compris ceux qui défendent les droits de la communauté musulmane chiite dans le royaume », a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Le frère du cheikh al Nimr, Mohammad al Nimr, aurait été arrêté après que le Tribunal pénal spécial à Riyadh a prononcé la sentence.

On ignore toujours où se trouve Mohammad al Nimr et pourquoi il a été interpellé ; selon certains, c’est parce qu’il a tweeté au sujet de la condamnation à mort de son frère.

« Cette condamnation choquante de Nimr Baqir al Nimr, suivie de l’arrestation de son frère au tribunal, montre que les autorités saoudiennes sont prêtes à aller très loin pour empêcher les militants chiites de défendre leurs droits. L’Arabie saoudite doit libérer Nimr Baqir al Nimr et mettre un terme à la discrimination et au harcèlement systématiques qui visent la communauté chiite », a déclaré Said Boumedouha.

Le cheikh al Nimr, qui s’est souvent montré critique à l’égard du gouvernement saoudien quant au harcèlement dont sont victimes les chiites dans le pays, a tout d’abord été accusé, entre autres, de banditisme, les agents des forces de sécurité ayant affirmé qu’il avait ouvert le feu sur eux lorsqu’ils l’ont interpellé le 8 juillet 2012. Nimr Baqir al Nimr a été blessé par balle lors de son arrestation.

Les éléments l’incriminant pour toutes les autres charges retenues contre lui provenaient de sermons religieux et d’interviews qui lui étaient attribués. Après avoir examiné ces textes, Amnesty International a confirmé qu’il ne faisait qu’exercer son droit à la liberté d’expression et n’incitait pas à la violence. Certaines charges, comme la « désobéissance au souverain », ne devraient pas constituer des infractions, car elles criminalisent le droit à la liberté d’expression. D’autres charges formulées en termes vagues sont utilisées pour le sanctionner en raison de ses activités pacifiques.

«  Le procès de Nimr Baqir al Nimr a été entaché de graves irrégularités. Les témoins, dont les déclarations étaient les seules preuves présentées à charge, n’ont pas été convoqués au tribunal pour témoigner – en violation des lois du pays. L’accusé n’a pu exercer son droit fondamental de préparer sa défense et n’a pas toujours été assisté par un avocat, les autorités n’ayant pas informé son avocat des dates de certaines audiences », a déclaré Said Boumedouha.

Par ailleurs, Nimr Baqir al Nimr, qui est l’imam de la mosquée d’Al Awamiyya, à Al Qatif, dans la province de l’Est, a subi des mauvais traitements durant ses deux années de détention, qu’il a passé la plupart du temps à l’isolement dans des hôpitaux militaires et à la prison d’Al Hair, à Riyadh.

Sa famille n’a pas pu lui rendre régulièrement visite et il n’a pas toujours pu consulter ses avocats – y compris durant les interrogatoires. Il n’a pas été autorisé à se faire opérer pour lui retirer une balle dans le dos.

Il n’a pas non plus bénéficié de soins pour sa jambe droite, qui est paralysée depuis qu’il a été blessé par balle durant son interpellation.

Dans la province de l’Est majoritairement peuplée de chiites, les habitants appellent des réformes depuis février 2011, lorsque les soulèvements du « Printemps arabe » ont soufflé sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Les pouvoirs publics répliquent par des mesures de répression contre les personnes soupçonnées de soutenir ou de participer aux manifestations, et contre les personnes qui expriment des opinions critiques.

Des chiites sont arrêtés, incarcérés et harcelés pour avoir organisé des réunions de prière collective, célébré des fêtes chiites ou enfreint les restrictions pesant sur la construction de mosquées et d’écoles religieuses chiites.

En mai et juin 2014, au moins cinq militants chiites détenus à la suite des manifestations de 2011 et 2012 ont été condamnés à mort pour des chefs d’accusation forgés de toutes pièces, liés à leurs activités militantes.

L’un des cinq condamnés à mort, Ali al Nimr, est le neveu du cheikh Nimr Baqir al Nimr. Il avait 17 ans au moment de son arrestation. Il a affirmé avoir été torturé dans le but de lui soutirer des « aveux ».