Communiqué de presse

Bangladesh. La peine de mort ne permettra pas de rendre justice pour les crimes commis pendant la guerre d’indépendance

La condamnation à la peine capitale prononcée contre une figure importante de l’opposition au Bangladesh n’est pas la bonne solution pour rendre justice aux millions de victimes de la guerre d’indépendance, a déclaré Amnesty International.

Les avocats de la défense ont par ailleurs régulièrement signalé que le procès n’était pas conforme aux normes d’équité en la matière.

Déclaré coupable de crimes de guerre, Motiur Rahman Nizami, dirigeant du Jamaat-e-Islami, le troisième parti politique du pays, a été condamné à mort par le Tribunal pour les crimes de droit international, un tribunal bangladais chargé d’enquêter sur les événements survenus durant la guerre d’indépendance au Bangladesh en 1971.

« Le Bangladesh doit commuer toutes les condamnations à la peine de mort, y compris celle prononcée contre Motiur Rahman Nizami. La peine capitale est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit et ne peut jamais apporter la justice », a déclaré Abbas Faiz, spécialiste du Bangladesh à Amnesty International.

« De terribles crimes ont été commis durant la guerre d’indépendance, et le fait que les victimes méritent que justice soit faite est incontestable. Mais imposer la peine de mort ne fait qu’alimenter le cycle de la violence. »

« La peine de mort est non seulement une violation du droit à la vie, mais également un châtiment irréversible qui ne permet pas de remédier aux éventuelles erreurs de jugement ou atteintes aux normes d’équité dans le cadre du procès. »

Tous les jugements prononcés jusqu’à présent ont concerné des personnes associées au parti d’opposition Jamaat-e-Islami. Des groupes de défense des droits affirment depuis la création du Tribunal pour les crimes de droit international que des procès iniques se sont tenus devant celui-ci - ce qu’a également soutenu l’équipe de défense de Motiur Rahman Nizami pendant le procès.

« L’existence du Tribunal pour les crimes de droit international est une chance pour la justice et la réconciliation au Bangladesh. Mais compte tenu des questions constamment soulevées par la défense à propos du manque d’équité des procès, c’est l’effet opposé qui est à craindre, ainsi qu’un ressentiment accru au sein de la population », a déclaré Abbas Faiz.

De précédentes condamnations à mort prononcées par ce tribunal ont donné lieu à des manifestations de rue de grande ampleur, et le Jamaat-e-Islami a déjà appelé à une grève nationale de trois jours (hartal) pour protester contre le jugement rendu mercredi 29 octobre.

« La situation politique au Bangladesh est extrêmement tendue, et il existe un risque réel que des violences éclatent lors des éventuelles manifestations de rue. Il est crucial que les forces de sécurité veillent à ce que le droit de manifester pacifiquement soit respecté, et que les dirigeants de tous les camps exhortent leurs partisans à s’abstenir de commettre des violations », a déclaré Abbas Faiz.

À ce jour, 140 pays ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique. Le Bangladesh a été l’un des neuf pays au monde ayant procédé à des exécutions chaque année entre 2009 et 2013.

Amnesty International s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution. L’organisation demande aux autorités bangladaises d’instaurer immédiatement un moratoire sur les exécutions à titre de première étape sur la voie de l’abolition de la peine capitale, et de commuer toutes les condamnations à mort.

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