Communiqué de presse

Bahreïn doit libérer une militante, condamnée pour avoir écouté de la musique « révolutionnaire »

Les autorités bahreïnites doivent remettre en liberté la première militante condamnée pour avoir participé aux manifestations en faveur de la réforme l’an dernier, a déclaré Amnesty International lundi 30 janvier après que la justice eut rejeté le recours qu’elle avait formé et confirmé sa condamnation.

La Cour de cassation de Manama, la capitale, a ainsi confirmé lundi 30 janvier la peine de 18 mois de prison prononcée contre Fadhila Mubarak car celle-ci avait manifesté et écouté de la musique « révolutionnaire ».

« Fadhila Mubarak est une prisonnière d’opinion. Elle aurait été frappée et torturée en détention, avant d’être condamnée à l’issue d’un procès inique devant un tribunal militaire, sur la base d’accusations mensongères alors qu’elle a seulement revendiqué ses droits », a expliqué Hassiba Hadj-Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les autorités bahreïnites doivent la relâcher immédiatement et sans condition. La condamnation de Fadhila Mubarak ne fait qu’illustrer l’intolérance des autorités et les défaillances du système de justice. Les autorités doivent par ailleurs diligenter une enquête indépendante sur les actes de torture dont elle aurait été victime et traduire les responsables présumés en justice. »

Fadhila Mubarak a été appréhendée le 20 mars 2011 lorsqu’il lui a été ordonné d’arrêter sa voiture – dans laquelle se trouvaient également son fils de huit ans et deux autres enfants – à hauteur d’un poste de contrôle non loin de Rifaa, au sud-ouest de Manama.

Il lui a alors été expliqué qu’elle avait été sommée d’arrêter son véhicule parce qu’elle écoutait de la musique appelant au renversement du régime. Il lui a ensuite été demandé de baisser le volume.

Elle a refusé et a demandé au policier qui lui parlait de lui présenter son badge. Elle a alors été forcée à descendre de la voiture, frappée à la tête et placée en état d’arrestation.

Fadhila Mubarak a été emmenée au poste de police de Rifaa. Durant son interrogatoire, elle aurait été rouée de coups par des policières. Elle a ensuite été conduite au poste de police d’Issa, où elle a de nouveau été frappée.

Le 17 mai 2011, le Tribunal de première instance pour la sûreté nationale, un tribunal militaire, a déclaré Fadhila Mubarak coupable de plusieurs infractions et l’a condamnée à une peine de quatre ans de prison.

Elle était poursuivie pour : participation à un rassemblement illégal de plus de cinq personnes ; participation à des manifestations illégales au rond-point du Conseil de coopération du Golfe (anciennement de la Perle), dans le centre de Manama ; détention de CD et de tracts incitant à la haine envers le régime ; et agression d’un policier – pour avoir tiré sur sa chemise. Ces charges sont mensongères.

Fadhila Mubarak n’a pas été autorisée à s’entretenir avec un avocat ni avant, ni pendant son procès, ni même après sa condamnation initiale.

Plusieurs témoins ont déclaré à Amnesty International que Fadhila Mubarak avait continué à recevoir des coups à bord du bus l’emmenant au tribunal.

Son avocat l’a rencontrée pour la première fois le jour de l’ouverture de son premier procès en appel, le 25 mai 2011.

Lors de cette audience, l’avocat a requis un examen médicolégal et demandé que le policier l’ayant frappée au poste de contrôle vienne témoigner. Ces requêtes ont été rejetées.

Le 8 juin 2011, au bout de quatre audiences, le tribunal militaire d’appel a ramené sa peine à 18 mois de prison.

Amnesty International n’a eu connaissance de l’histoire complète de Fadhila Mubarak qu’après que d’autres détenues libérées sous caution eurent évoqué son cas.

Des milliers de Bahreïnites ont manifesté contre le gouvernement et réclamé plus de réformes politiques, de liberté, de démocratie et de justice sociale, en février et mars 2011. Leurs actions de protestation ont été brutalement réprimées à la mi-mars.

Des dizaines de manifestants pacifiques ont perdu la vie lorsque les forces de sécurité et l’armée bahreïnites ont recouru à une force excessive. Des centaines ont été arrêtés et un grand nombre ont été maltraités ou même torturés. Des dizaines ont été condamnés à de lourdes peines de prison au terme de procès iniques devant des tribunaux militaires.

L’état d’urgence a été décrété à la mi-mars, un jour après que des soldats saoudiens eurent été envoyés à Bahreïn pour aider à étouffer la contestation. Plus de 4 000 personnes ont été licenciées et plus de 30 lieux de prière chiites ont été démolis.

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