Bangladesh. Des arrestations politiques arbitraires compromettent l’impartialité d’une enquête sur des violences commises sur des campus

DÉCLARATION PUBLIQUE

23 février 2010 - ÉFAI

Les autorités du Bangladesh doivent cesser de procéder à des arrestations arbitraires massives qui ne visent manifestement que des étudiants militant pour l’opposition. Les investigations pénales doivent être menées de manière impartiale, indépendamment des idées politiques des suspects ou de leur appartenance à un parti. De plus, les autorités doivent veiller à ce que les personnes arrêtées soient rapidement présentées à une autorité judiciaire et autorisées à contester la légalité de leur détention, à ce qu’elles ne soient ni torturées, ni soumises à d’autres formes de mauvais traitements et à ce qu’elles puissent consulter un avocat, recevoir la visite de leurs proches et bénéficier de soins médicaux adaptés.

La semaine dernière, plus de 300 sympathisants du Camp des étudiants islamiques du Bangladesh, la branche étudiante de la Société de l’islam, un parti d’opposition, ont été appréhendés à Dacca, Rajshahi, Chittagong et dans d’autres villes. La plupart d’entre eux ont été arrêtés dans des dortoirs ou des appartements de location situés sur les campus ou dans leurs environs. On ignore s’ils ont été inculpés d’infractions prévues par la loi.

Ces arrestations sont intervenues à la suite d’une vague de violence sur les campus des principales universités du Bangladesh, où des étudiants militant pour la Ligue Awami, le parti au pouvoir, et pour des formations politiques de l’opposition se sont affrontés pour obtenir le contrôle des résidences universitaires. Au moins quatre étudiants, un de Dacca, deux de Rajshahi et un de Chittagong, ont été tués au cours de ces heurts depuis le début du mois de février.

La mort du premier étudiant, le 2 février, à l’université de Dacca, était liée à de violents affrontements entre deux factions rivales de la Ligue étudiante du Bangladesh (BCL), la branche étudiante de la Ligue Awami. Il semble qu’aucun membre de ce groupe n’ait été interrogé au sujet de cet homicide. La réticence manifeste des autorités à enquêter sur cette affaire met en évidence les motivations politiques qui sous-tendent la réponse qu’elles ont apportée aux violences sur les campus.

Des heurts ont également opposé des membres de la Ligue étudiante du Bangladesh et des partisans du Camp des étudiants islamiques du Bangladesh à Rajshahi, Chittagong et sur d’autres campus. Si les membres du Camp des étudiants islamiques ont été les principales cibles des arrestations massives, des militants de la BCL ont continué à s’affronter entre eux et à agresser des partisans de l’opposition sans que des comptes leur soient demandés.

Amnesty International reconnaît que les autorités ont pour devoir de prévenir les violences sur les campus et de traduire les responsables présumés des homicides en justice. Toutefois, le parti pris dont la police a fait preuve dans les arrestations réalisées à ce jour laisse à penser qu’il est peu probable que les investigations pénales sur les violences soient menées de façon impartiale ou équitable.

Les descentes de police dans les résidences étudiantes ont été effectuées au hasard et tous les partisans du Camp des étudiants islamiques qui s’y trouvaient ont été appréhendés. Des étudiants auraient été arrêtés arbitrairement, la police n’ayant fait aucun effort pour identifier, parmi les membres de cette formation, ceux qui étaient soupçonnés d’être impliqués dans les attaques.

La plupart des étudiants arrêtés sont incarcérés dans des prisons. Plus de 70 d’entre eux sont détenus dans la prison centrale de Dacca, une centaine pourrait l’être dans la prison centrale de Rajshahi et jusqu’à 70 dans celle de Chittagong. D’autres étudiants ont été appréhendés dans d’autres villes. Selon les informations recueillies, ils n’ont pas été autorisés à consulter un avocat et ont donc été privés de leur droit de recourir aux services d’un avocat de leur choix et de solliciter une libération sous caution.

Entre 30 et 35 militants du Camp des étudiants islamiques seraient en garde à vue et soumis à des interrogatoires. La torture en garde à vue est monnaie courante au Bangladesh. On ne permet aux détenus ni de consulter un avocat, ni de recevoir la visite de leurs proches pendant toute la durée de leur garde à vue, contrairement à ce que prévoit le droit.

La réponse à caractère politique que les autorités ont apportée aux violences a permis aux membres de la branche étudiante du parti au pouvoir de poursuivre leurs attaques, y compris contre les journalistes qui couvraient les événements. Des militants de la Ligue étudiante du Bangladesh ont agressé et blessé 11 journalistes travaillant pour différents quotidiens bangladais qui recueillaient des informations sur les passages à tabac d’étudiants du campus de l’université de Rajshahi par des membres de la BCL le 11 février.

Contexte

Au Bangladesh, les campus sont souvent le théâtre de violences qui opposent les branches étudiantes des principaux partis politiques. Ces formations sont notamment la Ligue étudiante du Bangladesh (BCL, rattachée à la Ligue Awami, qui dispose de la majorité des sièges au Parlement mais partage le pouvoir avec 13 partis de nettement moins grande envergure dans le cadre d’une coalition), le Camp des étudiants islamiques (rattaché à la Société de l’islam, actuellement dans l’opposition) et le Bangladesh Chhatra Dhal (BCD, rattaché au Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), actuellement dans l’opposition). Par le passé, ces groupes auraient stocké des armes et recouru à la violence, blessant et tuant des personnes. Les partis politiques ont promis de désarmer ces formations, mais ils ne l’ont pas fait. Aucun des partis politiques n’a condamné les brutalités auxquelles se sont livrés ses propres membres, la responsabilité des violences étant souvent imputée aux groupes adverses.

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