COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Azerbaïdjan. Un journaliste et un écrivain ont été incarcérés dans un climat de répression implacable

Les autorités azerbaïdjanaises doivent cesser de réprimer la liberté d’expression, a déclaré Amnesty International mercredi 13 novembre alors qu’un journaliste et un écrivain qui ont critiqué le gouvernement viennent d’être condamnés sur la base d’accusations fallacieuses.

« La campagne virulente et implacable que mène l’Azerbaïdjan contre toutes les voix dissidentes dans les médias se poursuit au rythme des condamnations scandaleuses et des peines de prison, semble-t-il fondées sur des infractions forgées de toutes pièces par le ministère public », a déploré John Dalhuisen d’Amnesty International.

Rachad Ramazanov, écrivain et blogueur qui a critiqué les autorités dans des messages sur Facebook et YouTube, a été condamné à neuf ans de prison pour des charges douteuses de possession de drogue.

Le 13 novembre également, Sardar Alibeïli, rédacteur en chef d’un journal de l’opposition, a été condamné à quatre ans de prison pour « houliganisme ».

« Rachad Ramazanov et Sardar Alibeïli sont des prisonniers d’opinions, détenus uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Ils doivent être libérés immédiatement et sans condition », a estimé John Dalhuisen.

Les peines de prison prononcées le 13 novembre s’inscrivent dans le cadre d’une répression persistante et généralisée visant les détracteurs du gouvernement en Azerbaïdjan, notamment les travailleurs des médias, les organisations non gouvernementales (ONG) et les défenseurs des droits humains.

Selon Amnesty International, on compte au moins 18 prisonniers d’opinion dans le pays, dont la plupart ont été sanctionnés pour avoir critiqué les autorités dans les médias.

Rachad Ramazanov a été interpellé le 9 mai 2013 et conduit à l’Unité de lutte contre le crime organisé du ministère de l’Intérieur, où des agents auraient découvert 9,05 grammes d’héroïne dans la poche de son pantalon. Rachad Ramazanov nie ces accusations et affirme que la drogue a été placée sur lui.

La famille et l’avocat de l’écrivain n’ont été informés du lieu où il se trouvait qu’au bout de quatre jours. Lorsque son avocat a finalement été autorisé à le rencontrer le 17 mai, il a constaté que son client avait de nombreuses et profondes contusions sur le crâne.

Rachad Ramazanov a raconté à ses avocats qu’il avait été roué de coups à plusieurs reprises durant sa garde à vue au ministère de l’Intérieur. La police a nié ces accusations. Aucune enquête n’a été ouverte.

Son épouse, Konoul Ismayïlova, a confié à Amnesty International qu’il avait été frappé pour le punir d’avoir critiqué le président Ilham Aliyev et sa famille, et pour lui extorquer des « aveux ».

« Conformément à la loi, Rachad Ramazanov aurait dû être transféré dans un centre de détention et d’investigation dans les 24 heures suivant la décision du tribunal de le condamner à trois mois de détention provisoire. Inexplicablement, il a été gardé au ministère de l’Intérieur pendant 11 jours », a poursuivi John Dalhuisen.

Les enquêteurs ont ignoré les demandes visant à faire passer à Rachad Ramazanov des examens médicaux et les seuls témoins de son procès étaient les agents qui l’avaient placé en détention.

« Nous n’avons rien à nous reprocher ; nous souffrons, et pourtant nous ne sommes coupables de rien », a déclaré Konoul Ismayïlova à Amnesty International.

Sardar Alibeïli, rédacteur du journal Nota Bene et du site d’information qui l’accompagne, PS Nota, a été arrêté le 31 juillet, après qu’un homme a affirmé qu’il l’avait battu et cogné au visage à l’aide d’une pierre.

L’homme accusant Sardar Alibeïli a par la suite modifié son récit, mais le tribunal n’en a pas tenu compte.

Aucun témoin de la défense n’a été autorisé à livrer des preuves durant son procès, tandis que Sardar Alibeïli, qui nie les accusations, a affirmé qu’il ne reconnaissait pas l’homme qui l’accusait.

L’arrestation du journaliste fait suite à de vives critiques du gouvernement publiées dans son journal, qui a servi de plateforme à d’autres détracteurs du gouvernement, notamment à des exilés politiques.

« Avec cette vague d’arrestations et de condamnations, le gouvernement azerbaïdjanais adresse un message clair et menaçant : il ne tolérera aucune dissidence », a ajouté John Dalhuisen.

Dans les mois qui ont précédé et suivi l’élection présidentielle du 9 octobre, on a observé un climat de plus en plus répressif envers les médias et une répression constante contre la société civile et les militants politiques.

L’arrestation de journalistes s’est combinée à une pression croissante exercée contre les journaux indépendants et de l’opposition.

Les demandes de dommages et intérêts toujours plus élevés, le gel des avoirs bancaires et l’interdiction de vendre des publications critiques dans les kiosques de manière clandestine ont conduit deux des journaux de l’opposition les plus lus, Azadliq (Liberté) et Yeni Müsavat, à interrompre la parution de leurs numéros quotidiens début novembre.

« La récente réélection d’Ilham Aliyev semble n’avoir en rien diminué le goût des autorités pour la persécution et la censure. Ces nouvelles affaires et l’étau autour des deux principales parutions de l’opposition confirment hélas la détermination du régime d’Ilham Aliyev à attaquer, mais aussi à réduire au silence, toute opposition politique », a conclu John Dalhuisen.

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