Bélarus, Un témoin dans une affaire d’homicide risque la réclusion à perpétuité

Bélarus police

Les autorités bélarussiennes tentent de dissimuler la responsabilité de la police dans la mort d’un manifestant pacifique en portant de graves accusations pénales contre un témoin-clé.

Alyaksandr Kardyukou se trouvait avec son ami et compagnon de manifestation Henadz Shutau juste avant que celui-ci ne soit la cible de coups de feu tirés par un policier en civil le 11 août, après un rassemblement pacifique dans la ville de Brest, dans l’ouest du Bélarus. Aujourd’hui, Alyaksandr Kardyukou est inculpé de tentative d’homicide sur la personne d’un policier, infraction passible de la réclusion à perpétuité.

« Rien ne prouve qu’Alyaksandr Kardyukou ait participé à des actions violentes ou préconisé de telles actions. C’est un prisonnier d’opinion, poursuivi uniquement pour avoir exercé pacifiquement ses droits fondamentaux, y compris la liberté de réunion pacifique, et pour justifier l’exécution extrajudiciaire de Henadz Shutau. Il doit être libéré immédiatement et sans condition », a déclaré Marie Struthers, directrice du programme Europe de l’Est et Asie centrale à Amnesty International.

« Les autorités bélarussiennes doivent répondre des violations flagrantes des droits humains, notamment les arrestations de grande ampleur et la violence généralisée contre des manifestant.es pacifiques, qui ont eu lieu dans le contexte de la répression des dissident.es contestant les résultats de l’élection. »

Plus de 1 000 personnes sont actuellement poursuivies illégalement pour leurs vues politiques, alors que perdure la répression liée aux manifestations massives du mois d’août. Ces manifestations ont éclaté après l’annonce officielle de la réélection écrasante du président Alexandre Loukachenko, malgré les nombreuses allégations faisant état d’une fraude électorale de grande ampleur.

« Les autorités bélarussiennes doivent répondre des violations flagrantes des droits humains, notamment les arrestations de grande ampleur et la violence généralisée contre des manifestant.es pacifiques, qui ont eu lieu dans le contexte de la répression des dissident.es contestant les résultats de l’élection. »

Victime de tirs dans la nuque

Dans une vidéo publiée par MediaZona, on voit que Henadz Shutau et Alyaksandr Kardyukou étaient assis sur un banc à une certaine distance du lieu du rassemblement du 11 août lorsque trois policiers en civil les ont abordés. Les images ne permettent pas de distinguer clairement ce qui s’est passé après, mais moins d’une minute plus tard, Henadz Shutau était la cible de tirs dans la nuque. Il est mort le 19 août.

Alyaksandr Kardyukou est parti en courant quelques instants avant que les coups de feu ne retentissent, mais il a été arrêté le 14 août et, dans un premier temps, inculpé de rébellion. Toutefois, d’après sa sœur, le 2 décembre, les faits qui lui étaient reprochés ont été requalifiés en tentative d’homicide.

Dans un communiqué de presse, le ministère de l’Intérieur a affirmé : « un groupe de citoyens agressifs armés de barres en métal a attaqué les policiers. Les coups de semonce ne les ont pas découragés. Les agents ont fait usage de leurs armes à feu pour défendre leur vie et leur santé. »

Ces affirmations, cependant, contredisent les séquences vidéo, les récits de témoins et les dossiers médicaux obtenus par Amnesty International, selon lesquels Henadz Shutau a reçu des tirs par derrière.

La fille de Henadz Shutau, Anastasiya Baranchuk, a dit à Amnesty International que selon des habitants du voisinage, un des policiers avait demandé aux deux hommes pour qui ils avaient voté lors de l’élection. Son père aurait répondu : « Pour [Svetlana] Tsikanovskaïa », la candidate de l’opposition.

Selon Anastasiya Baranchuk, on a alors dit à son père de se mettre à genoux et de s’allonger. Il venait à peine de s’agenouiller quand un policier l’a frappé au front avec une arme à feu puis lui a tiré dans la nuque. Des témoins ont dit avoir entendu trois coups de feu.

« Je pense qu’ils [la Commission d’enquête] savent qui a tué mon père. Mais ils ne feront rien. Ce n’est que lorsque les choses changeront dans notre pays [qu’ils] le puniront. »

La famille de Henadz Shutau a demandé l’ouverture d’une enquête sur sa mort. Cependant, le 3 septembre, la Commission d’enquête, organisme gouvernemental autonome chargé d’enquêter sur les crimes graves, leur a envoyé un courrier indiquant qu’il n’y avait « pas de motifs suffisants pour ouvrir une enquête pénale au titre de l’article 139 » (homicide).

« Je pense qu’ils [la Commission d’enquête] savent qui a tué mon père », a dit Anastasiya Baranchuk. « Mais ils ne feront rien. Ce n’est que lorsque les choses changeront dans notre pays [qu’ils] le puniront. »

De très nombreuses procédures

Des organisations locales et internationales de défense des droits humains ont recueilli des centaines de témoignages de détenu.es qui ont été soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements. À ce jour, les autorités bélarussiennes n’ont ouvert aucune enquête sur des membres des forces de l’ordre.

« Nous appelons la communauté internationale à redoubler d’efforts pour recueillir des informations sur les graves violations des droits humains commises par les autorités bélarussiennes. Les responsables présumés doivent être traduits en justice dans le cadre de procès équitables et les victimes et leurs familles doivent obtenir justice et des réparations effectives. »

En revanche, selon l’ONG de défense des droits humains Vyasna, un millier de procédures pénales ont été engagées contre des personnes qui étaient descendues dans la rue pour manifester pacifiquement. Des dizaines de personnes ont déjà été déclarées coupables à l’issue de procès à caractère politique et inéquitables, la plupart d’entre elles étant condamnées à des peines privatives de liberté.

Parmi elles, on peut notamment citer :

  • Natallia Hersche, 51 ans, condamnée à deux ans et six mois d’emprisonnement le 7 décembre pour s’être rebellée lors de son arrestation et pour avoir enlevé sa cagoule à un agent de la police antiémeutes.
  • Maksim Pauliushchyk, condamné le 8 décembre à deux ans d’emprisonnement pour avoir écrit à la bombe de peinture « Nous n’oublierons pas » sur la chaussée.
  • Stefan Lazavik, 27 ans, condamné à 12 mois d’emprisonnement le 1er décembre pour avoir tracé à la bombe de peinture sur un abribus un slogan considéréré comme un outrage envers le président Loukachenko

« Le Bélarus connaît actuellement la plus grave crise des droits humains de son histoire depuis l’indépendance du pays, a déclaré Marie Struthers.

« Nous appelons la communauté internationale à redoubler d’efforts pour recueillir des informations sur les graves violations des droits humains commises par les autorités bélarussiennes. Les responsables présumés doivent être traduits en justice dans le cadre de procès équitables et les victimes et leurs familles doivent obtenir justice et des réparations effectives. »

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