Australie : Ferrovial continue de gagner des fortunes

Malgré ses tentatives pour se distancier du système délibérément cruel de « traitement » des réfugiés employé par l’Australie, la multinationale espagnole Ferrovial a encore engrangé des millions d’euros issus des maltraitances infligées aux réfugiés et aux demandeurs d’asile à Nauru et sur l’île de Manus au cours du premier semestre 2017, a déclaré Amnesty International jeudi 27 juillet.

Selon les informations financières publiées jeudi 27 juillet, entre le 1er janvier et le 30 juin 2017, Ferrovial a déclaré 1,326 milliard d’euros de chiffre d’affaires réalisé par Broadspectrum, sa filiale australienne qui gère des centres de traitement pour les réfugiés à Nauru et sur l’île de Manus.

Ferrovial a également enregistré une hausse de 40,1 % de son chiffre d’affaires global par rapport au premier semestre 2016, en grande partie grâce à Broadspectrum. Le secret entourant le contrat de gestion des centres de traitement pour les réfugiés permet à Broadspectrum et Ferrovial de ne pas divulguer les bénéfices exacts qu’ils tirent de ce système abusif.

« Ces sommes énormes n’ont rien de réjouissant – chaque centime tiré de ces centres est entaché de la souffrance de femmes, d’hommes et d’enfants dont le gouvernement australien veut faire un exemple pour dissuader d’autres personnes de chercher la sécurité sur ses côtes, a déclaré Lucy Graham, chercheuse au sein de l’équipe Responsabilité des entreprises en matière de droits humains à Amnesty International.

« Ferrovial a répondu aux critiques concernant sa complicité dans ce système par l’indifférence et le déni, mais l’argent a continué de rentrer. L’entreprise doit assumer la responsabilité de ses actions – pendant un an et demi, elle a été partie intégrante d’un système appliqué à Nauru qui est si intrinsèquement cruel et abusif que nous pensons qu’il s’apparente à de la torture. »

Depuis 2012, l’Australie a mis en place un système de « centres de traitement offshore » pour les réfugiés à Nauru, État insulaire du Pacifique, et sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les réfugiés et les demandeurs d’asile qui arrivent en Australie par la mer sont emmenés de force dans des lieux isolés où ils sont soumis à des conditions cruelles et dégradantes, parfois pendant plusieurs années. Certains ont subi des attaques physiques et des agressions sexuelles de la part de membres du personnel des entreprises qui gèrent ces centres, et les cas d’automutilation et de tentatives de suicide sont fréquents.

Les centres de « traitement » des réfugiés à Nauru et Manus sont gérés par Broadspectrum, qui a été racheté par Ferrovial en avril 2016. Une synthèse publiée par Amnesty International en 2016, intitulée Treasure I$land, a révélé que Ferrovial et Broadspectrum se rendent complices de la souffrance des réfugiés et en tirent profit.

Ferrovial a tenté de contrer les critiques concernant ses activités en mettant en avant son annonce faite en 2016, selon laquelle l’entreprise ne renouvellerait pas son contrat avec le gouvernement australien lorsqu’il arriverait à échéance le 31 octobre 2017. En attendant, toutefois, elle a continué de réaliser un énorme chiffre d’affaires grâce à ce contrat et n’a pas divulgué comment elle s’assurera d’une sortie responsable à l’issue du contrat.

Le gouvernement australien a récemment annoncé que le principal centre de « traitement » sur l’île de Manus fermerait le 31 octobre et déclaré aux personnes qui y vivent qu’elles pourraient soit s’installer parmi les habitants de l’île ou dans un autre centre plus petit sur celle-ci, soit rentrer dans leur pays d’origine. Les centres de traitement de Nauru resteront ouverts. Bien que la sortie de Ferrovial soit annoncée depuis plusieurs mois, le gouvernement n’a pas encore annoncé qui gérerait ces établissements.

« Ferrovial doit tenir sa promesse de partir le 31 octobre. Cependant, au vu de l’étendue de son rôle et du fait qu’elle a eu un an et demi pour s’organiser, l’entreprise doit également s’assurer que sa sortie ne soit pas aussi génératrice de violations que sa participation à ce système. Elle ne doit pas aboutir à ce que le gouvernement australien laisse des personnes dans une situation encore pire que maintenant, a déclaré Lucy Graham.

«  Chaque jour qui passe, la situation des personnes coincées sur ces îles s’aggrave. Les réfugiés ne se sentent pas en sécurité parmi la population locale, au sein de laquelle ils ont subi des violences et des menaces. Avec les fermetures sur l’île de Manus et le manque d’information sur ce qui se passera quand Ferrovial partira, leur inquiétude augmente. Il est temps que le gouvernement australien et Ferrovial fassent la lumière sur leurs projets pour ces îles de désespoir. »

Amnesty International continue de demander aux gouvernements de l’Australie, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Nauru de fermer les centres de traitement « offshore », de transférer sans délai vers l’Australie tous les réfugiés et demandeurs d’asile qui se trouvent à Nauru et sur l’île de Manus, et de veiller à ce que tous ceux qui se voient accorder le statut de réfugié aient le droit de s’installer en Australie. L’organisation engage en outre les autres entreprises à ne pas reprendre le contrat de Ferrovial.

« Le système de traitement offshore de l’Australie est si fondamentalement contraire aux bases de la dignité humaine que nul ne pourrait fournir des services essentiels dans ces centres sans se rendre coupable de graves atteintes aux droits humains », a déclaré Lucy Graham.

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