Bahreïn : nouvelles accusations de torture formulées lors du procès de professionnels de la santé

Les autorités bahreïnites doivent diligenter une enquête indépendante sur de nouvelles allégations selon lesquelles des dizaines de médecins et d’infirmiers en instance de jugement devant un tribunal militaire ont subi des actes de torture en détention et ont été contraints de signer de fausses déclarations, a déclaré Amnesty International mardi 7 juin.

Des proches des prévenus ont soutenu que des membres des services de sécurité de la Direction bahreïnite des enquêtes criminelles avaient obligé les détenus à rester longtemps debout, les avaient privés de sommeil, les avaient frappés à coup de tuyau en caoutchouc et de planche en bois cloutée et les avaient contraints à signer des documents alors qu’ils avaient les yeux bandés.

L’un des détenus, libéré sous caution le mois dernier, a été giflé au visage alors qu’il avait un bandeau sur les yeux. On l’a également insulté et menacé de le conduire chez quelqu’un qui saurait le faire parler s’il refusait d’avouer.

Ce même détenu a dû rester debout pendant plusieurs heures, a été privé de sommeil et placé face à une unité d’air conditionné pendant toute une nuit. Il a été interrogé le lendemain matin, les yeux toujours bandés.

« J’étais tellement fatigué que je n’ai pas bougé et me suis contenté de répondre par oui ou par non », a-t-il dit à Amnesty International.

Il a ajouté : « Au bout d’un moment, il m’a remis des documents et m’a demandé de les signer alors que j’avais toujours les yeux bandés. Je n’ai pas vu ce que je signais, mais j’ai apposé ma signature sur huit ou neuf documents. »

Le procès de 48 membres du personnel de santé, la plupart travaillant au centre médical d’Al Salmaniya, s’est ouvert lundi devant un tribunal militaire à Manama, mais a été renvoyé au 13 juin. Une partie des prévenus ont été libérés sous caution tandis que les autres sont toujours incarcérés.

Les médecins et infirmiers doivent répondre d’accusations liées à leur comportement alors qu’ils soignaient des blessés, lorsque les forces de sécurité ont violemment réprimé des manifestations massives organisées en février et en mars pour réclamer des réformes. Ils sont accusés d’avoir utilisé abusivement leurs fonctions à l’hôpital d’Al Salmaniya pour formuler de fausses déclarations de violences perpétrées par les forces de sécurité, d’avoir opéré inutilement des patients et d’avoir entrainé leur mort, ainsi que d’avoir refusé de soigner d’autres patients pour des raisons confessionnelles. Ils sont également poursuivis pour toute une série d’autres infractions connexes.

Un proche de l’un des prévenus, présent lundi au tribunal, a raconté à Amnesty International que les cheveux des prisonniers avaient été rasés et que la plupart d’entre eux avaient perdu du poids depuis leur arrestation, survenue quelques semaines auparavant. Ceux de sexe masculin ont été contraints de rester debout, en plein soleil, pendant une trentaine de minutes avant que ne débute l’audience. « Ils avaient un bandeau sur les yeux et des menottes aux mains, qu’on leur a seulement retirés lorsque l’audience a commencé », a-t-il déclaré.

« Les autorités de Bahreïn doivent mener sans délai une enquête indépendante sur ces nouvelles allégations de torture et traduire en justice les membres des forces de sécurité présumés responsables », a dit Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Il a ajouté : « Le tribunal doit aussi considérer comme irrecevables les “aveux” obtenus sous la torture ou d’autres formes de contrainte conformément au droit international. »

Avant que ne s’ouvre le procès, les détenus n’ont pu communiquer avec leur famille que par téléphone. Leurs avocats n’avaient pas été autorisés à les rencontrer ni à assister aux interrogatoires, menés d’abord par des agents des forces de sécurité puis par le procureur militaire, pendant qu’ils se trouvaient en détention provisoire. Ils ont demandé à voir leurs clients, mais les autorités bahreïnites sont restées sourdes à leurs appels.

Malcolm Smart a affirmé : « Tous les détenus doivent être autorisés dans les meilleurs délais à être régulièrement en contact avec les avocats de leur choix et leurs proches, ainsi qu’à bénéficier de tous les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin.

« Les autorités doivent également veiller à ce que les médecins, les infirmiers, les secouristes et d’autres membres du personnel de santé soient en mesure de mener à bien leurs activités sans ingérence ni discrimination et sans craintes de représailles. »

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