Au Bangladesh, un conflit foncier relatif à des terres indigènes fait plusieurs victimes

Déclaration publique

Index AI : ASA 13/003/2011

20 avril 2011

Les autorités bangladaises doivent prendre des mesures pour mettre fin à la flambée de violence opposant dans la région des Chittagong Hill Tracts les colons bengalis aux autochtones jummas. Ces violences ont fait trois morts et au moins 20 blessés, a déclaré Amnesty International mercredi 20 avril.

Les autorités doivent également veiller à ce que les responsables présumés des homicides et des destructions rendent des comptes pour leurs agissements.

Les dernières tensions ont éclaté le 14 avril lorsqu’un groupe de colons bengalis a occupé des zones situées sur les terres ancestrales des Jummas, dans le district de Khagrachari, dans le sud-est du Bangladesh, et tenté d’y planter des récoltes. Trois colons bengalis ont été tués le 17 avril, semble-t-il par des Jummas. Des colons ont alors pillé les villages indigènes environnants, incendiant pas moins de 60 maisons, et ont blessé plusieurs habitants.

Selon des sources indigènes, les Jummas ont informé les autorités locales – y compris l’armée, fortement déployée dans la région – des mouvements des colons, mais aucune mesure n’a été prise à ce sujet.

Les autorités de Khagrachari ont déclaré qu’elles allaient ouvrir une enquête sur les derniers événements et que les victimes seraient indemnisées. Amnesty International exhorte le gouvernement du Bangladesh à veiller à ce que cette enquête soit menée de manière approfondie, indépendante et impartiale en vue d’établir les faits. Les personnes accusées d’avoir tué ou blessé des tiers et détruit des biens doivent être déférées à la justice.

Tout membre de l’armée, de la police ou des forces de sécurité qui a laissé faire ce type d’attaques doit également comparaître devant les tribunaux.

Ces violences meurtrières auraient pu être évitées si les autorités avaient agi en temps voulu. Leur manque de détermination à empêcher ces affrontements donne à penser que les autorités bangladaises n’assument pas la responsabilité qui leur incombe de faire appliquer l’accord de paix et de juguler une nouvelle escalade de violence sur ces terres indigènes.

Le gouvernement du Bangladesh doit faire en sorte que l’administration locale et l’armée prennent au sérieux les affrontements récurrents entre les deux communautés dans les Chittagong Hill Tracts, œuvrent à les prévenir et remédient à leurs causes profondes. Dans ce contexte, Amnesty International est effarée que le directeur adjoint du district de Khagrachari (la plus haute autorité exécutive de la région) ait déclaré au journal Daily Star le 18 avril que ces événements n’étaient « pas si graves ».

L’organisation appelle le gouvernement du Bangladesh à rendre publiques les dispositions précises du projet d’indemnisation des victimes, qui doit prévoir le relogement de ceux qui ont perdu leurs maisons et leurs biens et des soins médicaux pour ceux qui ont été blessés.

Ces violences soulignent à quel point il importe que les autorités bangladaises mettent en œuvre l’accord de paix de 1997, signé entre le parti alors au gouvernement, la Ligue Awami, et des représentants des tribus autochtones. Cet accord, porteur d’un règlement pacifique du conflit entre les deux communautés, a mis fin à 20 années d’insurrection dans les Chittagong Hill Tracts.

De 1976 à 1997, de nombreux Bengalis ont été officiellement installés dans cette région sur des terres appartenant historiquement aux Jummas. Durant cette période, les habitants indigènes jummas ont débuté un conflit armé larvé contre l’armée bangladaise. Quant aux colons bengalis, ils ont mené de fréquentes attaques contre les villages jummas, bien souvent avec l’aide de l’armée. Des dizaines de milliers de Jummas ont fui leur foyer et se sont éparpillés dans le district ou ont fui vers l’Inde voisine pour échapper aux combats.

L’accord de paix de 1997 n’a pas mis fin aux affrontements entre colons bengalis et Jummas. Les deux camps ont subi des pertes en vies humaines. Lors des derniers affrontements, les personnes tuées se comptaient exclusivement parmi les colons bengalis, tandis que la plupart des blessés étaient des autochtones jummas.

Amnesty International exhorte les dirigeants jummas à bien faire comprendre aux habitants qu’ils ne peuvent recourir à la violence meurtrière, quelles que soient leurs revendications. Les dirigeants des deux communautés doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher un regain de violences meurtrières.

L’organisation prie instamment le gouvernement du Bangladesh de mettre en œuvre les dispositions phares de l’accord de paix, notamment en mettant sur pied une commission foncière efficace afin de résoudre les conflits ayant trait aux terres ancestrales des Jummas, et en ordonnant le démantèlement des quelque 400 camps militaires provisoires installés dans la région qui, selon les Jummas, loin de faire barrage à l’avancée des colons bengalis sur les terres indigènes, la favorisent fréquemment.

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