Arabie saoudite. Ou le mépris des droits fondamentaux

Le Groupe d’experts de l’ONU dénonce la détention illégale de militants pacifiques en Arabie saoudite.

Le Groupe de travail de l’ONU a établi que les autorités saoudiennes détiennent de manière arbitraire neuf militants pacifiques, en violation du droit international, dans un avis qui expose des preuves accablantes du mépris de l’Arabie saoudite envers les droits humains, a déclaré Amnesty International lundi 23 novembre 2015.

Amnesty International a demandé à maintes reprises la libération immédiate et sans condition des neuf militants, qu’elle considère comme des prisonniers d’opinion. Il s’agit de six membres fondateurs d’une grande organisation de défense des droits humains, l’Association saoudienne des droits civils et politiques (ACPRA), du blogueur incarcéré Raif Badawi, de son avocat spécialisé dans la défense des droits humains Waleed Abu al Khair, et de Fadhel al Manasif, du Centre Al Adala pour les droits humains, aujourd’hui dissout.

« L’avis du Groupe de travail de l’ONU ne laisse aucune place au doute : les autorités saoudiennes se servent des lois vagues du pays pour priver les défenseurs des droits humains et d’autres de leur liberté, et les priver de leurs droits fondamentaux à la liberté d’expression, d’association et de réunion », a déclaré James Lynch, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

Selon l’avis adopté par le Groupe de travail, les neuf militants ont été placés en détention arbitraire et privés de liberté, en violation de plusieurs articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ces articles interdisent la détention arbitraire et garantissent le droit à un procès équitable et les droits à la liberté d’opinion, d’expression, de réunion pacifique et d’association. Cette conclusion est d’autant plus inquiétante que l’Arabie saoudite est tenue en tant que membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU de respecter les normes les plus élevées en matière de droits humains.

« En tant que membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Arabie saoudite est censée respecter et faire respecter les normes les plus élevées en matière de droits humains. Or, cet avis rendu par l’ONU démontre son mépris envers ces droits et envers les militants qui les défendent. Il brise également l’illusion que ce pays nourrirait un respect, même minime, à l’égard du droit international relatif aux droits humains et à l’exercice pacifique des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion, a déclaré James Lynch.

« Au lieu de sanctionner les défenseurs des droits humains et de réduire au silence les blogueurs et les avocats, les autorités saoudiennes doivent tenter de combler le fossé entre leur bilan des droits humains et leurs responsabilités en tant que membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. »

Les autorités se sont embarquées dans une répression contre les militants pacifiques que le Groupe de travail a qualifiée de « représailles en raison de leur travail de protection et de défense des droits humains » et de « violations graves et systématiques des normes relatives au droit à un procès équitable ».

Le Groupe de travail leur a demandé de « prendre sans délai les mesures nécessaires pour remédier à la situation », à savoir « la libération immédiate des détenus et l’octroi de réparations pour les dommages causés par les injustices ».

Le Groupe de travail a également exhorté les autorités saoudiennes à ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).
Les neuf militants en détention arbitraire sont :
• Six membres de l’ACPRA : Sulaiman al Rashudi, ancien juge de 80 ans purgeant une peine de 15 ans de prison, Abdullah al Hamid et Mohamed Qahtani, qui purgent respectivement des peines de 11 et 10 ans de prison depuis 2013, Abdulkareem al Khoder, qui purge actuellement une peine de 10 ans de prison, ainsi que Mohammed al Bajadi et Omar al Said, que le Tribunal pénal spécial a condamnés une nouvelle fois au titre de la loi antiterroriste de 2014.

• Raif Badawi, le blogueur condamné à 10 ans de prison et à 1 000 coups de fouet en raison de ses écrits considérés comme « insultants envers l’islam » et parce qu’il a créé un site Internet encourageant le débat public. Sa flagellation en janvier 2015 a suscité un tollé international.

• Waleed Abu al Khair, l’un des cas présentés dans le cadre de la campagne d’Amnesty International Écrire pour les droits 2015. Cet avocat spécialisé dans la défense des droits humains a défendu sans relâche de nombreux militants pacifiques et victimes de violations avant d’être déclaré coupable au titre de la loi antiterroriste. Il a été condamné à 15 ans de prison pour toute une série de charges absurdes, dont « désobéissance au souverain », « outrage à l’autorité judiciaire » et « atteinte à la réputation du royaume en communiquant avec des organisations internationales ».

• Le militant saoudien des droits humains Fadhel al Manasif, connu pour dénoncer la discrimination que subit la minorité chiite du royaume, purge une peine de 14 ans de prison, qui sera suivie d’une interdiction de voyager pendant 15 ans. Il a été reconnu coupable par le tribunal antiterroriste de « déloyauté envers le souverain » et de « création d’une organisation non autorisée », et de divers chefs d’accusation liés à la sûreté de l’État.

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