Communiqué de presse

Bangladesh. Un recours excessif à la force n’est pas la bonne réponse face aux attaques au cocktail Molotov

Les autorités bangladaises risquent d’exacerber une situation déjà grave en donnant à la police toute latitude pour employer une force excessive en réaction à une vague récente d’attaques au cocktail Molotov, avec en toile de fond les violentes manifestations politiques actuelles, a déclaré Amnesty International jeudi 29 janvier.

Le 29 janvier, certains médias ont attribué les propos suivants à Sheikh Hasina, la Première ministre : « en ma qualité de chef du gouvernement, j’autorise [la police] à prendre toutes les mesures qui s’imposent, partout et à tout moment » afin de faire cesser ces incendies volontaires qui ont déjà fait plus de deux douzaines de morts.

« Les déclarations de ce type risquent fort d’être perçues comme une invitation à user d’une force injustifiée et excessive contre les manifestants ou même à procéder à des exécutions extrajudiciaires - ce dont les forces bangladaises de sécurité se sont rendues coupables à une fréquence choquante par le passé », a déclaré Abbas Faiz, spécialiste du Bangladesh à Amnesty International.

Plus d’une douzaine de personnes ont été tuées lors de récentes opérations de police, notamment menées par le Bataillon d’action rapide, une force d’élite accusée de nombreuses violations des droits humains par le passé. Dix de ces homicides récents sont survenus dans le cadre de ce que la police a qualifié de « fusillades » entre les 12 et 28 janvier.

« Les décès qui se sont produits durant des opérations de police - dont certains constituent peut-être des exécutions extrajudiciaires - doivent donner lieu à des enquêtes approfondies, et les responsables présumés doivent être traduits en justice. Les forces de sécurité ont le devoir de faire respecter la loi et de maintenir l’ordre, mais cela ne les place pas au-dessus des lois et ce n’est jamais une raison suffisante pour recourir à une force excessive », a déclaré Abbas Faiz.

« Aux termes du droit international et des normes associées, la police ne doit employer la force que lorsque cela est strictement nécessaire et proportionné à une situation donnée. Elle doit respecter le droit à la vie à tout moment et prendre des mesures pour réduire les risques de blessures et d’homicides. L’usage intentionnel d’armes à feu à des fins létales ne peut se justifier que lorsque cela est absolument inévitable pour protéger des vies »

Manifestations et cocktails Molotov

Ces dernières semaines, la situation des droits humains au Bangladesh s’est fortement détériorée, au fil des affrontements entre partisans du gouvernement et de l’opposition dans les rues de Dacca et d’autres grandes villes. Des milliers de manifestants ont été arrêtés. La plupart ont été relâchés mais des centaines d’autres se trouveraient toujours en détention.

Le 5 janvier, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) a imposé un blocus des transports dans le pays. Depuis lors, plus de deux douzaines de personnes ont été tuées et des centaines d’autres ont été blessées, certaines grièvement, lorsque des partisans de l’opposition ont jeté des cocktails Molotov sur des bus et d’autres véhicules.

Le droit international relatif aux droits humains protège le droit à la liberté de réunion pacifique et le droit de manifester pacifiquement, mais la manière dont se déroulent les manifestations menées par le BNP met clairement en évidence un recours répété à la violence dans un objectif politique.

« Le Parti nationaliste du Bangladesh doit exhorter ses membres et sympathisants à mettre un terme à ces actes criminels motivés par des considérations politiques, qui doivent être jugés dans le cadre de procédures équitables conformément au droit pénal. Toutes les parties doivent publiquement condamner les actes de violence à caractère politique, et encourager leurs sympathisants à coopérer avec les enquêtes visant à traduire les responsables en justice », a déclaré Abbas Faiz.

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