Belgique, Amnesty demande une enquête approfondie sur le décès de Jozef Chovanec

Belgique_Violences policières

Amnesty International est choquée par les images diffusées hier montrant une intervention policière violente et prolongée en 2018, à l’encontre de Jozef Chovanec, possiblement décédé des suites de cet incident. L’organisation demande qu’une enquête approfondie soit menée et insiste par ailleurs sur l’échec politique que constitue l’absence de mise en place de structures nécessaires pour prévenir ou mieux appréhender de tels drames.

Une enquête approfondie est nécessaire

« Les images dont nous disposons sont incomplètes et éparses, mais elles semblent indiquer que Jozef Chovanec était dans un état de confusion, s’infligeant à lui-même des coups et avait besoin d’aide, explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. La manière dont la police est intervenue est injustifiable. Nous demandons que soit menée une enquête approfondie sur les faits et sur l’atmosphère horrible qui semblait régner lors de l’incident. »

Amnesty International, de façon conjointe avec la plateforme « Pas Normal - Stop au profilage ethnique » dont elle fait partie, demande également qu’une enquête soit menée pour déterminer si le racisme a été un facteur tout au long de l’intervention de la police, des premiers contacts jusqu’au décès de Jozef Chovanec.

« Il faut par ailleurs que la lumière soit faite sur l’absence d’action entreprise en interne. Il est incompréhensible qu’il faille attendre que de telles images soient transmises aux médias pour que des mesures, au demeurant très légères, soient prises », explique encore Philippe Hensmans.

Parallèlement, Amnesty International demande aux autorités compétentes de mener des études, au-delà des cas spécifiques, sur les violences policières, en particulier lorsqu’elles entraînent des blessures ou la mort. Il est par ailleurs nécessaire de déterminer si les protocoles, dans le cas de situations médicales problématiques, sont suffisants.

« Il est plus que temps que la Belgique se montre à la hauteur de ses ambitions »

Jonathan Jacob

Cet incident rappelle la mort de Jonathan Jacob, décédé en janvier 2010, après une intervention violente de policiers dans une cellule du commissariat de police de Mortsel. L’enquête aurait alors démarré seulement à la suite la diffusion des images dans un documentaire télévisé, trois ans après les faits.

En 2013, Amnesty International et le Comité des Nations unies contre la torture ont exprimé de sérieuses préoccupations quant à la manière dont l’enquête sur ce décès était menée et ont formulé des recommandations visant à lever l’impunité pour les actions policières illégales et à renforcer la surveillance de la police et des lieux de détention.

Un échec politique

« Les progrès très limités relatifs à ces recommandations représentent également un échec politique, indique Philippe Hensmans. La Belgique continue à s’abstenir de développer les structures destinées à prévenir autant que possible ce type de tragédie. Fait particulièrement illustratif, depuis 2005, tous les gouvernements successifs ont promis de se mettre en conformité avec les normes internationales relatives à la surveillance des lieux de détention. Force est de constater que ces promesses sont restées lettre morte. »

Depuis 2005, la Belgique déclare vouloir ratifier le Protocole facultatif à la Convention des Nations unies contre la torture. À cette fin, un mécanisme national de prévention doit être mis en place pour prévenir et combattre les abus, les mauvais traitements et la torture dans tous les lieux de détention.

« Quinze ans après la signature par la Belgique du Protocole, le message que nous délivrent nos autorités est toujours le même : “nous y travaillons”. Il est plus que temps que la Belgique se montre à la hauteur de ses ambitions et oeuvre véritablement à la mise en place d’un mécanisme de prévention valide pour toutes les personnes privées de liberté, indépendamment du lieu où elles se trouvent. »

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